‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 3)Chapitre 46 sur 51 · MÉDECIN EN CHEF DE L’HOSPICE SAINT-ÉLOI · texte numérisé non relu

MÉDECIN EN CHEF DE L’HOSPICE SAINT-ÉLOI

Cet opuscule a été publié en 1707, un peu avant la Physiologie et la Pathologie qui forment la partie la plus étendue de la Theoria medica vera. Il est court, mais très-important, puisqu’il résume la Doctrine Stahlienne, réfute les théories qui en diffèrent, répond aux attaques dirigées contre le Stahlianisme , indique et analyse la plupart des nombreuses dissertations publiées jusqu’alors par l’auteur, en montrant leur objet spécial , leur ensemble et leur enchaînement. Cet écrit est en même temps critique, justificatif et dogmatique.

Une période de vingt-deux ans s’était écoulée depuis le moment où le professeur de Halle avait mis à jour son premier essai, antérieur d’un an à sa thèse inaugurale. Sa large et profonde fécondité s’était manifestée par la publication d’études multipliées sur toutes les grandes questions médicales. Tous ces travaux portaient l’empreinte de ce génie tout à la fois sage et hardi , qui frappait sans crainte et sans faiblesse les erreurs anciennes et modernes, retrouvait, recueillait avec respect, résumait, agrandissait, propageait les grandes vérités traditionnelles de tous les temps, et savait en accroître les richesses. Mûri par l’âge, la réflexion, l’enseignement, la pratique , il avait déployé , contre les vains systèmes qui dominaient à son époque , cette rigueur et cette indépendance que donnent le sentiment de ses forces , la possession de la vérité , d’inébranlables convictions : entraîné par les tendances de son esprit altier, et ennemi de tout ce qui pouvait ressembler à des concessions , il s’était isolé en

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se repliant sur lui-même , et ne cessait point d’attaquer les doctrines contemporaines sans ménager les hommes célèbres qui les représentaient autour de lui. Ces divers systèmes chancelaient sous ses coups dans tout ce qu’ils avaient d’obscur, de faux, d’exclusif, et l’on pouvait déjà prévoir qu’ils allaient tomber peu à peu en ruines, ainsi que l’histoire l’a prouvé depuis. Aussi habile à reconstruire qu’à démolir, il avait substitué aux théories régnantes l’Hippocratisme antique baptisé dans le dogme chrétien , rajeuni , revivifié , appuyé sur plusieurs principes nouveaux , et sur les matériaux vraiment positifs que fournissaient les sciences modernes , en appelant à leur secours une sage expérience et une droite raison. L’on voyait apparaître en lui un astre nouveau , prêt à effacer tous ceux qui resplendissaient à ses côtés et qui s’étaient levés avant lui. Ses nombreux et célèbres rivaux ne purent lui pardonner tant de gloire et tant de succès ; ils se réunirent pour lui disputer sa royauté, pour secouer le joug sous lequel il les tenait si rudement enchaînés. On l’accusa de multiplier des livres inutiles ; d’exposer dans un style inintelligible des idées empruntées ailleurs ou de téméraires nouveautés; de se perdre dans des théories métaphysiques sans application au lit du malade ; d’anéantir la thérapeutique sous le prétexte de la simplifier : on alla même jusqu’à accuser son spiritualisme pieux de n’être qu’un voile sous lequel il cachait le matérialisme et l’athéisme. Cette dernière accusation , aussi fausse qu’odieuse , soutenue par des médecins et des philosophes que nous avons l’habitude d’honorer, fut nettement formulée quelques- années plus tard * ; elle prouve et la passion et l’impuissance de ses antagonistes. Employer de pareilles armes, c’est montrer une haine aveugle, et reconnaître implicitement combien sont faibles les moyens loyaux d’attaque ou de défense dont on a pu disposer jusque-là.

Stahl répond avec précision et franchise : il reconnaît hautement ce qu’il a emprunté ; détermine ce qui lui appartient , ou du moins ce qu’il croit lui appartenir ; porte au contact des faits physiologiques et cliniques ses doctrines et celles de ses adversaires , et fait voir sans peine , au nom de la logique , de l’observation , de l’histoire : 1 0 qu’il a solidement renversé et solidement reconstruit ; 2° que son

1 Nous aurons à nous en occuper à l’occasion du Negotium otiosum.

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Hippocratisme modernisé , renouvelé , essentiellement médical et pratique , mérite le nom de Theoria medica vera ; 5° qu’il peut servir de base large et inébranlable à tous les développements ultérieurs de la science de l’homme.

Get opuscule est d’autant plus précieux que Stahl s’y dévoile tout entier; qu’il présente sous son véritable jour sa doctrine si profondément défigurée par ses adversaires , et qui nous est encore aujourd’hui le plus généralement enseignée avec les altérations tantôt involontaires , tantôt volontaires et perfidement adroites , que lui ont fait subir ses ennemis , et même plusieurs de ceux qui se regardent comme ses disciples plus ou moins fidèles.

On y reconnaîtra ce génie minutieusement analytique et largement synthétique qui lui est propre ; cet amour de la réalité pratique , de l’unité , de la simplicité , des idées claires , qui lui est commun avec Descartes; cette attention à éviter les rouages compliqués , les recherches frivoles sans utilité dans les applications , l’ostentation d’une érudition facile et superficielle, les emprunts et les ornements superflus trop largement puisés dans des sciences étrangères, et une foule d’autres défauts brillants et mensongers qu’Hippocrate avait reprochés aux sophistes. Stahl n’affirme avec certitude que ce qui lui paraît incontestable ; il ne conclut qu’après avoir démontré, et ne regarde point comme irrécusablement prouvé, comme appartenant à la science démonstrative, ce que celle-ci n’a point humainement établi. De là, sa distinction fondamentale entre les vérités de foi et les vérités de raison; entre celles qui se montrent et se sentent (vérités de sens et de sentiment), et celles qui se démontrent solidement par une argumentation. Il marche toujours droit entre les écueils des hypothèses physiques et métaphysiques , entre les inconséquences complaisantes , séductrices , mais illogiques , des éclectiques de son temps. Le médecin, qui a pour but de guérir , ne cherche point, par d’ingénieuses suppositions , ce qui est possible , mais ce qui est réellement , ce qui a lieu le plus souvent ou toujours : il résiste avec la même force aux savantes illusions du positivisme médical mécanico-chimique et aux séduisantes rêveries d’une psychologie purement métaphysique. Ces doctrines , aussi vraies que hardies , déchaînèrent contre lui les physiciens, qui lui reprochèrent sa métaphysique; les philosophes, qui

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le trouvèrent trop physicien ; les éclectiques , qui ne virent point en lui assez d’éclectisme ; les spiritualistes exagérés , qui ne s’aperçurent point qu’égarés par un idéalisme excessif, ils franchissaient les justes bornes posées par la raison comme par l’Église , et qu’entraînés par un faux amour de l’orthodoxie, ils tombaient dans le panthéisme mystique de Malebranche. Après Stahl, et aujourd’hui même , le Stahlianisme vrai trouve toujours en face de lui les mêmes adversaires avec les mêmes armes, la même tactique, les mêmes arguments ; il rencontre surtout le faux Stahlianisme , qui , revêtu de son masque , lui porte les coups les plus dangereux. Mais, aujourd’hui comme toujours , ses adversaires , francs ou déguisés , subissent son influence et son empire , même sans le savoir ou sans le vouloir. Les vitalistes animistes monopsychistes , les vitalistes dualistes , les partisans du vitalisme expérimental abstrait et métaphysique, les défenseurs du double dynamisme monopsxjchique expérimental pur et expectant, les vitalistes organiciens , les iatrophysiciens et les iatrochimistes plus ou moins cachés sous des noms d’emprunt , etc., ont leurs racines dans le Stahlianisme et l’Hippocratisme , dont ils portent l’empreinte ineffaçable , quoique plus ou moins effacée ; car aucun système ne se soutient s’il ne contient quelque portion, quelque trace, quelque ombre de la vérité. Une doctrine pérenne est celle qui repose sur une méthode complète, sur un dogme fondamental assez compréhensif pour embrasser dans son unité l’idée - mère et législatrice d’une science : tel est le Vitalisme de Montpellier, c’est-à-dire l’Hippocratisme transformé dans son entier sous le souffle puissant du dogme chrétien.

Arrivons donc au Stahlianisme de Stahl, résumé par lui-même. Nous le jugerons plus tard , en le comparant au Stahlianisme plus Hippocratique encore , plus complet , plus moderne , à celui qui est sorti des mains de ses plus habiles continuateurs. Stahl , malgré tout ce qu’il y a de neuf, de beau, de vrai dans sa doctrine, n’est pourtant pas aussi largement original et créateur qu’il le pense , et a plus emprunté aux anciens et même aux modernes qu’il ne paraît le croire. Mais, à son tour, il a été prodigieusement mis à contribution depuis près de deux siècles. On lui dérobe chaque jour ses principes fondamentaux sans le savoir ou sans le citer ; on s’inspire surtout de son esprit ; on suit sa remarquable méthode et cette puissante

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impulsion qu’il a communiquée aux écoles même qui semblent le plus s’éloigner de lui. On trouverait de grands avantages à poursuivre avec plus de soin la route qu’il a marquée de lumineux sillons et à multiplier les emprunts. Il faut le placer au nombre des com mentateurs et des satellites de l’Hippocratisme ; mais , parmi eux , il occupe un rang si élevé , qu’il devient , à son tour, un grand centre autour duquel gravitent des esprits de l’ordre le plus supérieur. Plusieurs de ses disciples le reconnaissent hautement pour leur chef; beaucoup d’autres marchent évidemment sous sa bannière, mais , au lieu d’en faire l’aveu franchement , ils s’efforcent , en le calomniant et le dénaturant , d’effacer le cachet do^t il les a marqués , et de faire disparaître les liens qui unissent leurs doctrines à celle qu’il leur a enseignée. Au nom de la justice, et dans l’intérêt du progrès qui exige le rétablissement net et précis de tous les anneaux de la chaîne traditionnelle , il faut que la lumière se fasse : c’est la loi suprême , c’est la base et la vie de la méthode historique , dont notre époque, mieux que toute autre, comprend enfin la richesse et la grandeur, bien que les règles n’en aient été encore qu’imparfaitement tracées 1 .

1 La méthode ou le procédé historique est , ainsi que nous l’avons souvent répété ( voir Études sur le génie et l’avenir du XIXe siècle), une méthode aussi importante que les méthodes analytique et synthétique (inductive et déductive) dont elle ne se sépare pas, qu’elle complète et qu’elle éclaire. L’analyse et la synthèse ont été imparfaitement présentées au point de vue de leur base , de leur théorie et de leurs règles pratiques , dans nos livres de philosophie les plus récents et les plus justement estimés, car c’est une œuvre bien difficile : la méthode historique est encore moins avancée ; mais les matériaux se multiplient : sans elle , le véritable éclectisme n’est qu’un beau rêve et une haute aspiration. Si le passé est gros de l’avenir (Leibnitz), il faut l’en faire sortir : c’est surtout à la méthode historique que cette gloire est réservée. Nous essaierons, par la suite, d’indiquer les principes théoriques et pratiques de la méthode unitaire qui embrasse à la fois et unit les procédés inductifs, déductifs, historiques; la méthodologie est enfin assez avancée pour en retrouver l’ensemble synthétique que Bacon a longuement esquissé , que Descartes a profondément médité , qu’Hippocrate et Aristote avaient plus largement préparé , et qui se trouve tout entier dans les écoles de S. Thomas et de Bossuet commentant S. Paul et la philosophie chrétienne.

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Le professeur de Halle n’a point dit le dernier mot du Vitalisme , c’est-à-dire de la véritable théorie médicale 1 , parce que les doctrines pérennes j celles dont les principes sont éternellement vrais, tendent sans cesse vers leur perfection suprême , sans jamais l’atteindre en entier : mais , comme tous les génies législateurs , il ne laisse nulle part de vide complet, même dans ses points les plus imparfaits , et , au milieu de ses plus grands écarts , de ses erreurs , il dépose le germe d’importantes vérités que l’avenir doit recueillir et féconder.

Dans l’analysé qui va suivre et qu’il sera bon de comparer au texte, nous cèlerons la parole à Stahl, en nous efforçant d’être l’écho fidèle de sa pensée.

Depuis que l’imprimerie est découverte , et que l’on a conquis la liberté de penser et d’écrire , le nombre des livres s’est accru , s’accroît et s’accroîtra dans une progression effrayante. Il en est parmi eux beaucoup d’inutiles , de mauvais , de dangereux , et l’on pourrait croire qu’il serait bon d’en soumettre la publication à des mesures coercitives: mais, en y réfléchissant, on reconnaît que l’on manquerait le but, qu’on serait injuste; que la liberté d’écrire porte avec elle son correctif, de sorte qu’il suffit de sévir contre les ouvrages qui peuvent troubler l’ordre social. La Providence divine interviendra d’ailleurs toujours au temps voulu, en suscitant à propos des hommes d’élite qui se dévoueront tout entiers pour combattre l’erreur et assurer le triomphe de la vérité.

Ces réflexions s’appliquent amplement à la médecine. Nous re-

1 11 est évident que le Vitalisme est la vraie doctrine médicale; car le médecin (une fois possesseur des sciences collatérales) doit, en tant que médecin, étudier ce que la vie a de spécial et de propre, à moins que l’on ne soutienne que la vie n’est rien. Le jour où il sera prouvé que les corps vivants ne sont que d’ingénieuses machines ou des laboratoires perfectionnés, il n’y aura plus de médecins, il ne restera que des physiciens et des chimistes, et l’on traitera simplement les malades par des machines et des réactifs : alors le matérialisme, passant sur le corps de la médecine et des médecins , affirmera plus que jamais que la pensée et la morale sont un mécanisme ou une opération chimique. Heureusement, cet instant, que certains hommes désirent, espèrent et signalent comme un grand progrès indubitable , ne paraît pas près d’arriver.

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gorgeons de livres sur tout ce qui s’y rattache , car la plupart des auteurs écrivent pour faire acte de présence , pour donner signe de vie. Demandez-leur quel est le motif qui a guidé leur plume , puisqu’ils se bornent à se copier les uns les autres , à reproduire des faits semblables, souvent avec les mêmes erreurs? Us vous répondront qu’ils se distinguent par une meilleure méthode. Mais alors, que devrons-nous penser d’une science dans laquelle on a essayé de tous les procédés , on a mis en avant sur chaque objet, sur chaque question une multitude d’opinions , de solutions diverses , opposées , contradictoires , sans arriver à des principes , à des dogmes fixes , positifs , avoués par l’expérience et la raison , et qui réunissent les suffrages des hommes de sens et de conscience? Ne doit-on pas en conclure que la médecine est une science tout-à-fait incertaine par sa nature, et indigne d’occuper ceux qui veulent se rendre vraiment utiles à leurs semblables?

Ces remarques sont d’autant plus décourageantes , que les dissidences sont aujourd’hui plus grandes encore qu’autrefois , et qu’elles révèlent l’impuissance de l’art autant que celle de la science; car si vous réunissez dix médecins , ils ne s’accorderont ni sur la théorie ni sur la pratique , et chacun prescrira une médication non-seulement différente de celle des autres, mais même le plus souvent contraire dans ses résultats.

Quant à nous , nous sommes convaincu de la certitude de notre art et de notre science ; nous affirmons que l’on peut arriver à une théorie solide qui s’appuie sur une théorie sûre et qui nous y conduit par une voie simple et naturelle. Nous pouvons démontrer, d’une manière claire et irrécusable , que tout le mal réside dans la méthode vicieuse qu’on a généralement suivie jusqu’ici ; nous pouvons prouver qu’au moyen de la méthode que nous avons adoptée , l’on arrive à des dogmes faciles, unitaires, peu nombreux, conduisant à une théorie et à une pratique sûre, heureuse, vraie, établie sur des faits cliniques incontestables , avoués par tous les cliniciens. Tel a été l’objet de tous nos travaux , le.but de nos constants efforts.

Des prétentions aussi hautes , des convictions aussi fortes ont dû nous susciter bien des adversaires. Nous aurions pu nous dispenser de répondre à leurs attaques , car elles sont sans valeur ; nous aurions

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pu les réfuter en leur opposant le témoignage , trop favorable sans doute , d’un grand nombre de médecins d’une immense autorité qui ont approuvé notre méthode et notre doctrine ; nous aurions pu dire que les vérités établies par nous sont du nombre de celles que la bonté divine a enseignées à ceux qui les cherchent avec ardeur et bonne foi, et en appeler à l’expérience clinique, au jugement d’üne postérité savante et éclairée. Mais comme les objections qu’on nous a opposées, quelque futiles qu’elles soient, ont peut-être laissé des impressions défavorables dans l’esprit de quelques lecteurs peu familiers avec les vrais principes de la médecine , nous croyons qu’il est nécessaire de les examiner rapidement , et de prouver en peu de mots qu’elles s’anéantissent dès qu’on les soumet à un sérieux examen.

On nous a accusé de plagiat, d’opinions téméraires, dangereuses, spécialement sur des points à propos desquels nous avons le mieux la conscience d’être absolument inattaquable : on a dit que nous ne citions presque jamais les autres , tandis que nous nous citions beaucoup trop nous-même : on a ajouté qu’il y avait peu de méthode dans nos expositions ; que nos principes manquaient d’unité , d’enchaînement, d’harmonie; qu’ils ne pouvaient s’appliquer au lit des malades, etc.

Passons en revue ces diverses accusations.

1. Plagiat. — Pour savoir si nous sommes en effet plagiaire , il faut déterminer en quoi consiste un plagiat et comment on le constate : ceci exige quelques réflexions.

4° Parmi les détracteurs littéraires, il en est deux espèces, dont l’une est plus inepte et l’autre plus méchante. La première comprend les éclectiques à tout prix, voulant concilier les opinions les plus opposées, souvent également fausses, et en faire une vérité. La seconde embrasse les faux érudits qui proclament qu’on ne découvre jamais rien de nouveau , et qui jettent l’accusation de plagiat à la tête de chaque auteur. Apprenons-leur à tous ce qu’on entend par découvrir.

Il ne faut pas confondre le mot trouver ( invertir e J avec le mot découvrir (reperire, detegerej. Trouver comme par hasard une vérité

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neuve , ou en rencontrer dans un auteur une déjà ancienne , mais oubliée , est un faible mérite si on ne l’a point cherchée ; si l’on n’en sent pas ou qu’on n’en montre pas l’importance ; si l’on n’en tire aucun fruit : on ressemble alors au coq de la fable qui trouve dans un fumier une perle qui l’embarrasse : c’est encore pis si l’on en fait un mauvais usage.

Au contraire , celui qui trouve des vérités neuves ou en ressuscite d’anciennes , fait une découverte s’il les a poursuivies avec réflexion ; s’il en a mis la valeur en relief ; s’il en a déduit les conséquences ; s’il en a fait une série d’applications utiles pour lui et pour tous les autres. Celui-là ne trouve pas seulement , il découvre. Son œuvre, par sa splendeur et son utilité , mérite les hommages des savants et des hommes de bien.

Nous dirons , de même , qu’on ne doit guère d’estime au labeur, quelque grand qu’il soit , de ces éclectiques qui ramassent partout , dans les diverses doctrines, des lambeaux enfumés, usés , décolorés , et les cousent maladroitement ensemble de manière à nous livrer un fétide habit d’arlequin. Pour faire avancer la science dans cette voie , il faut réunir les grandes vérités connues , les cimenter, les rattacher à un principe supérieur qui les éclaire , les dominer et les transporter dans la pratique.

2° Il nous est facile de démontrer que nos travaux contiennent un grand nombre de découvertes , dans le véritable sens de ce mot; car, indépendamment des principes entièrement neufs établis par nous , il est aisé de prouver que , même quand nous avons fait des emprunts, nous avons fondu ensemble les dogmes médicaux déjà connus ; nous les avons agrandis , rectifiés , appliqués , en les vivifiant par des principes nouveaux et plus élevés , en suivant partout une méthode que nous avons développée et dont on peut apprécier la valeur.

3° Citons quelques exemples de ce genre en physiologie , en pathologie , en thérapeutique , et l’on verra si nous sommes plagiaire • en quoi que ce soit.

Voici quelques-uns des principes constitutifs de notre doctrine :

A. Le mixte vivant, par sa crâse, sa constitution même, présente une disposition constante à la séparation de ses éléments ; et cepen-

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dant cette disposition , toujours imminente , ne passe pas de la puissance à l’acte , ne se réalise pas ; car sans cela la maladie serait constante , et nous avons prouvé que , sur l’ensemble des hommes , elle est rare.

B. C’est dans la conservation de l’intégrité de ce mixte que consiste la vie corporelle. Cette conservation s’opère par l’influence de la force motrice vivifiante directe de l’âme , et non par sa simple union avec le corps , ni par l’influx d’un agent intermédiaire matériel , par un rapport corporel physique , comme le supposent les partisans des esprits vitaux, du baume vital, d’un principe astral, etc.

C. L’art médical n’a que très-peu ou même point de moyens directs d’action sur la conservation de cette mixtion vivante si précieuse ; il n’a de prise que sur les actes vitaux qui la maintiennent.

j D. La circulation, les sécrétions, les excrétions jouent le plus grand rôle dans cette conservation vitale ; et cependant cette influence et son mécanisme ont échappé à cés minutieux anatomistes, qui, après avoir étudié les figures dès pores excréteurs et sécréteurs , ont cru que la circulation se faisait uniformément sous l’impulsion unique du cœur, et que l’obstruction mécanique des vaisseaux pouvait seule la retarder dans certains points.

E. Le mouvement tonique spécial du tissu spongieux extravasculaire , par la résistance variée qu’il oppose , vient modifier la circulation dans les diverses parties, en se coordonnant avec l’impulsion du cœur, et préside ainsi à la distribution du sang suivant les besoins. Cette force tonique, dont j’ai déterminé les lois, explique seule une foule de phénomènes.

F. La respiration échauffe le sang , au lieu de le refroidir.

G. C’est pour s’être éloignés de ces doctrines fondamentales , les seules vraies , que les médecins modernes sont de mauvais praticiens quand ils suivent leurs théories , tandis qu’une pratique est heureuse quand elle s’appuie sur une théorie légitime.

H. Une théorie médicale pratique ne doit pas être purement physique ; elle doit s’occuper surtout des forces , des mouvements , v des actes vitaux et de leurs lois expérimentales, plus encore que de la matière physique sur laquelle ces forces s’exercent.

/. Ces actes s’exécutent avec ordre , régularité , harmonie , unité , et tendent vers un but bien déterminé ; ils supposent donc

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une cause unitaire agissant avec sagesse , à laquelle se rattache cette harmonie.

J. Cette cause , cette force vivifiante , directrice des actes vitaux corporels, doit être regardée comme une des facultés de l’âme. raisonnable ; mais elle se distingue des facultés raisonnantes de celle-ci , en ce que ses actes ne sont point accompagnés de conscience , de réflexion, de raisonnement, de liberté. La faculté vivifiante qui réside dans l’âme, sa force ou principe vital est dépourvu du ioyoap» ; elle est purement intuitive, instinctive, et ne jouit que du Xoyw. Cette distinction des deux facultés , des deux dynamismes de l’âme , est fondamentale. Plusieurs de ces dogmes avaient été aperçus avant nous , surtout par les anciens. Ainsi , ces derniers avaient songé à la différence qui existe , au point de vue du mélange ou de l’association de ses éléments, entre un corps organisé pour vivre et le même corps actuellement vivant ; ils savaient que la vie consiste surtout dans les actes moteurs qui conservent l’intégrité de ce mélange , que ces actes méritent plus d’attention que la matière même ; ils comprenaient le rôle que jouent les excrétions et les sécrétions pour maintenir et rétablir la santé; ils étudiaient et épiaient avec soin les mouvements de la nature. Plusieurs avaient rapporté à l’âme pensante les deux facultés vitale et intellectuelle, etc. Nous reconnaissons hautement tout ce que les anciens avaient fait en ce genre ; nous avouons tout ce que nous devons à leurs travaux; mais nous affirmons en même temps que ces idées sont restées chez eux confuses, incomplètes, mêlées à beaucoup d’erreurs et d’hypothèses , qui n’ont point permis de les lier de manière à en composer une théorie large et vraie , et à les transporter assez largement dans la pratique pour se plier à tous ses besoins.

Afin de constituer une doctrine médicale vraie , qui pût servir de guide au lit du malade , éclairer la clinique et être éclairée par elle , il fallait marcher dans la voie antique , en l’élargissant , la redressant , l’appliquant ; il fallait poursuivre expérimentalement les lois t de cette force unitaire , directrice , vivifiante , active , qui pénètre tout , anime tout , transforme et domine la matière par ses modes formels , spéciaux , bien supérieurs aux lois de la physique vulgaire : au lieu de cela , les modernes , avec leur philosophie morte , n’ont vu que de la matière , une mécanique grossière sans but et

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sans entente harmonique ; ils ont négligé , torturé , compliqué , défiguré les grands dogmes de l’antiquité ; ils ont anéanti la médecine en en faisant une branche de la mécanique la plus commune, et ont créé des théories qui ne peuvent servir à la pratique , parce que celle-ci n’en a pas fourni les éléments.

Ce que nos prédécesseurs auraient dû faire, nous l’avons fait, en développant les germes précieux qui nous avaient été transmis ; en les débarrassant des alliages impurs; en ajoutant aux richesses antiques des richesses nouvelles; en marchant directement dans les sentiers de la vérité.

Il serait injuste de nous accuser de plagiat , car nous avons emprunté surtout des faits que nous avons vus aussi par nous-même; souvent nous les avons interprétés bien autrement, et, dans les principes mêmes qui nous semblent communs avec nos prédécesseurs , nous nous distinguons d’eux par plus de clarté , d’étendue , par des démonstrations plus certaines, des applications plus nombreuses , etc. Tout cela nous est devenu propre parce que nous l’avons transformé en l’assimilant par une longue élaboration.

Ce qui nous est surtout particulier , c’est l’esprit général de notre doctrine ; c’est le soin que nous avons pris d’insister sur ce génie propre j indépendant , de la médecine , science spéciale , autonome , qui se gouverne par ses' lois vitales , distinctes de toutes les autres. On ne peut connaître ces lois que par la méthode expérimentale ; par l’observation directe , attentive , scrupuleuse , minutieuse , de l’homme vivant sain et malade , et des actes réguliers , concourant vers un but , de la force vitale active qui le pénètre dans ses replis les plus profonds. Nous voyons autour de nous des physiciens et des métaphysiciens qui asservissent la médecine au génie des sciences physiques, anatomiques, métaphysiques, c’est-à-dire à un génie toutà-fait différent du sien. Aussi avons-nous répété qu’il faut éloigner de la médecine ces applications exclusives et illégitimes des sciences accessoires ou étrangères qui l’étouffent et la réduisent en servitude , ces fictions mensongères qui obscurcissent et masquent la vérité.

4° Le même esprit qui nous a dirigé dans la physiologie, a présidé à notre pathologie , dont nous rappellerons quelques dogmes principaux.

A. Cet ordre, cette mesure, çes mouvements harmoniques uni-

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taires partant d’une même force vitale , tendant vers un même but conservateur , s’assujettissant à des temps et à des proportions déterminées, se retrouvent dans les mouvements et les actes pathologiques aussi bien que dans l’état normal.

B. Parmi les phénomènes des maladies , il en est qui sont vraiment morbides et qui dépendent des altérations matérielles ou des lésions des forces vitales ; mais on en voit d’autres qui constituent de véritables fonctions pathologiques : les actes de ce dernier genre , loin d’être produits par les causes ou lésions matérielles, sont suscités contre elles par la force vitale pour en triompher , pour en effacer les effets. Loin d’être nuisibles , ils sont utiles , nécessaires ; ils sont réguliers , synergiques , sans tumulte; au lieu de les étouffer, il faut les régulariser, les surveiller, les diriger, les utiliser, et , au besoin même , les soutenir et les provoquer. Souvent ces actes ne sont point en proportion des lésions qui les ont excités.

C. Là-dessus repose la connaissance des appareils moteurs qui constituent les mouvements fluxionnaires , spasmodiques , fébriles , etc. ; leur enchaînement , leur évolution , leurs transformations , etc. C’est là que se trouve le secret de ces actes curatifs ; c’est ainsi que l’on se rend compte de la nature et du degré de leur utilité, de la manière dont on peut en faire usage pour guérir les modes morbides contre lesquels ils sont dirigés.

D. Aces principes se rattachent la doctrine des crises, les actes qu’accomplit cette nature médicatrice signalée par Hippocrate. Cette force curative naturelle se livre à des mouvements salutaires , avec un art, une science qu’elle possède , sans qu’on la lui ait enseignée. Dans tous ces points , nous avons suivi la doctrine antique ; mais nous l’avons éclaircie , développée ; nous en avons assigné les lois par la méthode inductive ou à posteriori; nous l’avons confirmée , étendue par la méthode déductive ou d priori , ainsi que par le procédé historique. Nous avons montré comment on peut s’en servir: nous avons été imitateur , et non point servile copiste. Nous pourrions dire par métaphore : « Les anciens nous ont enseigné qu’il y avait du pain et que c’était un aliment ; nous avons fait voir comment on l’obtient, ce qu’il faut faire pour le préparer, pour le digérer, pour s’en nourrir. »

Les anciens ont très-bien vu que dans les maladies, surtout dans

les fièvres aiguës , il y a lutte entre la nature et l’état morbide ; que celui-ci peut se dissiper par des excrétions convenables servant de crise et provoquées par la nature, etc. Mais ce qui leur manque, c’est une théorie directe des mouvements curatifs , de leur enchaînement , de leur rapport avec la matière à évacuer, etc.

En pathologie comme en physiologie, les anciens sont arrivés à l’entrée du sanctuaire ; ils y ont à peine pénétré. Après avoir compris que l’importance des mouvements vitaux est supérieure à celle de la matière , ils se sont trop rapidement et trop complètement tournés vers cette dernière , perdant ainsi le fruit des grandes perspectives qu’ils avaient entrevues et esquissées.

Si nous sommes ainsi tout-à-fait neuf, même quand nous avons suivi les traces des anciens, l’on ne nous accusera pas d’avoir fait de grands emprunts aux modernes, car, en général, nous nous en éloignons complètement. Us n’ont pas même pu nous transmettre les traditions antiques , puisqu’il nous serait difficile de dire comment ils auraient pu les conserver. Quand on étudie les milliers de commentateurs d’Hippocrate , on reconnaît qu’ils ont si bien embarrassé et défiguré ses grands principes en les mêlant à de vaines fictions , qu’on perdrait un temps infini et de grands efforts d’intelligence , qu’on fausserait son jugement , si l’on cherchait à les suivre dans ce dédale. Il est plus facile et plus sûr de revoir au lit des malades les faits sur lesquels ils se sont appuyés : c’est ce que nous avons fait dès nos premières études ; c’est à cela que nous nous sommes appliqué au début même de notre pratique médicale ; c’est en face de la nature que nous avons compris les anciens et leur talent d’observation ; que nous avons pris confiance en eux. Ceux qui nous connaissent savent que nous avons mieux aimé expérimenter, observer, vivre au sein des faits , des choses même , des réalités , que nous ensevelir dans la poussière des bibliothèques. En suivant cette route, nous avons vu ce qu’avaient vu les anciens ; nous avons dû les redresser , les compléter , les dépasser par une méthode simple , sûre , facile , naturelle.

E. Nous avons signalé l’importance pathogénique de la pléthore; nous avons montré comment cette cause matérielle de maladie se lie avec des lésions des actes vitaux ; comment elle provoque d’autres actes : cela nous a conduit à la théorie des hémorrhagies

et d’une foule d’autres états morbides. Les anciens connaissaient la pléthore et son influence ; mais , enfermés dans des généralités , ils avaient entrevu vaguement son évolution et ses conséquences : aussi, après avoir dit que certaines hémorrhagies ne devaient être supprimées qu’avec précaution , ils n’étaient, point parvenus à poser les indications de la saignée et d’un grand nombre d’autres moyens thérapeutiques.

IL Affectation de citer peu les autres , de nous citer beaucoup nous-même. — On nous reproche de ne pas citer les autres et de nous citer trop souvent nous-même.

1° Nous ne citons pas un grand nombre d’auteurs, mais nous le faisons quand cela est nécessaire ; nous choisissons de préférence les anciens , sans proscrire les modernes. Si nous agissons ainsi , ce n’est point par un dédain absolu pour l’érudition , ni pour nous attribuer les découvertes d’autrui. Lorsqu’il est question d’un fait vulgaire , il faudrait citer des milliers d’auteurs qui l’ont vu ; nous aimons mieux rapporter le fait lui -même tel que nous l’avons observé. Quant aux points de doctrine, nous indiquons les sources auxquelles nous empruntons les idées que nous établissons. Dans plus d’un cas , nous citons des écrivains qui ont noté comme nous un phénomène curieux , important , même lorsqu’ils l’ont mal interprété et qu’ils en ont déduit une thérapeutique vicieuse : c’est ce qui a eu lieu pour le flux de ventre dans les fièvres pétéchiales. Nous avons , à ce propos , fait mention de Gérard Colomba , de Moreau , de Busser, bien qu’ils aient tiré mauvais parti de ce fait , dont la connaissance antérieure pour nous à la lecture de ces livres nous a conduit à une doctrine spéciale , à un traitement qui nous est propre et qui est couronné par de beaux succès.

Nous affirmons volontiers que Yan - Helmont , Campanella , Sydenham ont assuré que la fièvre paraît être une chose utile , qu’elle est une œuvre de la nature ; nous avons là-dessus plus d’érudition et de bonne foi que nos accusateurs; mais chacun peut observer le fait. Ce qui manque aux auteurs que l’on a cités , c’est d’être allés au-delà de l’assertion simple ; c’est d’avoir déterminé la succession naturelle des actes fébriles curatifs dans leurs instruments, leur but, leur mécanisme intime, leurs rapports avec la

nature de l’état pathologique et de la matière morbide , de la fièvre, etc.

2° Nous ne méprisons pas l’érudition , mais nous estimons peu l’étalage d’une grande science de ce genre , surtout quand on n’en a que l’apparence. Beaucoup de nos érudits qui nous éblouissent sous le fracas de leur érudition et de leurs recherches, trouvent tout simplement les faits et les auteurs nombreux qu’ils indiquent, dans des dictionnaires, des répertoires , des collections, tels que Lippénius, Lindénius , Walther, les Actes de Leipsig , ceux des Curieux de la nature, etc. 1

3° Nous nous citons souvent nous -même , parce que nous sommes plus certain des détails des faits que nous avons observés , et que nous avons mieux étudié le point de vue spécial que nous avons mis en relief ; de plus , nous ne pouvons nous dispenser de nous citer, quand il s’agit de doctrines qui n’appartiennent qu’à nous.

4° L’autorité d’un fait est plus puissante que l’autorité d’un nom ; les détails importants que l’on présente , les déductions rationnelles qu’on en tire instruisent plus que les faits seuls confusément accumulés : il ne faut point citer, pour aligner simplement des observations ,des opinions , des noms d’auteurs. Si , comme on le fait trop souvent, l’on se borne à transcrire des séries de pages, de dissertations entières ramassées de tous côtés , on ne donne pas son œuvre , mais celle d’autrui , et le travail est plus que fastidieux ( voir mes dissertations : De testimoniis medicis , De auctoritate et veritate medicâ , etc.).

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