STANCES SUR LE' GOUVERNEMENT DE JACQUES II
SANS besoin et sans abondance, J'oserois dire sans désirs, Je vis ici dans l'innocence, Et d'un sage repos je fais tous mes plaisirs.
Non qu'une triste solitude, Le silence et l'obscurité.
L'attachement à quelque sombre étude, Puissent faire ma volupté.
Je ne veux point cacher ma vie; Au monde, d'elle-même, elle se cache assez; Partout est la retraite, où cesse la folie Des passions, et des soins empressés.
Au milieu de la cour, mon âme retirée Laisse le faux éclat d'une pompe adorée,
1. En qualité de prêtre catholique. Madame Mazarin avoit eu peine à obtenir la faculté de conserver son aumônier. Voy. notre Saint-Evremond en Angleterre,
Sans négliger les vrais appas De la grandenr qui plaît et qui n'éblouit pas.
. Là, d*nn esprit sain et tranquille, Je me fais un plaisir utile.
D'examiner et vices et vertus :
Mais par un changement notable, Pour le mal indulgent, pour le bien équitable. Je loue et ne censure plus.
Ici, je ne vois rien d'austère.
Dont le monde soit rebuté; De soi-même important, sans besoin de le faire. On donne un air facile à son autorité.
Finesse, artifice, mystère.
Détour, vaine subtilité;
Politique, en chose légère.
Ménagée avec gravité ;
Soit à parler, soit à se taire,
Air de suffisance affecté ; Tout cela passe ici pour sottise, chimère. Fausse imitation de la capacité.
Au temps que le travail se trouve nécessaire , Il semble que jamais on n'ait connu plaisir ; Il semble que jamais on n'ait connu d'affaire. Quand on rentre en commerce, aux heures de loisir. Ici, Ton ne voit rien de cet art ordinaire. Qui tient aux autres cours notre espoir en langueur; Ici, Ton ne voit point le ministre en colère, Au refus que Ton fait ajouter sa rigueur.
La parole est inviolable ; Ce qui sert à la feinte, et compose la fable,
DE SAINT-EVREMQND. 547
N'est rien que son perdu, dans le vague des airs ; La parole est ici solide et véritable :
Parmi les vents elle passe les mers, Et porte son crédit au bout de l'univers.
On y manque pourtant, mais c'est dans la menace. Quand des maux annoncés demeurent sans effets; La promesse est fidèle, à l'égard de la grâce, On n'y manque jamais.
On voit de l'ordre, et jamais d'avarice ; Le bien est fait, qusmd il est mérité ; Sans rien devoir à l'aveugle caprice.
Vaine grandeur, molle facilité, On voit partout un esprit de justice.
Et nulle part de la sévérité.
À MADEMOISELLE DE LENGLOft.
SonTiet,
PASSEE quelques heures à lire.
Est mon plus doux amusement; Je me fais un plaisir d'écrire.
Et non pas un attachement.
Je perds le goût de la satire :
L'art de louer malignement
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Cède au secret de pouvoir dire Des vérités obligeamment.
Je vis éloigné de la France, Sans besoin et sans abondance, Content d'un vulgaire destin.
J'aime la vertu, sans rudesse, ^ J'aime le plaisir, sans mollesse :
J'aime la vie, et n'en crains pas la fin.
^ LA I)UCHESSK MAZABIN.
QUAND jesonge au respect quej'eus toujours pour vous
Qu'af W^T.'^"" ''^' '''''' votre courîTux 7
Qui contre un serviteur fidèle vous anime? Autrefois, j'étois caressé, Vous me consultiez sur l'étude • Maintenant votre esprit blessé,' Vous fait dire d'un ton bien rude : « Allez, allez à d'autres gens Porter Ifomiête homme et bon sens :
Jargon aux François ordinaire.
Que les savants n'approuvent guère; Allez, avec votre fausset, Chanter Ijbs airs du vieux Boisset*; 1. Voy. .f«^., p. 399.
Et lorsque vous serez à table,
Plus dégoûté que délicat.
Ne voyez servir aucun plat,
Que vous ne trouviez détestable; Ou dont vous ne mangiez au moins à contre-cœur. Si l'on n'en mangeoit pas chez votre commandeur*. Puissiez-vous conserver, pour votre pénitence, Toujours le goût François, sans jamais être en France 1 »
Surpris du mauvais traitement,
Je cherchois inutilement
Ce qui m'attiroit tant d'injure ;
Lorsqu'à la fin, par aventure,
M'étant tourné vers un miroir.
Où loupe et rides se font voir.
Où j'ai peine à souffrir moi-même mon image,
Je me suis dit avec douleur :
On ri est point innocent avec un vieux visage^
Dont les traits effacés font peur.
Vieillard^ ne cherche pas ton crime davantage !