‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 51 sur 107 · Texte MoDtpensîer : sur vous · texte numérisé non relu

Texte MoDtpensîer : sur vous

2. Le texte de Mlle de Montpeusier p<»rte: Jette conseille pas aux autres tie se fier à cette sorte de provî" dence.

Je ne m'amuserai point à des louanges générales, aussi vieilles que les siècles *. Le Soleil ne me fournira point de comparaison pour vos yeux, ni les Fleurs pour votre teint. Je pourrois parler de la régularité du visage, de la ^délicatesse des traits, des agréments de la bouclie, de ce cou si poli et si bien tourné, de celte gorge si bien formée. M^s, au delà des plus curieuses observations, il. y a mille choses eu vous à peûSéT-, cniVm ne peut bien dire, ei mille choses qu'on sent mieux qu'on ne les pense.

Croyez-moi, Madiime, ne confiez le soin de votre gloire à personne ; car, assurément, vous n'êtes jamais si bien qu en vous-même. Pa- Toissez nu m il ira tirs portraits et des caractères, e^ vous déferez toutes les images qu'on sa^rok donner de vous.

Après vous avoir bien admirée, ce que je trouve de plus extraordinaire, c'est que vous ayiez comme ramassé en vous les charmes divers de différentes beautés : ce qui surprend, ce qui plaît, ce qui flatte, ce qui touche *.

Votre caractère proprement n'est point un caractère particulier ; c'est celui de toutes les

i . Le texte Montpensier ajoute : Et Us seuls restes des Beautés qui ne sont plus,

2. Dans le texte de Montpensier on lit : ce qui surprend, ce qui touche, ce qui pique et ce qui plait.

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belles personnes. Tel a résisté à des beautés fières, qui s'est laissé gagner à des beauté^ délicates. La délicatesse a donné du dégoût à un autre, qui a bien voulu se soumettre à la fierté.

Vous seule êtes le foible de tout le monde. Les emportés y trouvent le sujet de leurs transports; les âmes passionnées reprennent leur tendresse et leur langueur. Esprits différents, diverses humeurs, tempéraments contraires, tout est sujet à votre empire *.

Ceux qui n'étoient nés ni pour donner, ni pour -recevoir de Tamour, conservent la première de ces qualités, et perdent malheureusement Tautre. De là vient qu'il y a quelque ressemblance entre la chaleur de vos amis et la passion de vos amants; qu'on ne sauroit vous admirer sans intérêt; que le jugement des simples spectateurs n'est pas libre. De là vient enfin que tout aime où vous êtes, excepté vous, qui demeurez seule insensible.

Jusqu'ici, j'ai rendu une partie de ce que je devois à votre beauté, et ce n'est pas une de vos moindres louanges que j'aie pu vous louer si longtemps. Présentement, il est juste que je

1 . Le texte Montpensîer ajoute : Dans cette confusion, vous faites le malheur des personnes d'entre deux âges, troublez le repos des plus tranquilles^ et la raison des oliu avisés.

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me donne quelque chose à moi-même; et qu'en parlant de votre esprit et de votre humeur, je me laisse aller à la mienne.

Je ne dirai que des vérités ; et de peur que vous ne croyiez qu'elles vous soient toutes désavantageuses, je commencerai par les charmes de votre conversation, qui ne cèdent en rien à ceux de votre visage.

Oui, Madame, on n'est pas moins touché de vous entendre que de vous voir. Vous pourriez donner de l'amour toute voilée, et faire voir en France, comme on a vu en Espagne, quelque aventure de la belle invisible.

On n'a jamais remarqué tant de politesse qu'en vos discours : ce qui est sui-prenant, rien de si vif et de si juste ; des choses si heureuses et si bien pensées*.

Mais finissons des louanges dont la longueur est toujours ennuyeuse, quelque véritables qu'elles soient; et préparez-vous à souflFrir patiemment ce que j'ai trouvé à redire en vous. Si vous avez de la peine à l'entendre, je n'en ai pas moins eu à le découvrir. Il m'a fallu faire des recherches profondes : et, après une étude fort difficile, voici les défauts^ que j'ai remarqués.

Je vous ai vue souvent estimer trop des gens

1 . Le texte de Montpensier ajoute : Au reste, Pintelii^ gence fine et la vivacité du sens égale à celle de tesprit.

médiocres ; et dans certaines docilités, qui véritablement ne vous durent guère, soumettre votre jugement à celui de beaucoup de personnes qui n en avoie/it point.

Il me semble aussi que vous vous laissez trop aller à^ l'habitude . Ce que d'abord vous avez jugé grossier, fort sainement, vousparolt à la fin délicat, sans raison ; et quai^d ^^us venez à guérir de ces erreurs, c'est plutôt par un retour de votre humeur^ que par les réflexions de votre esprit.

Quelquefois, Madame, par un mouvement contraire, pour penser trop, vous passez la vérité du sujet; et les opinions que vous formez sont des choses plus fortétnent imaginées que solidement connues.

Pour vos actions, elles sont également innocentes et agréables. Mais comme vous pouvez négliger de petites formalités, qui sont de véritables gènes dans la vie, vous avez à craindre l'opinion des sots, et le chagrin de ceux que votre mérite fait vos ennemis.

Les femmes, vos ennemies déclarées, sont contraintes de nous avouer mille avantages que vous avez reçus de la nature. Il y a des occasions où nous sommes obligés de leur confesser qu'on pourroit les ménager mieux, et que vous n'en faites pas toujours ce que d'autres en sauroient faire.

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Je finirai par vos inégalités dont vous faites vous-même une agréable peinture. Elles sont fâcheuses à ceux qui les souffrent. Pour moi» j'y trouve quelque chose de piquant; et je vois, quand on se plaint le plus de l'humeur, que c'est alors qu'on s'intéresse le plus pour la personne.

Quoi qu'il en soit, tant s'en faut qu'on puisse prendre avantage sur vous, qu'on n'y sauroit prendre de mesure. On vous désoblige aisément, sans y penser; et même le dessein de vous plaire a produit plus d'une fois le malheur de vous avoir déplu. Croyez-moi, Madame, il faudroit être bien heureux pour trouver de bons moments avec vous, et bien juste pour les prendre. Ce qu on peut dire véritablement, après vous avoir examinée, c'est qu'il n'y a rien de si malheureux que de vous aimer, mais rien de si difficile que de île vous aimer pas.

Voilà, Madame, les observations d'un spectateur qui, pour juger de tous plus sainement, a pris soin de demeurer libre. Le moyen qu'il a tenu pour se. garantir a été de vous éviter autant qu'il a pu. Encore n'est-ce pas assez de ne vous voir point, quand on vous a vue; et ce remède, ailleurs infaillible, n'apporte pas une sûreté entière, sur votre sujet.

Peut-être, me direz-vous, qu'un homme qui

a (ies sentiments un peu tendres n^a pas d'ordinaire un jugement si rigoureux. Mais, quand vous prendrez la peine de me dire ce qui vous déplaît, je n'en aurai point à me démentir. Un discernement qui ne vous semble pas être avantageux ne sauroit subsister qu'en votre absence; car, pour* répéter ce que j'ai déjà dit : Paraissez^ Madame^ au milieu des portraits et des caractères y et i^ous dç ferez ' toutes les images qxjCon sauroit donner de cous.

LETTRE A MADAME LA COMTESSE d'oLONNE , EN LUI ENVOYANT SON CARACTÈEK.

Je VOUS envoie votre caractère^ qui vous explique le sentiment général, et vous apprend qu'il n'y a rien en France de beau que vous. Ne soyez pas assez rigoureuse à vous-même pour vous dénier une justice que tout le monde vous rend. La plupart des dames se laissent persuader aisément, et reçoivent avec plaisir de douces erreurs. Il seroit bien étrange que vous ne voulussiez pas croire une vérité agréable • .

Outre l'opinion publique, le jugement de

1 . Le texte de Mlle de Montpensier porte : Car pour conclusion, paraissez , etc.

2. Ilid. : et vous défaites toutes, etc. Nous avons suivi Des Maizeaux pour la disposition des alinéas.

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