Le commandeur de Souvré
2. Il s'agit probablement ici de l'opéra à^Armide, représenté à Paris en 1686 , et qui le fut quelque temps aprèft en Angleterre. Voy. sup,y p. 389 et suiv.
550 OBUVRES MBLÉBS
Et tout Venise en est déconcerté.
Il noos réduit à chercher, dans la fable. Un demi-dieu dont le charme est vanté.
Là, son Orphée, à jamais vénérable.
Demande au ciel, pour sa félicité, Que par Lulli, ce maître inimitable.
Soit son mérite et décrit et chanté.
Si ce qu'on dit d'Orphée est véritable. Il sut fléchir une divinité, Jusques alors trouvée inexorable.
A son retour du lieu tant redouté.
Et Pours affreux et le tigre implacable Se dépouilloient de leur férocité; L'arbre qu'on vit le plus inébranlable, Perdant alors son immobilité, Suivoit Orphée: à son chant lamentable, Il n'étoit plus d'insensibilité.
L'accent plaintif d'un amant misérable.
Par les échos tendrement répété, A sa douleur rendoit tout pénétrable ; Un deuil lugubre avoit tout infecté.
L*air du malheur, rendu communicable.
De sa noirceur avoit tout attristé ; Tout s'afHigeoit avec l'inconsolable.
On t'auroit vu bien plus de fermeté Que n'eut Orphée, en son art déplorable. Perdre sa femme est une adversité ; Mais ton grand cœur auroit été capable De supporter cette calamité.
En tout, Lulli, je te tiens préférable; Et chaque jour qu'on a représenté, N'as-tu pas fait chose plus incroyable.
Que le miracle en mes vers raconté?
DE SAINT-KVKEMOND. 551
Lorsqu'il te plaît, un rocher pitoyable
Se fond en pleurs malgré sa dureté ;
Le vent te prête un silence agréable;
Des fiers torrents le cours est arrêté.
Lorsqu'il te plaît, un sommeil favorable
Donne aux tourments le repos souhaité ;
£t qui possède une douceur aimable,
Est, si tu veux, aussitôt agité.
Dans nos périls vient un dieu secourable ;
De nos péchés un autre est irrité :
Pluton te sert, de son gouffre effroyable ;
Les cieux, ouverts selon ta volonté,
Nous laissent voir le palais adorable,
Où Jupiter règne en sa majesté.
D'Orphée et de Lulli le mérite est semblable,
Je trouve cependant de la diversité.
Sur un certain sujet, assez considérable :
Si Lulli, quelque jour, descendoit aux enfet^,
Avec un plein pouvoir de grâces et de peines :
.Un jeune criminel sortiroit de ses fers,
Une pauvre Euridice y garderoit ses chaînes.
A LÀ DUGHESSB MAZARIM, SUA LA CADUCITE.
FLATTÉ d'une douce espérance.
Que me donnoit la belle Hortense, Je lui cachois mes'cheveux gris,
De peur d'attirer ses mépris.
Mais détrompé de sa parole,
Qui n*a plus rien qui me console.
Je lui montre des cheveux blancs,
Triste ouvrage de mes vieux ans ;
Je lui montre tout l'équipage
De la caducité de Fâge :
Lunettes, calotte, en effet.
Qui pourroit servir de bonnet;
Tous les secours que la nature
Cherche, dans mon infirmité.
Pour éloigner la sépulture.
Sont montrés devant sa beauté ;
Et j'ose nommer défaillance
Funeste, mortelle langueur.
Ce qu'autrefois en sa présence
Je nommois simplement vapeur.
O belle, ô charmante duchesse !
Je vous remets votre promesse ;
Puisqu'il plaît au grand Pescator^y
Ce maître de la destinée, Tuer tous les vieillards à la fin de l'année, Je vais céder mes droits sur votre cher trésor; Ne me demandez point à qui je les résigne : C'est celui que vos yeux en doivent juger digne, Celui que vous voyez si soumis à vos lois.... Je hais le faux honneur des amours étemelles; Peut-on aimer longtemps, sans être dégoûté Du mérite ennuyeux de la fidélité ?
On voit comme une fleur, sur les amours nouvelles, Semblable à la fraîcheur de ces fruits délicats,