III. Défaut d’ordre, de méthode, de liaison, d’enchaînement
1 K. Sprengel a altéré le sens et l’esprit de tout ce passage de Stahl , ce qui lui est arrivé à chaque instant pour la Doctrine Stahlienne qu’il a singulièrement défigurée, comme beaucoup d’autres : c’est pourtant lui que l’on suit en général pour l’histoire de la médecine. De là, une foule d’erreurs dont ne sont pas exempts ceux mêmes qui se sont beaucoup occupés de celte étude. Cette branche si importante des sciences médicales est à créer : on n’a pas encore assez vu l’heureuse et vaste influence qu’elle est appelée à exercer sur les progrès de la médecine, de la philosophie, des sciences , qui sont toutes intimement liées avec l’anthropologie.
dans les idées et les écrits. — Nous avons publié un grand nombre de dissertations, d’opuscules fractionnés, et l’on a cru, d’après cela, pouvoir nous accuser de manquer d’ordre, de méthode, d’unité doctrinale , tandis que l’un des plus grands mérites de nos œuvres , c’est l’accord parfait entre la méthode , les faits , les dogmes généraux et particuliers ; c’est l’harmonie de nos opuscules qui forment une chaîne continue embrassant l’ensemble de la médecine. Nous sommes parvenu à quelques principes supérieurs unitaires et simples, déduits de faits très-généraux , très-familiers , évidents pour tous. A ces principes se rattachent tous les détails de notre doctrine entière, qui réunit les vérités fondamentales éparses dans la science et en forme un vaste faisceau, de manière à constituer une longue chaîne continue dont tous les anneaux s’unissent aisément par des liens naturels et logiques. Une courte analyse le prouvera surabondamment.
4° La clef de voûte de l’édifice est cette première proposition : * Le mixte vivant , en vertu de sa composition chimique , tend sans cesse à se corrompre , à se dissoudre dans ses éléments constitutifs. Or, cette dissolution imminente ne se réalise jamais tant que l’organisme et ses parties sont vivants ; c’est donc la vie qui empêche cette dissolution. »
De là , nous avons déduit une notion précise et vraie de la vie dans son objet , son sujet, sa cause instrumentale , formelle , finale , efficiente.
Vobjet de la vie est de pénétrer toutes les parties du corps vivant, pour empêcher cette dissolution à laquelle elles tendent toutes à des degrés divers. Le sujet matériel où elle agit, où ses effets s’exercent , c’est le corps lui-même ; mais elle se déploie avec plus d’activité dans les parties où cette conservation est le plus nécessaire.
Cette conservation a besoin d 'instruments , d’un mécanisme spécial propre à opérer cette conservation; c’est là ce qu’il faut découvrir pour aider leur action, les réparer, lever les obstacles, etc.
Le caractère formel et propre de la vie , c’est de conserver sans cesse cette dissolubilité , cette tendance à la dissociation , et néanmoins de maintenir toujours en même temps leur association conservatrice.
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La cause finale à découvrir est celle-ci : « Pourquoi faut-il que toutes les parties de ce corps soient corruptibles? Est-ce tout simplement pour créer une force conservatrice obligée de déployer tant de puissance ? »
Cela fait , nous sommes conduit à reconnaître les facultés caractéristiques de la cause efficiente de la vie conservatrice : elle doit avoir intérêt à maintenir le corps toujours corruptible et toujours exempt de corruption; elle doit savoir et pouvoir diriger, modifier les actes et les mouvements vitaux qui sont ses instruments , de manière à atteindre son but, sa fin, habilement et dans toutes les occasions. C’est ainsi que, par une première induction expérimentale rapide , unie au procédé rationnel déductif , nous sommes arrivé , bien mieux que nos prédécesseurs , à une notion complète des mouvements , des actes , des forces de la vie , à son principe efficient , à son type fondamental , à son but , à sa fin dernière , â son sujet, etc.
3° Pénétrant alors plus profondément dans la question, et partant toujours du même dogme premier, nous avons vu que le sujet, le lieu , la partie du corps où la vie déploie sa plus grande activité , c’est le sang , qui a besoin d’être plus dissociable pour céder partout ses éléments nutritifs, sécréteurs, etc., et qui doit par conséquent être l’objet d’une puissante force vitale conservatrice : de là , sa fluidité (dissolubilité plus grande); de là, les actes moteurs qui le conservent, etc.
C’est surtout par la circulation, les sécrétions et les excrétions, etc., que s’opère la conservation de la constitution propre du composé sanguin; aussi est-ce la circulation, les excrétions, etc., que le clinicien commence par explorer, etc.
4° Ces actes vitaux s’opèrent avec une régularité extrême sous le rapport de la quantité, du temps, du lieu, des qualités, etc., ce qui exige une force distributive régulatrice : cette force , c’est la force tonique dont nous avons trouvé et démontré les lois. L’étude des directions diverses de cette force aux divers âges , dans les différents tempéraments, dans les circonstances les plus variées, etc., nous a permis d’établir la théorie des fonctions vitales avec les modes propres aux âges, aux tempéraments, etc.
5° Les conditions que doit remplir la cause efficiente de la vie , le
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principe vital , nous ont prouvé que ce principe doit être une faculté sage , mais non raisonnante, de l’âme raisonnable; ce qui est confirmé par une foule de faits , et spécialement par celui-ci , que les mœurs de l’âme sont en harmonie avec les tempéraments. Dès-lors , cette théorie donne la clef de ce fait lui -même et de toutes ses conséquences.
6» Ces principes , base de la physiologie , deviennent aussi ceux de la science pathologique.
A. Le rôle important que jouent dans les organismes vivants le sang et les actes vitaux qui se rapportent à la conservation de sa fluidité, de sa chaleur , de sa composition normale , etc. (circulation sécrétions, excrétions, etc.) , doit, à priori, nous porter à chercher d’abord dans ce liquide , dans les forces et les actes moteurs qui se rapportent à lui, les causes principales , matérielles, instrumentales et formelles , etc., des maladies : c’est ce que prouvent , à posteriori, l’observation et l’expérimentation.
B. La cause matérielle qui domine l’étiologie des états morbides dans leur origine , ce n’est point une altération du sang et des humeurs dans la forme de leurs molécules , dans leur composition intime ; ce n’est point un brisement dé leurs globules , une production insolite d’acides , d’alcalis , de sels , de ferments , d’âcretés en nombre infini , comme on le soutient maintenant ; ce n’est point une série de causes occultes créées par l’imagination des médecins qui substituent leurs rêveries physiques ou métaphysiques à l’observation de la nature ; c’est quelque chose de plus simple : c’est une altération dans la quantité du sang et des humeurs , c’est la pléthore générale ou locale. La pléthore est une racine commune qui nourrit une foule de maladies diverses; c’est un fait morbide initial qui explique une partie considérable de l’étiologie morbide , de la pathogënie.
La pléthore et les mouvements vitaux , surtout les mouvements toniques , si importants pour la crâse du sang qui s’effectue par la circulation, les sécrétions, les excrétions, etc., forment une courbe qui embrasse dans ses replis la génération d’un grand nombre de maladies , particulièrement de celles qui ne tiennent point à des lésions extérieures , à l’introduction accidentelle de principes étrangers venus du dehors, etc.
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C. Aux lésions quantitatives du sang succèdent plus tard ses lésions qualitatives: ce fluide, retardé dans son cours, s’épaissit; il s’altère parce qu’il n’est point soumis à des dépurations convenables par des sécrétions et des excrétions normales. De là, des lésions plus profondes dans la texture même des solides qu’il nourrit ; de là , des lésions nouvelles dans tous les instruments matériels et formels de la vie. Tel est le rôle pathologique majeur du sang , de la pléthore, de la force tonique sur lesquels nous avons tant insisté.
I). Sur ces deux grandes bases fondamentales primitives repose notre théorie des fluxions, des congestions , des stases, des spasmes, de l’inflammation, des mouvements fébriles, etc. L’étude de la pléthore et des mouvements toniques y occupe d’abord le premier rang , et constitue le lien des nombreuses dissertations que nous avons publiées sur ces importants sujets.
E. Puisque la pléthore joue un si grand rôle initial dans la pathogénie , la nature doit faire tous ses efforts pour la dissiper , pour en effacer et en prévenir les conséquences , par les moyens les plus- simples. Elle y pourvoit par des évacuations sanguines , des sécrétions et des excrétions. Elle emploie pour cela son grand instrument moteur , le mouvement tonique. En dirigeant les mouvements toniques par des efforts synergiques utilement disposés , elle pousse le sang et les humeurs vers les couloirs convenables pour en expulser le superflu , pour débarrasser les organes surchargés , pour dépurer et ramener tout à une crâse , une constitution normales.
F. Tout cela ne s’opère point par hasard, sans ordre, tumultueusement , comme on le croit généralement faute d’y regarder de près ; il y a dans les fonctions morbides curatives , comme dans les fonctions physiologiques, une régularité , une entente harmonique, un concours synergique d’efforts qui échappe , parce qu’on les trouble par des médications intempestives. On retrouve toujours les traces,' le cachet de cette activité vitale conservatrice , marchant avec sollicitude vers le but qu’elle poursuit, et s’accommodant aux circonstances qui surviennent dans l’organisme ou autour de lui : c’est là ce que nous avons montré dans nos études sur le flux menstruel, le flux hémorrhoïdal , les stases dans la veine-porte , les hémorrhagies,
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les fièvres en général et en particulier, le rhumatisme , la goutte , les affections spasmodiques, etc. Afin de démontrer qu’un même mode morbide , comme la pléthore , par exemple , pouvait être la racine de maladies en apparence très-diverses , nous avons fait voir comment une même affection pouvait apparaître sous des manifestations très-différentes, en revêtant successivement une foule de formes morbides qui servent d’enveloppe à un fond commun ( voir, entre autres, De translationibus morborum ). En arrivant à des détails plus intimes , nous avons appliqué ces dogmes simples et unitaires aux variations que présentent les maladies suivant les âges, les sexes, les tempéraments , les professions, les circonstances individuelles.
H. Les mêmes principes sur lesquels repose notre étiologie morbide , notre pathogénie , notre pathologie entière , nous ont servi de guide dans notre thérapeutique naturelle et artificielle.
En effet , après avoir démontré que la nature suscite contre la pléthore les stases, les spasmes, etc., ou les altérations quantitatives et qualitatives des fluides et des solides , etc., des actes pathologiques, synergiques , qui sont de véritables fonctions anti-morbides dirigées dans des intentions curatives , pour ramener à l’état normal la circulation et la crâse de l’agrégat matériel , et que ces actes sont prœter naturam j c’est-à-dire insolites, différents des actes physiologiques, mais non point contra naturam J c’est-à-dire contraires à la nature ; nous avons dû conclure que ces actes constituent une thérapeutique naturelle qu’il faut étudier et utiliser.
J. Cette thérapeutique naturelle , instituée par la bonté divine , est soumise à des lois , à des règles établies par la sagesse providentielle : l’expérience doit nous les enseigner. Sur elle repose une branche importante de la thérapeutique artificielle. Les fonctions anti-morbides qui se mêlent, dans les maladies, aux actes vraiment pathologiques , ne doivent point être supprimées , comme le font les sectes médicales qui n’en reconnaissent point le véritable caractère ; il faut seulement les régler pour atteindre le but vers lequel elles sont dirigées.
K. Nous reconnaissons hautement que la nature , placée par le maladie même dans un état anormal , se trompe souvent dans ses procédés (voir De naturœ erroribus medicis); mais c’est aux médecins
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à la redresser, en lui rendant les services qu’ils en reçoivent, car eux aussi sont fort exposés à des erreurs, et, dans bien des cas où ils guérissent , ils le font par hasard et sans connaître la raison de leur succès (voir De curationibus per accident). •
L. Nous dirons donc, en nous résumant: — a. que nos pensées et nos écrits sont parfaitement enchaînés , et que l’ordre le plus rigoureux et le plus simple en unit toutes les parties ; — b. que nous avons, plus que tous les autres, rassemblé et cimenté , dans une doctrine largement compréhensive , toutes les vérités spéculatives et pratiques recueillies jusqu’à nous et qui se trouvaient éparses chez nos prédécesseurs , sans qu’aucun d’eux fût parvenu à constituer avec elles une théorie médicale , complète et vraie , sans qu’on en eût même compris et conçu la possibilité : — c. que cette œuvre, loin de mériter un déchaînement haineux suscité par l’envie . ne devrait nous attirer que des éloges de la part des savants et des hommes de bien.
7° Quant à notre méthode, le succès que nous avons obtenu suffirait seul pour en justifier l’excellence ; elle est, avant tout, expérimentale et inductive. Pour mieux frapper les esprits, nous avons, autant que nous l’avons pu , substitué les démonstrations , par les faits bien enchaînés, aux argumentations syllogistiques. Nous avons employé néanmoins , quand il l’a fallu , la méthode déductive , dont on ne doit pas dédaigner la puissance quand on sait en user avec une sage réserve. Nous avons mêlé à propos les considérations à priori aux preuves à posteriori, la synthèse à l’analyse. Enfin, nous avons mis à contribution les travaux de nos prédécesseurs, surtout ceux de l’antiquité , sans négliger les modernes , après avoir montré les règles qu’il faut adopter dans les recherches traditionnelles , dans les œuvres de véritable et non point de fastueuse et fausse érudition (voir De testimoniis medicis , De auctoritate medicâ, etc. ).
Le principe de causalité, de rapport, d’analogie, a, par sa fécondité même , fixé particulièrement notre attention. Sans déprécier , d’une manière absolue , les distinctions multipliées établies à ce sujet dans les traités de logique ( causes prédisposantes , éloignées , prochaines , inhérentes , conséquentes , etc.) , nous avons cru devoir les simplifier, afin de ne pas embarrasser nos lecteurs
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et pour marcher plus directement vers notre but; aussi avons-nous insisté , d’une manière spéciale , sur la recherche de la cause efficiente, qui anime et dirige tout; de la cause instrumentale , dont elle se sert pour exécuter ses actes; de la cause finale, ou du but dernier qu’elle poursuit dans ses efforts, etc.
V. Caractère peu pratique de notre doctrine. — Cette objection ne mérite pas une réfutation sérieuse. C’est surtout au lit des malades que notre doctrine a été constituée ; c’est pour eux que nous l’avons établie. Née au sein de l’observation clinique, où elle a puisé ses matériaux les plus importants, c’est par elle et pour elle qu’elle a été faite ; c’est elle qui l’éclaire , c’est elle qui la justifie. La thérapeutique est son but et lui donne sa sanction suprême.
VI. Opinions excentriques , téméraires, dangereuses. — On nous a reproché d’avoir imaginé ou adopté des opinions étranges , audacieuses, dangereuses même par leurs conséquences. Il s’agit particulièrement de la suppression des agents que l’on a inventés pour les placer entre l’âme raisonnable et le corps , et de l’admission de l’influénce directe de la première sur l’agrégat matériel. Mais cette doctrine , qui n’est pas nouvelle et qui fait partie de l’enseignement théologique tout entier, nous a été fournie par l’induction expérimentale la plus rigoureuse et la plus pure ; elle est confirmée par les déductions les plus logiques.
Il y a dans l’âme deux sortes de forces motrices : l’une sert à la vie de l’âme , à ses fonctions propres (la pensée , la volonté , etc.) ; l’autre sert à la vie du corps , préside à ses actes vitaux et les dirige. Pourquoi séparer ces deux facultés, distinctes sous certains rapports , mais d’ailleurs si profondément unies ? Pourquoi réaliser des abstractions métaphysiques et créer deux êtres substantiels distincts , dont l’un (l’archée , l’esprit vital , etc.) est un être occulte produit d’une imagination rêveuse , tandis que l’autre , que l’observation constate , suffit à lui seul pour tout expliquer d’une manière claire et positive?
Pour les théoriciens modernes , ce principe vital est tantôt Dieu lui-même ; tantôt un être matériel , quoique très- subtil ; tantôt une
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substance intermédiaire , intelligente comme un esprit , corporelle comme la matière. Nous avons fait remarquer qu’une émotion morale , une fiction imaginative suffit , comme on le voit tous les jours , pour troubler la circulation , amener des stases , des congestions dangereuses ou mortelles , altérer la composition et les qualités du sang et des humeurs d’une manière profonde et subite : or, qui pourra penser que ce soit Dieu lui-même qui vienne , à propos d’une cause de ce genre , porter ainsi le trouble au sein de l’économie humaine ?
Il est vrai que ces effets vitaux sont involontaires et que nous n’avons pas conscience de leur mécanisme intime ; mais nous sentons très-bien que cette impression se passe dans notre âme , et nous savons que notre volonté peut, dans de certaines limites, en réprimer les effets; ils- n’échappent donc pas tout-à-fait à notre conscience et à notre volonté. Le mécanisme intime de nos mouvements les plus volontaires nous échappe comme celui des actes organico-vitaux le plus complètement soumis à la volonté, car nous ignorons parfaitement comment celle-ci met en jeu nos fibres musculaires. Placer entre notre âme et notre corps un esprit vital ou des oscillations mécaniques, qui tantôt lui obéissent, tantôt ne lui obéissent pas, c’est créer hypothétiquement et vainement des êtres ou des abstractions fantastiques inutiles, indémontrables par l’observation, qui multiplient et ne résolvent point les difficultés. Il est bien plus simple d’admettre dans l’âme humaine , unique dans sa substance , multiple dans ses facultés, des régions claires où la conscience pénètre largement, et des parties plus ou moins obscures; de lui reconnaître des forces motrices variées qui s’étendent à tout , enchaînent tout , avec plus ou moins de liberté , et agissent d’après des lois régulières que l’expérience saisit et parvient à formuler. Les âmes végétative , sensitive , rationnelle par instinct et sans raisonnement, enfin raisonnante sans être toujours raisonnable dans ses actes, ne sont dans l’homme que des facultés d’une seule substance animique , ainsi que nous l’avons prouvé à posteriori et à priori dans nos études sur les effets et le mécanisme des passions , dans nos écrits sur la différence des facultés qui possèdent le et de celles qui ont le loytvpbç , etc.
Eh quoi ! l’âme , qui a tant besoin de son corps pour remplir ses
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fonctions dans cette vie , lui serait étrangère , et se verrait aveuglément soumise à tous les caprices d’une seconde âme , chargée seule de le construire , de le diriger, de le conserver ! Passagère sur le vaisseau , elle ne connaîtrait pas , même d’une manière intuitive , ce qu’il est , et subirait toutes les tempêtes sans rien opérer pour s’y soustraire ! Où serait donc cette unité que nous sentons si bien ? Dans la passion , il y a lutte ; mais nous avons la conscience que les deux adversaires sont en nous, et que le kiyto-ub; peut, en raisonnant, triompher du lôyoç qui ne raisonne pas.
Dans l’état sain , les actes vitaux sont réguliers et bien ordonnés ; dans l’état morbide , ils paraissent tumultueux ; mais avec de l’attention l’on trouve encore de l’ordre et une tendance vers un but. Or, dans les passions de l’âme, n’y a-t-il pas aussi du tumulte dans les affections et les pensées? L’état morbide ou pathétique est pour la force vitale ce que la passion est pour l’âme raisonnable : il y a des troubles analogues des deux Côtés. Si vous substituez à l’âme ou l’action directe de Dieu, ou des archées, des esprits vitaux , etc., le fil conducteur vous échappe, et l’anthropologie, perdue dans le dédale des hypothèses les plus contradictoires, ne présente plus d’harmonie. Si c’est Dieu, il est la cause directe, immédiate, des désordres morbides ; si c’est l’esprit vital > on a une simple matière qui agit avec sagesse quand elle guérit. Admettez, au contraire, que, dans la maladie, l’âme est chancelante, troublée par l’état pathétique, insolite, qui menace son corps; qu’elle se trouve en rapport avec des instruments matériels et formels qui ne répondent plus à son empire secret, obscur, mystérieux encore, dont nous n’avons qu’une conscience instinctive et voilée , et vous voyez alors se dérouler une série de lois pathologiques , qu’une observation clinique , attentive , vous permettra d’apprendre , de comprendre et de diriger.
L’étude des tempéraments vient répandre un nouveau jour sur cette union intime des deux facultés , vivifique et raisonnante , concentrées chez l’homme dans une seule substance animique , et soumises à des lois spéciales et distinctes , quoique analogues sous bien des rapports. La preuve de l’unité substantielle des deux facultés de l’âme , tirée des tempéraments , n’avait point échappé à Galien , qui avait simplement constaté le fait , en l’envisageant sous un seul
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de ses aspects. Nous l’avons considéré sous un second point de vue, et de là sont résultées les propositions suivantes que nous avons démontrées dans leurs principes , leur mécanisme , leurs conséquences : — a. Les mœurs et les modes de l’esprit sont en rapport avec les tempéraments. — b. L’économie des mouvements vitaux offre , dans son rhythme et ses modes , un type analogue à celui des mouvenients de l’esprit ; c’est-à-dire que, lorsque l’âme , dans l’administration de son corps , est assujétie à certains modes qui rendent faciles ou difficiles les mouvements des fluides ( d’après les rapports existant entre la consistance des humeurs et les voies qu’elles parcourent), l’esprit, dans ses actes, offre dans ses modes un type du même genre. — c. Ceci est également vrai pour les modes accidentels que la force vitale et l’esprit reçoivent par suite des habitudes que leur impriment des circonstances extérieures -, fortuites , physiologiques ou pathologiques , en dehors des dipositions natives. — d. Enfin , la force vitale suit aussi dans ses actes organiques les modes et les habitudes des facultés intellectuelles et morales.
La force vitale a naturellement des tendances salutaires , de même que l’âme raisonnable a de bonnes intentions ; mais l’une et l’autre se trompent souvent dans les voies et les moyens d’exécution , par suite des perturbations que produisent les états pathétiques morbides et les passions.
Si l’on réfléchit à ce fait que , chez l’homme , la force vitale n’est pas simplement une force immatérielle attachée au corps comme chez les animaux, mais qu’elle est incorporée à une substance spirituelle , à l’âme raisonnable , on concevra aisément cette proposition expérimentalement prouvée , et dont nous avons donné les motifs : « Les maladies sont bien plus fréquentes et plus variées chez les hommes que chez les animaux. »
RÉCLAMATIONS
DÉFENSE ET INDICATIONS JUSTIFICATIVES