Le cardinal Mazarin
2. Cette pièce de ver» est évidemment de» premiers temps de la liaison de Saint-£yremond aii«c la duchesse Mazarin. .
542 OEUVRES MBLEES
L'autre est folle de la science, Et court après les beaux esprits.
Par le charme de leurs écrits.
Telle est si folle de sagesse.
Qu'elle en méprise la jeunesse.
Et se fait une vanité De plaire à notre gravité.
Il est vrai que cette chimère N'est pas aux femmes ordinaire.
Et qu'on leur voit des appétits Rarement pour les cheveux gris ; Mais leur incertaine nature, Pour nons rompre tonte mesure, A le caprice, quelquefois, D'aimer sagesse, honneur et lois.
Une impertinente adorable Écoutera de vieux mortels.
Qui vont révérer ses antels; Et quelque sotte inexorable, Pensant donner à ses aj^as La gloire de notre trépas.
Nous laissera goûter ses charmes Sans qu'il nous en coûte des larmes.
Il est mille chemins ouverts Pour arriver à leurs travers; Mais laissons la galanterie Pour une jeunesse fleurie.
Et n'espérons pas, étant vieux, De gagner le cœur par les yeux. Que l'esprit soit notre conquête ; Tâchons d'assujettir la tète, Bt qu'un ascendant de raison Tienne la leur comme en prison.
DE SAINT-EVREMOISD. 543
Si je trouvois une Lucrèce, Capable d'un peu de tendresse, J'accorderois, avec plaisir, Son honneur avec mon désir ; J'entredendrois, en sa belle âme, La- douceur d'une honnête flamme ; £t les intérêts de son cœur, Ménagés avec sa pudeur, Feroient voir au monde une prude, Sans rien de trop doux ni de rude.
Mais, dieux! quelle espèce d'amour!
O triste et malheureux retour !
Qu'il te faut d'art avec des belles Que tu veux tendres et cruelles !
Que d'art à vaincre des rigueurs 1 Que d'art à borner les faveurs I Que d'art à trouver la tendresse, Sans intéresser la Lucrèce !
Encor, ce mal seroit léger, N'étoit qu'on ne peut plus changer.
Adieu, pour jamais je vous quitte, Agréable légèreté; rentre dans la saison maudite, Où la triste fidélité N'a rien qu'un ennuyeux mérite.
Dont on est bientôt dégoûté.
544 CNEIJVRES MÊLÉES