‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 3)Chapitre 44 sur 51 · I. Dans le domaine vaste et cependant limité qu’em · texte numérisé non relu

I. Dans le domaine vaste et cependant limité qu’em

1 Voy. sa métaphysique.

RÉFLEXIONS

brasse l’univers créé , tout se ressemble et tout diffère , tout se sépare et tout s’unit ; là-dessus reposent les classifications naturelles et non arbitraires des êtres , qui se distribuent en classes , genres , espèces , variétés , individus , etc.

Les créatures ont toutes un caractère général qui leur est commun avec Dieu même : c’est l’existence ; elles diffèrent par ses modes , elles se distinguent par leur matière , ÿXy] (des Grecs)) stoff (étoffe constitutive des Allemands) ; par le lieu qu’elles habitent ; par les forces qui les animent ; par les actes qu’elles exécutent, les phénomènes qu’elles présentent , leurs rapports avec l’infini dans l’espace et dans le temps.

II. Matière. — A. Il y a des êtres où tout est corporel; ils n’ont qu’une matière sensible et visible , OM aiaQrnm ri ou ouy-cnm j d’Aristote ; ils habitent le monde visible ( terrain ) et y périssent.

B. On trouve aussi des êtres tout spirituels: ce sont de purs esprits n’ayant qu’une matière spirituelle et intelligible (vtoj vonxuri) d’Aristote ; tels sont les anges (ayyelot) et les démons (§a(p.ova) qui ont commencé , mais ne périront pas : les uns habitent le ciel ( cœlum , ovpavov); les autres une région ténébreuse et inférieure ( infernum , &dir,v d’Hippocrate: De victu, Tiepl iïlcazhç , lib. /). Les esprits n’ont pas d’étendue sensible , ils n’ont que l’étendue intelligible (Aristote, Métaphysique ; S. Augustin, De quantitate animœ; S. Thomas, Commentaires sur la métaphysique et sur les épîtres de S. Paul , De substant. separatis , etc.; Malebranche , Recherches de la vérité, entretiens métaphysiques ; polémique, etc.). Cela répond à cette parole: In principio ( temporis ) Deus creavit cœlum et terram , invisibilia omnia et visibilia.

C. On rencontre de plus un être intermédiaire , essentiellement corps et esprit , milieu entre les êtres corporels et les êtres spirituels, entre la terre et les régions invisibles,

ET COMMENTAIRE

habitant passager de la première , qu’il quitte pour résider ensuite à jamais dans les régions inférieures ou dans les régions célestes.

D. Au-dessus de tout cela plane Dieu , esprit pur, créateur et providence de l’univers , qui seul est être , seul substance , dans un sens purement univoque et absolu « . Tout ce qui est purement corps a commencé et finira; tout ce qui a ou est esprit (sauf Dieu) a commencé et ne finira pas; Dieu seul n’a ni commencement ni fin.

III. 1° Parmi les créatures terrestres , les unes ne vivent point (règne inorganique), les autres vivent (végétaux et animaux); les autres, habitants passagers de la terre, vivent et pensent : ce sont les hommes. 2° Les purs esprits ont une vie à part. 3° Dieu, esprit pur, a une vie qui n’est qu’à lui 2 .

IV. Qu’est-ce donc que la vie? C’est un ensemble de phénomènes , d’actes qui se passent dans les êtres vivants ; c’est aussi une puissance, une faculté complexe composée de plusieurs facultés , une entéléchie 3 . La vie de l’esprit

1 Les Grecs gavaient cela par tradition. « Dieu est un acte pur; rien ne «vient du néant, tout provient de celui qui est toujours. » (Aristote.) Sur cette question si controversée , les anciens ont-ils connu et admis la création par Dieu ex nihilo? Voy., en faveur de l’affirmative, Albert le Grand, Comment, sur la phys. d’Arist.; S. Thomas, Sum. contr. gent ; les Coïmbrois , Comment sur la phys. ; Suarez , Métaph., etc.

2 Jupiter a une vie royale et un esprit royal : 6’s ççrU««i)y ipvyiiv v.ù %x<n- \iv.ov voov , car l’âme a deux parties , deux puissances : sîartv <?uo ■•pvyjoi y.spo. (Platon.)

3 Voy. , sur le sens du mot entéléchie , l’explication qu’en ont donnée Cicéron , l’appel mt endéléchie ( le Clavis Ciceronis met entéléchie ) ; Leibnitz , passim; Barthez, Nouv. êlém. Le Chancelier de Montpellier s’est montré bien supérieur à ses contemporains, et cependant il n’a pas atteint entièrement le but, soit dans sa traduction , soit dans ses réflexions, M. B. S‘-Hilaire ( Psych . d’Arist., 2 vol.) s’en est beaucoup plus éloigné, malgré les beaux travaux de M. Ravaisson ( Métaph . d’Arist., 2 vol.) ; MM. W. Kastus et Chauvet ne sont ni bien exacts ni bien complets; le Dict. des scienc. philosoph. laisse à désirer; l’École thomiste seule, et Stahl avec elle , ont dit toute la vérité. Voy. Albert le Grand , S. Thomas et les Coïmbrois , Commentaire sur le De anima d’Aristote.

RÉFLEXIONS

n’est point celle dn corps; quoique l’âme humaine fasse vivre son corps , la vie de l’âme n’est point celle de Dieu.

V. Les êtres vivants sont des mélanges plutôt que des combinaisons ; leurs éléments sont et doivent être mobiles ; aussi ont-ils une force vitale qui résiste à leur destruction , à leur corruption, et accomplit les phénomènes par lesquels ils résistent à la corruption et à la mort.

VI. Cette force utens corpore , comme de son instrument , de son laboratoire , dirige ses forces , ses facultés , dans la génération , l’accroissement , le déclin des âges , la nutrition entière , dans tous les actes vitaux ; elle est créatrice , nutritive, motrice, etc., comme elle est conservatrice; elle est forma corporis organici vitam in potenliâ (év Svi/apei) habentis, in quantum organum , formule aristotélique et thomiste transformée en canon dans trois conciles.

VII. Cette force vitale appartient chez l’homme à l’âme immortelle, dont elle constitue le dynamisme inférieur, comme la pensée , la volonté , l’amour intelligible , raisonnable , spirituel , etc. , constituent son dynamisme supérieur, parce que l’âme rationnelle humaine n’est point une simple forme, mais une substance formelle, ôk, sléoq (Aristote ) 1 .

VIII. Cette substance immortelle al e).oyoç et le loyiqphi- L elo-yoç, faculté instinctive, aune conscience purement instinctive dans les facultés les plus inférieures , un peu plus nette dans les moyennes , plus nette dans les supérieures ; là elle forme l’instinct du génie et de la vertu , et s’élève jusqu’au sens et au sentiment divin; elle s’unit plus ou moins au loyiaphq 2 .

IX. Tous les actes rationnels de l’âme immortelle ne sont pas accompagnés de conscience nette , claire , distincte: l’homme se trompe dans les sciences , les arts , la conduite

1 Voy. Van-Helmont , Formarum origo.

? Van-Helmont, Opéra Stahl. , de ’/oyou et loy tap.hu differentiis.

ET COMMENTAIRE

de la vie , sur le vrai , le beau , le bien : « Mens Humana non est luminis sied » (Bacon); notre lumière intérieure est obeure. Est-il étonnant que l’âme , dans la direction des actes anti-morbides, se trompe souvent? Mais étudiez ses intentions, ses tendances, quô nalura vergit, et vous y trouverez souvent un but , des indications thérapeutiques qu’il faut dans l’occasion saisir, aider, provoquer. Les passions les plus corporelles retentissent sur la même âme autant que les plus spirituelles.

«Lorsqu’il est dit, en effet, dans l’Écriture-Sainte , en parlant de la création des êtres , que l’homme fut faij une âme vivante , est-il possible de ne pas voir dans ce passage de la Genèse que l’âme humaine fut réellement infusée dans le corps , et pourrait-on lui donner une autre signification en se tenant au sens littéral de ces mots? De plus , comme l’expression même des termes en mémoire de l’œuvre divine a été exposée de telle sorte que les interprètes latins sont convaincus qu’elle doit être rendue sous cette formule :

« Factus est Homo in animam viventem, l’homme fut fait en âme vivante» , c’est-à-dire afin qu’elle fût vivante, « ut viva sit » ; certes , cette même expression ne signifie pas autre chose sinon que l’homme fut fait âme vivifiante, « vivifica » , c’est-à-dire capable d’exercer l’acte conservateur de la vie du corps , capable aussi d’agir dans le corps et par le moyen du corps , en vue des affections corporelles ; capable enfin , à l’égard de ces mêmes affections , d’exécuter, d’accomplir, de poursuivre , de considérer, d’apprécier avec persévérance ces actes de la vie , et de s’en occuper d’une manière digne de la sagesse du divin Créateur.» (Pp. ^OS-LO^.)

«En effet, comme l’homme est proprement âme, toute la masse corporelle ne doit être regardée que comme son officine. Et cependant cette âme est étroitement liée nonseulement à la matérialité de cette officine corporelle , mais encore à l’inhérence de ses propres objets dans les matières,

566 RÉFLEXIONS

c’est-à-dire qu’elle a des rapports intimes avec les affections de la matière,

» Il s’ensuit donc que la vie de l’homme ou de l’âme humaine consiste , non pas simplement et en général dans l’action , mais aussi tout spécialement dans l’action exercée et faite dans le corps , par le moyen du corps , sur et louchant les affaires corporelles et même sur son propre corps.» (Pp. 404-4.05.)

Toutes ces propositions se développeront dans les volumes suivants.

P. S. Pour éviter toute amphibologie , nous modifions un peu la rédaction de la page 512:

Lign. 17, lisez: « Nous poursuivrons cette esquisse pour former une introduction à Stahl: un pareil travail, quand on en aura un bon, sera très-utile. Nous signalons une lacune , en attendant que d’autres viennent la remplir plus heureusement. »

Même page, lign. 30, lisez: «Pour ce qui nous concerne, nous dirons de M. Blondin: tàm vocatus quàm derelictus , c’est-à-dire , par goût autant que par dévouement , il a poussé jusqu’au bout une œuvre importante que l’on désirait, mais que l’on ne faisait pas. »

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