‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 9 sur 107 · L*empereur Ferdinand III mourut le 2 avril · texte numérisé non relu

L*empereur Ferdinand III mourut le 2 avril

prendre de nouvelles liaisons avec le Portugal, après la défaite de Don Luis ; je lui vois joindre nos forces à celles de ce royaume, pour chasser le roi catholique de Madrid, sans aucun respect d'une personne sacrée et inviolable*.

Cependant, il étoit d'un chrétien de pardonner à ses ennemis ; il étoit généreux de ne pousser pas sa victoire jusqu'à la ruine d'une si belle monarchie ; il étoit politique de n'étendre pas tant nos frontières, que le soin deô choses éloignées nous fît négliger celles qui sont naturellement à nous.

J'entends les envieux de Son Eminence,

etLéopold son fils fut éla empereur le 18 juillet 1658, quoiqu'il ne fût pas Roi des Romains. Saint-Evremond raille ici le cardinal de sa précipitation à faire la paix ; il insinue que le cardinal de Richelieu n'auroit pas manqué une si belle occasion d'ôter l'empire à la maison d'Autriche ; et que, par des présents ou par des menaces, gagnant les suffrages des électeurs ennuyés de le voir durer si longtemps dans une même maison, il les auroit facilement portés à prendre un antre que Léopold [Des Mai" zeaux), Voy. Bayle, Dict. hist,, art. de Louis XIII.

1 . Apoès la mort de Jean IV, roi de Portugal, en 1 6S6, les Espagnols crurent devoir profiter de la minorité d'Alphonse IV pour reconquérir ce royaume ; et Tannée suivante, ils se rendirent maîtres d'OliTenza. Les Portugais, de leur côté, tâchèrent de surprendre Badajos; mais ce projet fut si mal concerté, qu^ilne réussit point. Ils ne laissèrent pas, en 1638, de retourner devant cette ville; et après l'avoir assiégée inutilement pendant qua- Il â

qui, n'osant se prendre directement à la paix, condamnent la manière dont on Ta faite; attaquent la suspension, et cet engagement trop facile des copférences, où tous les articles d'une paix ratifiée ont été changés.

Il est bien vrai que M. de Turenne n'oublia rien pour dissuader cette suspension ; mais il ne considéroit pas le véritable motif d'un abouchement si glorieux ; et, tandis que ce grand général rouloit dans sa tête le triomphe de la Flandre, il igaoroit celui que s'étoit proposé M. le cardinal, dans un combat d'intelligence et de raison.

En effet, il n'a rien désiré plus fortement

tre mois, ils formèrent le dessein de se retirer. Don Louis en ayant été averti, et sachant d'ailleurs que leur armée étoit presque entièrement ruinée, résolut de s'aller mettre à la tête des troupes espagnoles, afin de s'acquérir, sans beaucoup de risque, la gloire d'avoir secouru une place si importante; mais quand il arriva sur la frontière, il trouva que les Portugais, qui manquoient de tout, s'étoient déjà retirés. Enflé d'un si grand succès, il médita la prise drivas, et voulut luimême assiéger cette place, qui se 'défendit vigoureusement, durant quatre mois. Cependant les Portugais, ayant rassemblé un petit corps de troupes, marchèrent tout droit à Don Louis, et, ayant surpris les Espagnols dans leur camp, les battirent ; ce qui jeta toute l'Espagne dans une grande consternation. M. de Saint-Evremond veut dire que Richelieu n'eût pas manqué de se joindre au Portugal, et de profiter de cet incident, pour achever de ruiner TE^pogne. (Note de Des Maizeaux),

que de faire voir à toute l'Europe la supériorité de son génie , et il n'a point été trompé dans son opinion; car il s'est toujours rendu maître de l'entendement de Don Luis, qui reconnoissoity de Bonne foi, l'ascendant de son esprit et l'avantage de ses lumières ; mais il arrivoit, par malheur, que la volonté trop opiniàti*e de celui-ci devenoit maîtresse, à la fin, des résolutions de celui-là. Ainsi l'Espagnol empoitoit, grossièrement et sans raison, des choses que l'Italien disputoit, spirituellement et avec justice. Ce n'est pas que l'opiniâtreté de Don Luis lui ait toujours réussi ; et quand il se vante de Tabandonnement du Portugal et du rétablissement de M. le prince, nous pouvons lui alléguer sa simplicité, dans les munitions qu'il nous a laissées, et l'ignorance de calcul, datkS l'évaluation des cinq cent mille écus que l'oii a donnés à la reine*.

En tout cas. Son Éminence peut se flatter secrètement, de n'avoir pas fait des pas inutiles ; l'Alsace, les biens d'Italie, l'abbaye de Saint- Wast, peuvent le consoler de la peine qu'il a prise ' ; au lieu que le chimérique Don Luis,

1 . Voyez le contrat de mariage de la reine Marie- Thérèse, à la suite de mon Traité tTUtrecht; Paris, 1847, in-8.

2. Le cardinal Mazarin s*étoit fait donner des terres en Alsace, en Italie, et la riche ahhaye de Saint- Waast

qui s* est amusé à rintérét général, a tiré toute la dépense qu'il a faite de son propre fonds.

En vain, il a paru fier, dans le plus mauvais état de leurs affaires, pour en avouer la foiblesse, sitôt que la paix fut signée : Allons^ dit-il, Messieurs^ allons rendre grâces à Dieu; nous étions perdus^ F Espagne est sauvée.

Son Eminence ne fait pas grand cas de ce beau dit, qui sent le vieux citoyen de Lacédémone : tenant ces exultations du salut de la patrie, pour un véritable sentiment de républicain. Elle pense judicieusement que toute paix est bonne, quand par elle on met à couvert des millions qui se consommoient de nécessité dans la continuation de la guerre. Que le bonhomme Don Luis n'ait eu pour but que le service de son maître et Futilité du public, la maxime de M. le cardinal est que : le ministre doit être moins à l'Etat que V Etat au ministre; et dans cette pensée, pour peu que Dieu lui donne de jours, il fera son propre bien de celui de tout le royaume.

J'ai pitié de ces discoureurs, qui lui reprochent d'avoir fait la paix, quand nous allions tout conquérir. Il me semble avoir appuyé suffisamment sa modération; je puis encore

d'Arras. Saint-Evremond fait entendre qu'il conclut la paix, pour s'assurer de la jouissance de ces biens.

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alléguer pour sa justification des raisons qu'il nous a souvent données.

Les François^ dit-il, portent toujours leurs vues au dehors , sans regarder jamais au de-' dans : dissipés sur les affaires d'autrui^ ils ne font point de réflexions sur les leurs.

Ils allégueront qu après la bataille de Dunkerque et la défaite du prince de Ligne, qu après la reddition d'une partie des villes^ et dans Vétonnement des autres^ la Flandre ne pouçoit plus subsister ^'^ que les affaires des^ Espagnols nalloient guère mieux dans le Mi-lanez ' ; que la défaite de Don Luis avoit rempli de consternation toutes les Espagnes, épuisées d* hommes et d'argent; et pour parler en termes de médecin^ que le siège de la cha^ leur né toit pas moins attaqué que les parties.

Mais, ils ne diront pas que le cardinal de Retz açoit fait un voyage en Flandre^ d'où il

1. M. deTurenne ayant assiégé Dunkerque, en 1658, Don Juan d'Autriche, le prince de Condé et ]e maréchal d'Hocqnincourt, qui commandoient Parmée d'Espagne, l'attaquèrent près de cette place, le 14 de juin ; mais ils furent battus. C'est la célèbre bataille des Dunes. Peu de temps après, M. de Turenne défît aussi le prince de Ligne. Dans cette campagne , outre Dunkerque, les Francs prirent Fumes, Bergues, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres et Gravelines.

2. Le duc de Modène, assisté par la France, avoit passé PAdda, en 1658, et pris quelques places du Milanez.

étoit sorti si secrètement, quon n'avait jamais pu découvrir le lieu de sa retraite * .

Ils tairont malicieusement qu^Annery, ce premier mobile des assemblées ^ ail oit et venoit de nuit chez les gentilshommes du Vexin ; qiLon avoit rencontré^ proche de Hesdin^ Créqui^Bernieulle ; que Gratot , le Montrésor des provinces^ avoit tenu a Coutances force discours politiques, sur le bien public * .

\, Jean-B'rançois-Paul de Goiidi, cardinal de Retz, s'étant rendu redoutable à Mazarîn, fut arrêté au Louyre le 19 déeem])re 1652 et conduit au bois de Vincen> nés. Le 13 arril 1654, il fut transféré au château de Nantes, d*où il s'échappa le 3 août de la même année. Il alla en Iulie, et arriva à Rome le l*»" de décembre. L'ai^ che-véque de Paris, son oncle, étant mort pendant sa détention , dès qu'il se trouva libre, il fit tous ses efforts pour être mis en possession de cet archevêché, dont il étoit coadjuteur. Mais ne pounint surmonter les oppositions de la cour de France, il quitta l'Italie et devint comme errant, sans qu'on sût jamais bien où il étoit. Cependant le cardinal Mazarin ne laissoit pas d'avoir peur de lui; et comme il apprit qu'il avoit été secrètement en Flandre, et près des frontières de Picardie, M. de Saînt-Evremond insinue que Mazarin s'étoit imaginé que c'étoit pour fomenter certains mécontentements, en Normandie et dans le Vexin, et pour causer une révolte ; et qu'ainsi il se hâta de faire la paix, sur une terreur panique. {Note de Des Maizeaux.)

3. M. de Saint-Ëvremond raille ici le cardinal Mazarin d*avoir redouté trois gentilshommes de Normandie qui erroient par les provinces (après la Fronde), et qui étoient absolument hors d'état de lui faire aucun mnl. Montrésor, dont nous avons les Mémoires y fut un des plus

Ils tairont que Bonneson armoit les sabotiers de Sologne et donnoit de la chaleur à ce dangereux parti qui se formoit contre F Etat ^.

D y avoit quelque chose de plus pressant encore, dont la seule conscience de M. le cardinal pourroit rendre témoignage. Quelle gêne a un grand ministre, maître absolu de la cour, de voir trois gouveraeurs qu'il avoit faits, tirer des sommes prodigieuses de la Flandre , sans compter avec lui. Du tempérament généreux qu est Son Éminence, elle eût mieux aimé donner Corbie, Péronne et Saint -Quentin aux ennemis, que de souffrir plus longtemps les contributions d'Arras, de Béthune et de la Bassée^.

actifs ennemis du cardinal de Richelieu. Cétoit un Lomme d*esprit que ce cardinal crnignoit, à cause de son crédit auprès du duc d'Orléans, et du comte de Soisscns. M. de Saint-Ëyremond appelle ici Gratot : le Montrésor des provinces j pour se moquer de Ma/arin, à qui ce Gratot faisoit autant de peur, que Montrésor en avoit fait à Richelieu. {Idem,)

i. Un peu avant la paix des Pyrénées, les paysans de la Sologne se révoltèrent et s'attroupèrent. On appela ce mouvement la guerre des sabotiers ; parce qu'en Sologne, pays pauvre et plein d'eaux, on ne porte presque que des sabots. Bonneson, gentilhomme protestant , qui étoit un de leurs chefs, fut pris et mené à Paris, où il eut la tête tranchée. M. de Saint-Evremond raille le cardinal d'avcnr eu peur de ces misérables paysans attroupés. (Id,)

3. Avant hi paix des Pyrénéen , les gouverneurs des places frontières avoient les contributions. Les gouverneurs d'Arras, de la Bassée et de Béthune, avoient, di-

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Il faudroit entrer dans son âme, pour bien connottre le déplaisir qu'elle a eu de s'être trompée sur Saint-Venant, quand le dessein d'en tirer un million est devenu à rien, entre les mains de La Haye *.

Oudenarde, Ypres et Menin entretenoient véritablement un grand corps ; mais à peine y avoit-il au delà de quoi enrichir le seigneur Lange. Je passe outre, et pose que la Flandre se fût rendue tout à fait à nous : il eût fallu conserver ses privilèges, et se contenter d'un misérable centième.

Non, non, Monsieur; des titres, des seigneuries ne satisfont pas un ministre si solide. Ce qui s'appelle une véritable conquête, pour lui, c'est l'acquisition réelle de nouveaux deniei's ; et, à son avis, réduire les gouverneurs, casser des troupes, retrancher toutes les dé-

soit-on, amassé par là des biens immenses. On voit bien que M. de Saint-Evremond raille Mazarin, comme s'il n*eût conclu la paix, que pour se venger de ces gouverneurs, qui ne youloient pas lui faire part de ce qu'ils gagnoient par les contributions. {Id,)

1. Le cardinal Mazarin avoit donné le gouyemement de Saint -Venant au sieur La Haye, dans Tespérance que celui-ci seroit plus honnête que les autres, à son cgard ; mais La Haye prit tout pour lui, et se moqua du cardinal. Dans ce temps-là, il n'étoit pas si facile de rappeler les gouverneurs des places frontières. On craignoit de les irriter, et de les réduire à la nécessité de livrer leurs places a«x ennetnis. (Ij.)

penses et ne diminuer aucunes levées, c'est fTOfrement conquérir; c'est gagner, en effet, un nouveau royaume. Avec cela, j'ose dire qu'il laissera volontiers à l'Espagne tous ses Etats, et promettra religieusement de ne la point troubler, dans la guerre de Portugal. De toutes les possessions du roi d'Espagne, les seules Indes lui font quelque envie ; mais il se console, de ce que les Espagnols en ont les soins, et qu'il aura toujours la meilleure partie de leur flotte.

Voilà, Monsieur, le mystère de nos conférences, et voilà ce qui s'est passé de plus secret dans le cœur de M. le cardinal.

Si vous voulez que je vous dise sérieusement les mêmes vérités, sous un autre tour, vous saurez qu'il n'y avoit plus de monarchie espagnole, dans la continuation de la guerre; encore l'eussions-nous fort affaiblie par la paix, si M. le cardinal ne l'eût pas voulu traiter luimême, sans la participation de personne. Il est certain qu'il n'a 'jamais compris la foiblesse et la nécessité des ennemis, au point qu'elles étoient; et la conversation que M. de Turenne eut avec lui, sur ce sujet, lui parut le discours d'un général intéressé, qui vouloit éloigner la paix, pour se maintenir dans la guerre.

L'ancienne réputation des Espagnols lui couvroit leur misère présente: ne pouvant s'i-

maginer qu^une nation si redoutable autrefois pût être si proche de sa ruine. L'Espagne, ritalie, r Allemagne, les Pays-Bas, qui n'étoient presque plus que des nomS) lui donnoient toujours une grande idée de leur vieille puissance : il ne considéra pas assez Tétat où nous étions, pour considérer trop celui où nos ennemis a voient été.

La vertu de M. le Prince, dénuée des moyens nécessaires pour agir ; l'image du cardinal de Retz, caché misérablement, pour la sûreté de sa vie, rappeloient dans son esprit les désordres passés, et lui faisoient appréhender des révolutions nouvelles. Il concevoit, en trois gentilshommes de Normandie vagabonds, en de pauvres paysans de Sologne désespérés , toute la noblesse soulevée, et la révolte de tous les peuples. Tout le monde, à son avis, Tattaquoit, parce qu'il se sentoit odieux à tout le monde.

Comme il y avoit en lui un mélange de sentiments différents, il faut considérer le motif d'intérêt, après celui de la crainte. Rien ne le génoit si fort que la dépense inévitable de la guerre ; et il aspiroit à se voir maître de tous les deniers, sans être nécessité de les employer à aucun usage. Alors il croyoit les finances purement siennes : ce qui a été véritablement un des principaux sujets de la paix. L'indépendance des gouverneurs a paru Tune de ses plus

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fortes raisons ; et il comptoit toujours avec les villes que nous laissoient les Espagnols , celles qui rentreroient au pouvoir du roi. Mais, à parler sainement, les grandes contributions irritoient son avidité; et, comme il ne lui étoit pas possible de les partager avec les gouverneurs, il se faisoit un plaisir de leur voir perdre ce qu'il ne pouvoit pas avoir.

Il y a apparence que la dernière campagne de M. de Turenne lui a donné quelque secrète jalousie^ ; particulièrement ces heureux succès, où sa vanité ne pouvoit s'intéresser, comme elle avoit fait ridiculement à la bataille de Dunkerque. Un si grand bonheur lui donna, sans doute, la pensée de négocier : l'ayant toujours eue, dans les événements favorables, pour faire connoitre aux généraux l'incertitude de leur condition , et les tenir, au milieu de tous leurs progrès, dans la même dépendance.

Il craignoit de plus , qu'incommodé de goutte, de gravelle, et par conséquent moins

i, M. de Turenne, naturellement fier, ambitieux» étoit redoutable aux ministres, quand ii avoit de bons succès. Ils craignoient qu'il ne se voulut rendre maître des affaires. Le cardinal Mazarin ne voulut pas le faire trop puissant. MM. Le Tellier et Colbert le craignirent aussi, après les conquêtes de Louis XIV, dans les Pays-Bas, en i667; et on croit que cela les porta, autant que la triple alliance, à conclure le traité d'Aix-la-Chapelle, l'année suivante. (/</.)

en état de suivre le roi , on ne vint à se passer aisément de lui, dans la campagne. Le souvenir des derniers exploits lui en faisoit appréhender de nouveaux; et pour se délivrer d'inquiétude, il aima mieux finir la guerre, par une paix toute de lui, que de voir faire dbnquéte sur conquête, où il n'auroit point de part.

D'ailleurs, il commençoit à se lasser de tous les maux qu'il avoit fait souftir à M. le Prince. Sa haine s'étant enfin épuisée, il s'apprivoisoit à rimagination de son retour, et se flattoit même quelquefois du plaisir qu'il auroit de le voir abandonné des Espagnols et humilié devant lui. Il pensoit trouver, à la conférence, une soumission générale; et faire là, comme bon lui sembleroit, le destin de tous les peuples. Mais Don Luis, qui fut souple pour l'attirer, devint fier, sitôt qu'il le vit entre ses mains, et voulut regagner, dans la hauteur du traité, la réputation qu'il avoit perdue, dans la foiblesse de la guerre. Et certes, c'est une chose assez remarquable, que les grands d^Espagne, qu'on nous dépeignoit si fiers, ayent reconnu la supériorité de notre nation, par des déférences aux François, qui sentoient moins la civilité que F assujettissement ; et que M. le cardinal, qui seul avoit l'honneur et les droits de la France à soutenir, ait trouvé moyen , avec la force et la ra'son, de se faire un maître. Il pouvoit tout

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ce qu'il auroit voulu fortement; mais, pour avoir pris le parti de la persuasion, et avoir laissé prendre à don Luis celui de l'autorité, les Espagnols ont fait la paix, comme s'ils avoient été en notre place, et nous avons reçu les conditions, comme si nous avions été en la leur. Je sus de quelqu'un d'eux que M. de Lionne leur eût été d'une humeur fort épineuse, si son supérieur n'eût levé tous les obstacles qui traversoient la conclusion * .

Cette grande facilité m'a fait faire réflexion sur le diflGérent procédé des deux ministres ; et j'ai trouvé qu'aux affaires particulières, M. le cardinal étoit plein de difficultés, de dissimulations, d'artifices, avec ses meilleurs amis ; dans les traités publics , avec nos ennemis même, confiant, sincère, homme de parole, comme s'il eût voulu se justifier aux étrangers de la réputation où il étoit parmi nous, et rejeter les vices de son naturel sur les défauts

i. Le marqnis de Lionne et don Antonio Pimente!, ébauchèrent le traité des Pyrénées : l'un pour le cardinal Mazarin, et Tautre pour don Louis de Haro. Ils eurent des conférences.à Paris, avant l'entrevue des deux ministres; et pendant la conclusion du traité, ils concertoient entre eux les choses que Mazarin et don Louis dévoient déterminer. M. de Saint-Ëvremond veut dire que M. de Lionne étoit rigide et bon François ; niais que Mazarin, entêté de conclure la paix, relàchoit ce que Lionne vouloit qnW obtint. {Id.)

OEUVRES MâLÉBS

de notre nation. Pour Don Luis, de F honnêteté avec les pailiculiers , de la franchise avec ses amis, de la bonté pour ses créatures : dans les affaires générales, un dessein de tromper assez profond, sous des apparences grossières, et peu de bonne foi, en effet, sous Fopinion d'une probité établie.

RÉFLEXIONS SUB LES DIYEBS GÉiriES DU PEUPLE ROMAIN, DAMS LES DIFFÉRENTS TEMPS DE LA RÉPUBLIQUE.

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