‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 8 sur 107 · LETTRE AU MARQUIS DE GBÉQUI SUR LA PAIX DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

LETTRE AU MARQUIS DE GBÉQUI SUR LA PAIX DES PYRÉNÉES

r E voudrois bien pouvoir satisfaire vo- [ trfe curiosité, tant sur les véritables t motifs de la paix, que sur tout ce qui ' s'est passé à la Conférence ; mais, à vous dire la vérité, vous deviez vous adresser

1 . François de Créqui, ami de Saint-Evremond, avoît prié ce dernier de Tinformer de ce qui «e passeroit aux conférences de Saint-Jean de Luz, où Saint-Evremond

aux confidents particuliers de Son Eminence, qu^uue longue et familière conversation avoit pleinement instruits de ses secrets. Pour moi, qui n'ai été qu'un simple spectateur, je ne vous puis donner que des coirjectures et des lumières incertaines, que je dois à ma seule pénétration. Telles qu'elles sont, je vous les expose volontiers, et vous demande, pour toute grôce, que les louanges de M. le cardinal Mazarin ne vous soient pas suspectes d'adulation : le bien que j'en dis est un bien sincère, qui n'est point attiré par l'espérance des grâces, ni produit par la gratitude des bienfaits.

Comme le plus grand mérite du chrétien est de pardonner à ses ennemis, et que le châtiment de ceux qu'on aime est l'effet de l'amitié la plus tendre, M. le cardinal a pardonné aux Espagnols, pour châtier les François. En

avoit accompagné le cardinal Mazarin. François de Gréqui, lieutenant-général en 1655, devint maréchal de France, en 1668 : il est mort en 1676. On se souvient que la découverte de cette lettre, chez Madame Du Plessis-Bellière, après l'arrestation de Fouquet, fut la cause de la disgrâce de Saint-Evremond. Elle fut imprimée en Hollande, dès 1663 : Voy. le P. Le Long, III, no 30 934 ; et on Ta retrouve en manuscrit, dans plusieurs anciennes copies des Mémoires de La Rochefoucauld. La principale curiosité de cette pièce ironique est d*étre l'expression des mécontentements du parti militaire, au moment de la paix des Pyrénées, laquelle mettoit fin à la guerre que û noblesse aimoit*

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effet, les Espagnols, humiliés par tant de disgrâces, abattus par tant de pertes, iievoient attirer sa compassion «t sa charité; et les François, devenus insolents par les avantages de la guerre, méritoient d'éprouver les rigueurs salutaires de la paix. Il souvenoit à Son Éminence du beau mot de ce Castillan, qui étrangla don Carlos, par l'ordre de Philippe II : Calla^ calla, sefior don Carlos ; todo lo que se haze es por su bien; et touché d'une si amoureuse punition, quand elle a pris le bien des particuliers, après avoir épuisé les «sources publiques, elle a étouffé nos gémissements et réprimé nos murmures, en nous disant paternellement : Calla^ calla^ senos Frances ; todo lo que se haze es por su bien.

Je croirois assez que des considérations politiques ont été mêlées avec une conduite chrétienne, dans la douceur et la bonté qu'a eue M. le cardinal, pour les Espagnols. Auguste, qui voulut donner des bornes à l'empire, et lui laisser, en mourant, une grandeur juste et mesurée, pourroit bien lui avoir servi d'exemple, dans la modération de sa paix.

U a jugé que la France se conserveroit mieux, unie, comme elle est, et ramassée, pour ainsi dire, en elle-même, que dans une vaste étendue ; et ce fut une prudence dont peu de ministres sont capables, de songer à couvrir

noti'efrontière, quand la conquête des Pays-Bas étoit pleinement entre ses mains.

Qui ne sait que la destruction de Garthage fut celle de la république romaine ? Tant que Rome eut l'opposition de sa rivale, ce ne ftit chez elle que vertu, obéissance ; sitôt qu'elle n eut plus d'ennemis au dehors, elle s'en fit au dedans ; et eut tout à craindre d'elle-même, quand elle n'eut rien à appréhender des étrangers.

Son Eminence, plus sage que les Scipions, n'a eu garde de nous laisser tomber dans cet inconvénient-là ; et, profitant de la faute de ses pères, elle a conservé l'Espagne à la France, pour l'exercice de ses vertus, et le maintien éternel de son empire.

Quelle différeuce, Monsieur, d'une sagesse si profonde au dérèglement du cardinal de Ri-, chelieu ! Il me semble que je vois cette âme immodérée ne se contenter ni de la Flandre, ni du Milanez; mais, dans une conjoncture qu'on n'avoit pas eue depuis Charles -Quint, envoyer sept ou huit millions à Francfort, et faire marcher une grande armée sur les bords du Rhin, pour venger notre nation, en la personne de Louis XIV, de Taffront qu'elle reçut autrefois en celle de François I" *. Je lui vois

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