A MONSIEUR LK CHEVALIER DE GRAMMONT
IL n'est qu'un chevalier au monde ; Et que ceux de la Table ronde, ' Que les plus fameux aux tournois.
Aux aventures, aux exploits.
Me pardonnent, si je les quitte Pour chanter un nouveau mérite 1
C'est celui qu'on vit k la cour, Jadis si galapt sans amour; Le même qui sut à Bruxelles^ Comme ici, plaire aux demoiselles, .
Gagner tout Targent des maris.
Et puis revenir à Paris, Ayant couru tonte la terre.
Dans le jeu, l'amour et la guerre'; Insolent en prospérité, Fort courtois exx nécessité ; L'âme en fortune libérale,. Aux créanciers pas trop loyale :
Qui n'a changé, ni changera, Et seul au monde qu'on verra Soutenir la blanche vieillesse ' Comme il a passé la jeunesse. >
Rare merveille de nos jours !
N'étoient vos trop longues amours ; N'étoit la sincère tendresse Dont vous aimez votre princesse ' ; N'étoit qu'ici les beaux désirs Vous font pousser de vrais soupirs ; Et qu'enfin vous quittez pour elle Votre mérite d'infidèle ; Cher et parfait original, Vous n'auriez jamais eu d'égal !
Il est des héros pour la guerre.
Mille grands hommes sur la terre ; Mais, au sens de Saint-Evremond, Rien qu'un chevalier de Grammont ;
i . La comtesse de Grammont, son épouse, de la son d'Hamilton en Ecosse, qu'on croit d'origine tâytàt.
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Et jamais ne sera de vie Plus admirée et moins suivie.
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SUB LES ANNÉES DE LA R^ENGB d'aNNE n'AUTaiCHE.
A Ma(]emoiselle de Leuclos.
Stances,
J'ai vu le temps de la bonne régence.
Temps où régnoit une heureuse abondance, Temps où la ville aussi bien. que la cour Ne respiroient que les jeux de Tamonr.
Une politique indulgente De notre nature innocente Favorisoit tous les désirs ; .
Tout goût paroissoit légitime ; La douce erreur ne s'appeloit point crime; Les vices délicats se nommoient des plaisirs.
Meubles, babits, repas, danses, musiques \
Un air facile avec la propreté ;
Rien de contraint, pas trop de liberté ;
Peu de gens vains, presque tous magnifiques !
N'avoir chez soi que la commodité,
Faisoit alors les chagrins domestiques
Qu*aux autres temps fait la nécessité.
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Dans le commerce on étoit sociable ; Dans l'entretien, naturel, agréable, On haïssoit on chagrin médisant.
On méprisoit un fade complaisant :
La vérité délicate et sincère Avoit trouvé le secret de nous plaire.
L'art de flatter en parlant librement.
L'art de railler toujours obligeamment, En ce temps seul étoit choses connues, Auparavant nullement entendues ; Et l'on pourroît aujourd'hui sûrement Les mettre aii rang des sciences perdues.
Le sérieux n'avoit point les défauts Des gravités, qui font les importantes; Et le plaisant rien d'outré ni de faux : Femmes savoient sans faire les savantes; JVfolière en vain eût cherché dans la cour
Ses ridicules affectées ; Et ses Fâcheux n'auroient pas vu le jour, Manque d'objets à fournir les idées.
Aucun amant qui ne servît son roi.
Guerrier aucun qui ne servît sa dame : On ménageoit l'honneur de son emploi, On ménageoit la douceur de sa flamme ; Tantôt les cœurs s'attachoient aux appas ; Libres, tantôt ils cherchoient les combats.
Un jeune duc * qui tenoit la victoire Comme une esclave attachée à son char.
Le grand Condé, alors doc d'Enghien.
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Par sa valeur, par l'éclat de sa gloire, Fit oublier Alexandre et César.
Que ne mouroit alors Son Éminence *, Pour son bonheur et pour notre repos 1 Elle eut fini ses beaux jours à propos. Laissant un nom toujours cher à la France,
l'homme sur le betour*.
TiBcis, le bel âge nous laisse ; Allons chercher une maîtresse Qui se contente, en ses amants.
De vertus au lieu d'agrémeuts; Allons chercher la femme forte; Mais en est-il de cette sorte?
On la cherchoit en vain, dit-on, Du temps même de Salomon.
S'il n est de ces femmes divines.
11 est de folles héroïnes A qui d'illustres visions Tiendront lieu de perfections :
L'une est folle de la vaillance,