‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 91 sur 107 · Junon, dans VÉruâde · texte numérisé non relu

Junon, dans VÉruâde

la mer, comme cette trahison ly fit tomber, et Vy fit périr.

Il nV a pas un des dieux, en ces poëmes, qui ne cause aux hommes les plus grands malheurs, ou ne leur inspire les plus grands forfaits. Il n'y a rien de si condamnable ici-bas, qui ne s'exécute par leur ordre, ou ne s'autorise par leur exemple; et c'est une des choses qui a le plus contribué à former la secte des épicuriens, et à la maintenii*. Epicure, Lucrèce , y" Pétrone, ont mieux aimé faire des dieux oisifs, qui jouissent de leur nature^immortelle, dans un bienheureux repos, que de les voir agissant et funestement occupés à la ruine de la nôtre. Epicure même a prétendu s'en faire un mérite de sainteté, envers les dieux; et de là est venue cette sentence, que Bacon a tant admirée : Non Deos ifulgi negare profanum^ sed i^^lgi opiniories Diis applicare profanant^ ,

Or je ne dis pas qu'il faille rejeter les dieux \/ de nos ouvrages, moins encore de ceux de la poésie, où ils semblent entrer plus naturellement que dans les autres :

Ah Jove principium musx,

4 . Diogène Laêrce nous a conservé ce mot d'Épicure. M. de Saint-Ëvremond se sert id de la traduction de Bacon {Serm, F'ufel., cap, XVI); mais en voici une plus littérale : Impius est, non U qui multitudinis Deos loliil; sed is quimuUUudinisopinionesDiiêadlùifet. Diog. Laërl. Liv. X, § 123. [Des Maizeaux.)

y Je demande autant que personne leur intervention ; mais je veux qu*ils y viennent avec de la sagesse, de la justice, de la bonté ; non pas, comme on les y fait venir d'ordinaire, en fourbes et en assassins. Je veux qu'ils y viennent avec une conduite à tout régler, non pas avec un dérèglement à tout confondre.

Peut-être qu'on fera passer tant d'extravagances pour des fables et des fictions, qui tombent dans les droits de la poésie. Mais quel /art, ou quelle science, peut avoir un droit pour l'exclusion du bon sens ? S'il ne faut que faire des vers, pour avoir le privilège d'extravaguer, je ne conseillerai jamais à personne d'écrire en prose, où l'on devient ridicule, aussitôt qu'on s'éloigne de la bienséance et de la raison.

J'admire que les anciens poètes aient été si J scrupuleux, pour la vraisemblance, dans les actions des hommes, et qu'ils n'en aient gardé aucune, dans celles des dieux. Ceux même qui ont parlé le plus sagement de leur nature, n'ont pu s'empêcher de parler extravagamment de leur conduite. Quand ils établissent leur être et leurs attributs, ils les font immortels, infinis, tout-puissants, tout sages, tout bons : mais du moment qu'ils les font agir, il n'y a faiblesse où ils ne les assujettissent; il n'y a folie, ou méchanceté, qu'ils ne leur fassent faire.

On dit communément deux choses qui pa-

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roissent opposées, et que je croi& toutes deux fort vraisemblables : Tune, que la poésie est le langage des dieuXy et Tautre qu'i/ n'y a rien de plus fou que sont les poètes, La poésie qui exprime fortement les grandes passions des hommes ; la poésie qui dépeint avec une vive expression les merveilles de l'univers, élève les choses purement naturelles, comme au-dessus de la nature, par une sublimité de pensées et une magniûcence de discours qui se peut appeler raisonnablement le langage des dieux. Mais, quand les poètes viennent à quitter ces mouvements et ces merveilles pour parler des dieux, ils s'abandonnent au caprice de leur imagination, dans une chose qui ne leur est pas assez connue; et leur chaleur n'étant pas soutenue d'une juste idée, au lieu de se rendre, comme on le croit, tout divins, ils se font les plus extravagants de tous les hommes.

On n'aura pias de peine à se le persuader, si on considère que leur espèce de théologie fabuleuse et ridicule, est également contraire à tout sentiment de religion, et à toute lumière du bon sens. Il y a eu des philosophes, qui ont fondé la religion sur la connaissance que les hommes pouvoient avoir de la divinité, par leur raison naturelle. U y a eu des législateurs qui se sont dits les interprètes de la volonté du ciel, pour établir un culte religieux, sans aucune

entremise de la raison. Mais de faire, comme les poëtes, un commerce perpétuel, une société ordinaire, et si on le peut dire, un mélange des hommes et des dieux, contre la religion et la raison, c*est assurément la chose la plus hardie et peut-être la plus insensée qui fût jamais.

Il reste à savoir si le caractère du poëme a la vertu de rectifier celui de Timpiété et de la folie. Mais je ne pense pas qu'on donne tant de pouvoir à la force secrète d'aucun charme. Ce qui est méchant est méchant partout, ce qui est extravagant ne devient sensé nulle part. Pour k réputation du poëte, elle ne rectifie rien, non plus que le caractère du poëme. Le discernement ne se dévoue à personne ; il ne trouvera pas bon, dans Tauteur le plus célèbre, ce qui effectivement est mauvais ; il ne trouvera pas mauvais, dans un écrivain médiocre, ee qui en effet est bon. Parmi cent belles et hautes pensées, un bon juge en démêlera une extravagante, qu'aura poussée le génie, dans sa <;haleur, et qu'une imagination trop forte aura su maintenir, contre, des réflexions mal assurées. Au contraire, dans le cours d'une infinité de choses outrées, ce même juge admirera certaines beautés, où l'esprit, malgré son impétuosité, s'est permis de la justesse.

L'élévation d'Homère, et ses autres belles qualités, ne m'empêcheront pas de reconnoître

le faux caractère de ses dieux ; et cette agréable et judicieuse égalité de Virgile, qui sait plaire à tous les esprits bien faits, ne me cachera pas le peu de mérite de son Énée. Si parmi tant de belles choses dont je suis touché, dans Homère et dans Virgile, je ne laisse pas de connoître ce qu'il y a de défectueux; parmi celles qui me blessent dans Lucain, pour être trop poussées, ou ^qui m'ennuient pour être trop étendues, je ne laisserai pas de me plaire, à considérer la juste et véritable grandeur de ses héros. Je m'attacherai à goûter mot à mot toute l'expression des secrets mouvements de César, quand on lui découvre la tête de Pompée, et rien ne m'échappera de cet inimitable discours de Labiénns et de Gaton, quand il s'agit de consulter, ou de ne consulter pas, l'oracle de Jupiter Ammon, sur la destinée de la République.

Si tous les poëtes de l'antiquité avoient parlé aussi dignement des oracles de leurs dieux, je les préférerois aux théologiens, et aux philosophes de ce temps-là; et c'est un endroit à servir d'exemple, en cette matière, à tous les poëtes. Vous voyez, dans le concours de tant de peuples qui viennent consulter l'oracle d' Ammon, ce que peut l'opinion publique, où le zèle et la superstition se mêlent ensemble. Vous voyez en Labiénus, un homme pieux et sensé, qui unit à

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la sainteté envers les dieux, la considération qu'on doit avoir pour la véritable vertu des genâ de bien. Caton est un philosophe religieux, défait de toute opinion vulgaire; qui conçoit des dieux lés hauts sentiments qu'une raison ptu-e et une sagesse- élevée «n peuvent / former * . Tout y est poétique, tout y est sensé : non pas poétique, par le ridicule d'une fiction, ou par l'extravagance d'une hyperbole; mais par la noblesse hardie du langage, et par la belle élévation du discours. C'est ainsi <^ue la poésie est le langage des dieux, et que les poëtes sont sages. Merveille assez grande, et plus grande de ne l'avoir su trouver dans Homère, ni dans VirgileJ pour la rencontrer datis Lucain!

i. Voyez le onzième livre de la Pharsale,

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PORTRAIT DF. SAINT-F.VBEMOND FAIT PAR LTIl-MÈMpÊ) (^696.)

\ *Bst un philosophe également éloigné ' du superstitieux et de rinxpîe ; un voluptueux qui n'a pas moins d'aversion pour la débauché, que d'inclination pour les plaisirs ; un homme qui n'a jamais senti la nécessité, qui n^a jamais connu l'abondance; il vit dans une condition méprisée de ceux qui ont tout, enviée de ceux qui n'ont rien, goûtée de ceux qui font consister leur bonheur dans leur raison. Jeune, il a haï la dissipation, persuadé qu'il falloit du bien pour les commodités d'une longue vie. Vieux il a de la peine à souffrir l'économie, croyant que la nécessité est peu à craindre, quand on

1 . Ce portrait étoit écrit, pour faire suite à i*épitaphe que Saint-Eyremond avoit composée, en 1696, pour son ami, le célèbre comte de Grammont, qui fut alors gravement malade. On lit, dans cette épitaphe, ces quatre vers :

Alloit-il sonTent à confesse?

£ntendoit-il vêpres, sermon ^ S'appHqnoit-il à Tonrison ? * Il en laÎMoit le .soin à la comtesse.

a peu de temps à pouvoir être misérable. Il se loue de la nature ; il ne se plaint point de la fortune; il hait le crime; il souffre les fautes, il plaint le malheureux; il ne cherche point dans les hommes ce qu'ils ont de mauvais, pour les décrier; il trouve ce qu ils ont de ridicule, pour s'en réjouir ; il se fait un plaisir secret de le connoître ; il s'en feroit un plus grand de le découvrir aux autres, si la discrétion ne l'en empéchoit.

La vie est trop courte, à son avis, pour lire toutes sortes de livres, et charger sa mémoire d'une infinité de choses, aux dépens de son jugement; il ne s'attache point aux écrits les plus savants, pour acquérir la science, mais aux plus sensés, pour fortifier sa raison; tantôt il cherche les plus délicats, pour donner de la délicatesse à son goût; tantôt les plus agréables, pour donner de l'agrément à son génie. 11 me reste à vous le dépeindre, tel qu'il est dans l'amitié et dans la religion : en l'amitié, plus constant qu'un philosophe, plus sincère qu'un jeune homme de bon naturel, sans expérience; à l'égard de la religion ,

De justice et de charité.

Beaucoup plus que de pénitence, Il compose sa piété.

Mettant en Dieu sa confiance, Espérant tout de sa bonlé,

Dans le sein de la Providence Il trouve son repos et sa félicité, i

xxvr.

REPONSE AU JUGEMENT I>E h^ABVé BÈNAUDOT, SUE I.E DICTIONNAIRE HISTORIQUE ET CRITIQUE DE BAYLE». .

(On fait parler Bayle.)

'PRÈS avoir exercé ma critique, sur

toutes sortes de gens, je m'attendois

qu'on prendroit autant de liberté à

parler de moi, que j'en a vois pris à

parler des autres. Mais je suis agréablement

i. Aussitôt que le Dictionnaire de M. Bayie parut en France, les libraires de Paris, qui avoient dessein de le réimprimer, s'adressèrent à M. le chancelier Boucberat, pour obtenir un privilège.; et celui-ci ordonna à l'abbé Renaudot de l'examiner, pour voir s'il n'y avoit rien contre l'État, ou contre la religion catholique. Cet abbé composa là-dessus un petit écrit, qui fut bientôt imprimé, et que M. Bayle .trouva ai rempà de bévues^ de faussetés et d^ impertinences^ qu'il déclara que si jamais il le réfutait, ce ne serait qiC après afoir su que l'auteur le r«connoissoit pour sien, tel qu'on venoit de le publier,- M. de Saint-£vremond, qui a toujours eu une estime particulière pour M. Bayle, et qui lisoit alors (1697) avec beaucoup de plaisir son Dictionnaire, voulut bien le défendre contre M. Renaudot. {Des Maizeaux,)

surpris que Monsieur Tabbé Renaudot , qui n'oseroit louer en France un protestant, prenne le détour ingénieux d'une censure apparente pour favoriser tous mes sentiments. En eflfet , il me blâme exprès, d'une manière à me faire louer de tout le monde. Ce n'est pas tout que d'avoir la bonté de m'obliger; il faut avoir l'esprit de Monsieur l'abbé, pour donner tant de réputation à mon Dictionnaire.

Il dit que je veux établir le Pyrrhonisme; et peut-on traiter plus obligeamment un homme accusé de détruire tout, que de lui faire établir quelque chose? C'est ruiner adroitement son accusation lui-même; c'est me justifier, avec beaucoup d'art, du crime qu'il fait semblant de m'imputer.

Vous passez légèrement, Monsieur, du pyrrhonisme aux obscénités, dont je ne crois pas que vous soyez scandalisé. Vous aimez trop les belles-lettres, pour ne pas lire avec plaisir Catulle, Pétrone, Martial; cependant, leurs écrits sont pleins d'ordures et de saletés ; au . lieu qu'on ne trouve, dans les miens, que de simples enjouements , que de petites libertés ' fort innocentes.

. Je n'ai pas moins de vénération* que vous, . pour le grand zèle des Pères : je m'assure que vous estimez, aussi peu que ïnoi, leur science. Les Pères sont bonnes gens, disoit Scaliger,

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mais ils ne sont pas sai^ants. Saint Augustin étoit un novateur, sur la grâce , au js^ntiment du père Simon. Vossius ne Fadmiroit pas; Hobbes ne Testimoit point*^; et vous permettrez aux François, qui ont souffert la persécution, de n^approuver pas .un Africain qui la conseille.

Me voici au changement de religion ^ qu on me reproche, et que je confesse sans peine*. J'ai emporté de la ca.tholique ce qu'elle a de bon, quand j'en suis sorti; j'ai appris dans la réformée^ ce qu'elle a de meilleur, quand j'y suis rentré ; et par là, je me trouve en état, présentement, deppuvo\r juger de Tune et de l'autre. En effet, quelque estime que j'aie eu pour M. Jurieu , je suis d*ordinaire du sentiment de M. de Meaux, contre le sien ; et quoique j'estime beaucoup M. Arnaud, je me trouve souvent contre lui, pour M. Claude.

Je ne veux pas finir. Monsieur, sans vous rendre grâces de vos faveurs. Je vous en de-

i . Le comte d'Ârlington dit un jour à Hobbes, qu'il avoit eu à 'grand marché les Œupres de saint Auguttin : cela ne se peut, reprit Hobbes; pour peu c[u*elles vous coûtent, TOUS les aTez achetées plus qu Viles ne valent.— {Des Maizêaux.) Saint Augustin étoit odieux aux réfugiés;

9. Voyez la Chimère de la eahale dé Kotterdam démontrée (page 439), où c(4a est éclairci; et rectifiez, par . U, les erreurs du Menagiana, t. 1, p. 293*S94 de l'édition de Paris, I7«5. — {Id.)

mande la continuation, dans celle de vos Jugements, sur mes ouvrages.

BILLKT A M. 8YLYF.STRE.

|E que Monsieur de Beauval* vous écrit I sur mon sujet est la chose du monde [ la plus obligeante ; et je vous prie , ' Monsieur , de lui témoigner qu'on ne peut pas être plus sensible que je le suis à l'obligation. Je n'ai point encore lu la Critique de ce qu'on appelle mes oui>rages^, U y a beaucoup de ces petits écrits qui sont de moi, beaucoup plus qui n'en sont pas ; et dans ceux

1. C'est le célèbre Basnage de Beauval, pasteur des réformés, à Rouen, et qui avoit quitté la France en 1685. Il rédigeoit, en Hollande, V Histoire des ouvrages des savants, recueil périodique où il avoit rendu compte des critiques dirigées contre Saint-Evremond. On a de lui beaucoup d'autres ouvrages estimés et recherchés.

2. Il avoit paru, à Paris, en 1698, un vol. in-12, intitulé : Dissertation sur les OËtjhtiiBS mêlébs i>s M. db Saint-Evremont {sic)\ volume composé par un S*" Coto-

Jendi, Provençal, et dans lequel les ouvrages de Saint- Kvremond étoient l'objet d'une critique peu obligeante et dépourvue d'esprit. Voy. l'IiCTRODUCTioir,

quî en sont véritablement, on rie saur oit croire combien il y a de choses ajoutées ou retranchées. Je n'appréhende point la critique; où elle est juste, je me corrigerai ; où elle ne Test pas, je me contenterai que le censeur n'ait pas raison. Ce que je crains , c'est T Apologie dont vous me parlez. Comme M. de Beauval a des amis et des intelligences partout, et que son mérite lui a donné un grand crédit chez tous les gens de lettres , il m'obligera infiniment d'empêcher l'impression de cette apologie zélée.

Les louanges des ennemis sont à craindre : celles des amis davantage; je n*ai pas sujet d'appréhender les vôtres. Monsieur defieauval m'en donne que je n'ai pas méritées; mais si bien, si agréablement , qu'un honâme moins philosophe que moi auroit de la peine à s'en défendre.

JOCEWENT DK M. DE SAITYT-EVftEHOND,- SUJl lA q&ITTQUK DR SES OUTRAGES ET SUE LEUR APOLOGIE.

A M. Sylvestre. . . ,

£ VOUS renvoie la Critique de mes ouvrages. Je l'ai lue avec attention, et après l'avoir lue, je ne sais si je dois me plaindre ou me louer de son auteur. Vouloir détromper les hommes abusés, dit-il, cinquante ans durant de mes écrits, c'est avoir un zèle pour le public, qui n'est pas fort obligeant pour moi ; mais c'est me faire une espèce d'enchanteur ; et peut-être qu'il y a plus de mérite à savoir tromper le monde tant d'années, qu'aie détromper. Le fort de la critique consiste principalement à remarquer mes expressions embarrassées : je pourrois prendre la censure pour un bon conseil , car j'ai intérêt qu'on entende mes pensées. Je lui dois conseil pour conseil ; qu'il mette moins de netteté dans les siennes ; on a trop de facilité à les connoître. Les choses communes font' regretter le temps qu'on met à les lire : celles

qui sont finement pensées donnent à «n lecteur délicat le plaisir de son intelligence et de son goût.

r avoue que je me contredis quelquefois. Je loue la constance, à une demoiselle dont je crois être aimé ; je can«eiUe l'infidélité à celle qui aime un autre amant. Je ne suis pas de même humeur, de même sentiment, à trente ans qu'à soixante; à soixante, qu'à quatre^vingt. Autre contradiction»

Après tout, je trouve beaucoup de choses dans cette critique fort bien censurées ; beaucoup de diversions, à propos de ce qu'il dit, sur ce qu'il fait dire à Monsieur de Meaux , à Monsieur de Nîmes, à Monsieur. Despréaux, au père Bouhours, à d'autres modernes. Je ne puis nier qu'il n'écrive bien; mais son zèle pour la religion et pour les bonnes mœurs passe tout : je gagnerois moins à changer mon style, contre le sien, que ma conscience, contre la sienne.

J'estime fort son exactitude dans la critique. Il s'attache à censurer des traités même qui ne sont pas de moi; des fautes dans ceux qui en sont, que je n'ai pas faites. Il est vrai qu'il me donne trop de louanges, quelquefois ;i tout bien compensé , la faveur passe la sévérité du jugement; et je puis dire avec sincérité, que ^ j'ai plus de reconnoissance de la grâce, que de

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ressentiment sur la rigueur. Il peut avoir déjà la satisfaction de voir le profit que je tire, de ses leçons sur le christianisme. Les auteurs ne se pardonnent rien; pas les philosophes , pas les saints. Tout ignorant, tout profene que je suis, je ne pardonne pas seulement à Monsieur Dumont*; je lui sais bon gré de sa critique. Je ne me tiendrois pas si obligé à celui qui feroit mon apologie; je hais Tindiscrétion du zèle : plus prêt à désavouer le bien, que le mal qu'on diroit de moi.

{Apostille.)

n vient de me tomber entre les mains F Apologie ' de ce qu'on appelle mes out/rages. Je Tai parcourue, et j'ai trouvé le Discours sur les CRITIQUES fort bon. L'auteur écrit bien ; mais je ne me reconnois pas, dans le portrait qu'il fait de moi. A m'honorer moins , il m'auroit

1. C'étoitle pseudonyme qu'a voit pris CotoleocU. Ou soupçonna le célèbre avocat Érard, de n*étre pas resté étranger à cette publication , par esprit de représailles, contre les traits piquants de Saint-Evremond, à propos du procès de la duchesse Mazarin, contre son époux, dont Érard étoit l'avocat. Voy. riwTBODUcnoN.

2. Cette apologie fut publiée à Paris, six mois après la critique, sous le titre suivant : j4pologle des (ouvres de M, de Saint Œvremond, avec son éloge et son portrait , et un discours sur les critiques, etc. L'auteur étoit un s' Boyer de Ruvière, avocat. Saint-Evremond en fut, comme on voit médiocrement satisfait.

moins défiguré; je ne laisse pas de lui être fort obligé de son zèle et Je ses soins. Je pourrois m'exempter de la reconnoissance , en disant qu'il a écrit pour une autre personne que pour moi.

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