I III
Tout ce qui est de sainct, d'honneur et de vertu, Tout le bien qu'aux mortels la Nature peut faire, Tout ce que l'artifice icy peut contrefaire, Ma maistresse, en naissant, dans l'esprit l'avoit eu.
Du juste et de l'honneste à l'envy debatu Aux escoles des Grecs : de ce qui peut attraire A l'amour du vray bien, à fuyr le contraire, Ainsi que d'un habit son corps fut revestu.
La chasteté, qui est des beautez ennemie (Comme l'or fait la Perle) honore son Printemps, Un respect de l'honneur, une peur d'infamie,
Un œil qui fait les Dieux et les hommes contens. La voyant si parfaite, il faut que je m'escrie, Bien-heureux qui l'adore, et qui vit de son temps !
Hélène sceut charmer avecque son Nepenthe Les pleurs de Telemaque. Hélène, je voudroy Que tu peusses charmer les maux que je reçoy Depuis deux ans passez, sans que je m'en repente.
Naisse de noz amours une nouvelle plante, Oui retienne noz noms pour éternelle foy, Qu'obligé je me suis de servitude à toy, Et qu'à nostre contract la terre soit présente.
O terre, de noz oz en ton sein chaleureux Naisse une herbe au Printemps propice aux amoureux, Oui sur noz tombeaux croisse en un lieu solitaire.
O désir fantastiq, duquel je me deçoy, Mon souhait n'adviendra, puis qu'en vivant je voy Que mon amour me trompe, et qu'il n'a point de frère.
Dedans les flots d'Amour je n'ay point de support : Je ne vov point de Phare, et si je ne désire (O désir trop hardy !) sinon que ma Navire Apres tant de périls puisse gaigner le port.
Las ! devant que payer mes vœuz dessus le bort, Naufrage je mourray : car je ne voy reluire Qu'une flame sur moy, qu'une Hélène qui tire Entre mille rochers ma Navire à la mort.
Je suis seul, me noyant, de ma vie homicide, Choisissant un enfant, un aveugle pour guide, Dont il me faut de honte et pleurer et rougir.
Je ne crain point la mort : mon cœur n'est point si lasche Je suis trop généreux : seulement je me fasche De voir un si beau port, et n'y pouvoir surgir.
SONETS POUR HELENE LIV. I 3l
CHANSON
Quand je devise assis auprès de vous, Tout le cœur me tressaut :
Je tremble tout de nerfs et de genous,
Et le pouls me défaut.
Je n'ay ny sang ny esprit ny haleine, Oui ne se trouble en vovant mon Heleine, Ma chère et douce peine.
Je devien fol, je perds toute raison :
Cognoistre je ne puis Si je suis libre, ou captif en prison :
Plus en moy je ne suis.
En vous voyant, mon œil perd cognoissance Le vostre altère et change mon essence,
Tant il a de puissance.
Vostre beauté me fait en mesme temps
Souffrir cent passions :
Et toutesfois tous mes sens sont contens,
Divers d'affections.
L'œil vous regarde, et d'autre part l'oreille Ovt vostre voix, qui n'a point de pareille,
Du monde la merveille.
Voyla comment vous m'avez enchanté, Heureux de mon malheur :
De mon travail je me sens contenté, Tant j'aime ma douleur :
Et veux tousjours que le torment me tienne, Et que de vous tousjours il me souvienne, Vous donnant l'ame mienne.
Donc ne cherchez de parler au Devin,
Qui sçavez tout charmer :
Vous seule auriez un esprit tout divin,
Si vous pouviez aimer.
Que pleust à Dieu, ma moitié bien-aimée, Qu'Amour vous eust d'une flèche enflamée
Autant que moy charmée.
En se jouant il m'a de part en part
Le cœur outrepercé :
A vous s'amie il n'a monstre le dard
Duquel il m'a blessé.
De telle mort heureux je me confesse, Et ne veux point que le soucy me laisse
Pour vous, belle Maistresse.
Dessus ma tombe escrivez mon soucy
En lettres grossement :
Le Vandomois, lequel repose icy,
Mourut en bien aimant.
Comme Paris, là bas faut que je voise, Non pour l'amour d'une Hélène Grégeoise,
Mais d'une Saintongeoise.
Amour abandonnant les vergers de Cvtheres, D'Amathonte et d'Eryce, en la France passa :
Et me monstrant son arc, comme Dieu, me tança, Que j'oubliois, ingrat, ses loix et ses mystères.
Il me frappa trois fois de ses ailes légères : Un traict le plus aigu dans les yeux m'eslança. La playe vint au cœur, qui chaude me laissa Une ardeur de chanter les honneurs de Surgeres.
Chante (me dist Amour) sa grâce et sa beauté, Sa bouche, ses beaux yeux, sa douceur, sa bonté : Je la garde pour toy le sujet de ta plume.
Un sujet si divin ma Muse ne poursuit. Je te feray l'esprit meilleur que de coustume : » L'homme ne peut faillir, quand un Dieu le conduit.
Tu ne dois en ton cœur superbe devenir Pour me tenir captif : cela vient de Fortune. A tout homme mortel la misère est commune : Tel eschappe souvent, qu'on pense bien tenir.
Tousjours de Nemesis il te faut souvenir, Oui fait nostre avanture ore blanche, ore brune. Aux Tygres, aux Lions est propre la rancune : Comme ton serf conquis tu me dois maintenir.
Les Guerres et l'Amour sont une mesme chose. Où le veincu souvent le veinqueur a batu, Qui honteux de son mal fuyoit à bouche close.
Soit que je sois captif sans force ny vertu, Un superbe trophée au cœur je me propose, D'avoir contre tes yeux si long temps combatu.
L'autre jour que j'estois sur le haut d'un degré, Passant tu m'advisas, et me tournant la veuë, Tu m'esblouys les yeux, tant j'avois l'âme esmeuë De me voir en sursaut de tes yeux rencontré.
Ton regard dans le cœur, dans le sang m'est entré Comme un esclat de foudre alors qu'il fend la nue : J'euz de froid et de chaut la fièvre continue, D'un si poignant regard mortellement outré.
Et si ta belle main passant ne m'eust fait signe, Main blanche, qui se vante estre fille d'un Cygne, Je fusse mort, Hélène, aux rayons de tes yeux :
Mais ton signe retint l'ame presque ravie, Ton œil se contenta d'estre victorieux, Ta main se resjouyt de me donner la vie.
Ce siècle, où tu nasquis, ne te cognoist, Heleine. S'il sçavoit tes vertus, tu aurois en la main Un sceptre à commander dessus le genre humain, Et de ta majesté la terre seroit pleine.
Mais luy tout embourbé d'avarice vilaine, Oui met comme ignorant les vertus à desdain, Ne te cognut jamais : je te cognu soudain A ta voix, qui n'estoit d'une personne humaine.
Ton esprit, en parlant, à moy se descouvrit, Et ce-pendant Amour l'entendement m'ouvrit Pour te faire à mes yeux un miracle apparoistre.
Je tien, je le sens bien, de la divinité, Puisque seul j'ay cognu que peut ta Deité, Et qu'un autre avant moy ne l'avoit peu cognoistre.
Le Soleil l'autre jour se mit entre nous deux, Ardent de regarder tes yeux par la verrière : Mais luv, comme esblouy de ta vive lumière, Ne pouvant la souffrir, s'en-alla tout honteux.
Je te regarday ferme, et devins glorieux D'avoir veincu ce Dieu qui se tournoit arrière, Quand regardant vers moy tu me dis, ma guerrière, Ce Soleil est fascheux, je t'aime beaucoup mieux.
Une joye en mon cœur incroyable s'en-volle Pour ma victoire acquise, et pour telle parolle : Mais longuement cest aise en moy ne trouva lieu.
Arrivant un mortel de plus fresche jeunesse (Sans esgard que j'avois triomphé d'un grand Dieu) Tu me laissas tout seul pour luy faire caresse.
Deux Venus en Avril (puissante Deité) Nasquirent, l'une en Cypre, et l'autre en la Saintonge La Venus Cyprienne est des Grecs la mensonge, La chaste Saintongeoise est une vérité.
L'Avril se resjouyst de telle nouveauté, Et moy qui jour ny nuict d'autre Dame ne songe. Qui le fil amoureux de mon destin allonge, Ou l'accourcist, ainsi qu'il plaist à sa beauté,
Je suis trois fois un Dieu, d'estre nay de son âge. Si tost que je la vy, je fus mis en servage De ses yeux, que j'estime un sujet plus qu'humain.
Ma Raison, sans combattre, abandonna la place, Et mon cœur se vit pris comme un poisson à l'hain : Si j'ay failly, ma faute est bien digne de grâce.
Soit que je sois hay de toy, ma Pasithée, Soit que j'en sois aimé, je veux suivre mon cours : J'ay joué comme aux detz mon cœur et mes amours : Arrive bien ou mal, la chance en est jettée.
Si mon ame de glace et de feu tormentée Peut deviner son mal, je voy que sans secours, Passionné d'amour, je doy finir mes jours, Et que devant mon soir se clorra ma nuictée.
SONETS POUR HELENE, L1V. I 3"]
Je suis du camp d'Amour pratique Chevalier : Pour avoir trop souffert, le mal m'est familier : Comme un habillement j'ay vestu le martire.
Donques je te desfie, et toute ta rigueur : Tu m'as desja tué, tu ne sçaurois m'occire Pour la seconde fois : car je n'ay plus de cœur.
Trois ans sont ja passez que ton œil me tient pris. Je ne suis pas marry de me voir en servage : Seulement je me deuls des ailes de mon âge, Oui me laissent le chef semé de cheveux gris.
Si tu me vois ou palle, ou de fièvre surpris, Quelquefois solitaire, ou triste de visage, Tu ne dois imputer ta faute à mon dommage : L'Aurore ne met point son Thiton à mespris.
Si tu es de mon mal seule cause première, Il faut que de mon mal tu sentes les effects : C'est une sympathie aux hommes coustumiere.
Je suis (j'en jure Amour) tout tel que tu me fais : Tu es mon cœur, mon sang, ma vie et ma lumière : Seule je te choisy, seule aussi tu me plais.
De voz yeux tout-divins, dont un Dieu se paistroit, (Si un Dieu se paissoit de quelque chose en terre)
Je me paissois hier, et Amour qui m'enferre, Ce-pendant sur mon cœur ses flesches racoustroit.
Mon œil dedans le vostre esbahy rencontroit Cent beautez, qui me font une si douce guerre, Et la mesme vertu, qui toute se reserre En vous, d'aller au Ciel le chemin me monstroit.
Je n'avois ny esprit ny penser ny oreille, Qui ne fussent ravis de crainte et de merveille, Tant d'aise transportez mes sens estoient contens.
J'estois Dieu, si mon œil vous eust veu davantage Mais le soir qui survint, cacha vostre visage, Jaloux que les mortels le vissent si long temps.
Te regardant assise auprès de ta cousine, Belle comme une Aurore, et toy comme un Soleil, Je pensay voir deux fleurs d'un mesme teint pareil, Croissantes en beauté sur la rive voisine.
La chaste, saincte, belle et unique Angevine, Viste comme un esclair, sur moy jetta son œil : Toy comme paresseuse, et pleine de sommeil. D'un seul petit regard tu ne m'estimas digne.
Tu t'entretenois seule au visage abaissé, Pensive toute à toy, n'aimant rien que toymesme. Desdaignant un chacun d'un sourcil ramassé,
Comme une qui ne veut qu'on la cherche ou qu'on l'aime. J'euz peur de ton silence, et m'en-allay tout blesme, Craignant que mon salut n'eust ton œil offensé.
De toy ma belle Grecque, ainçois belle Espagnole, Qui tires tes ayeuls du sang Iberien, Je suis tant serviteur, qu'icy je ne voy rien Qui me plaise, sinon tes yeux et ta parole.
Comme un mirouer ardent, ton visage m'affole Me perçant de ses raiz, et tant je sens de bien En t'oyant deviser, que je ne suis plus mien, Et mon ame fuitive à la tienne s'en-vole.
Puis contemplant ton œil du mien victorieux, Je voy tant de vertuz, que je n'en sçay le conte, Esparses sur ton front comme estoilles aux Cieux.
Je voudrois estre Argus : mais je rougis de honte Pour voir tant de beautez, que je n'ay que deux yeux, Et que tousjours le fort le plus foible surmonte.
Je fuy les pas frayez du meschant populaire, Et les villes où sont les peuples amassez : Les rochers, les forests desja sçavent assez Quelle trampe a ma vie estrange et solitaire.
Si ne suis-je si seul, qu'Amour mon secrétaire N'accompagne mes pieds débiles et cassez : Qu'il ne conte mes maux et presens et passez A ceste voix sans corps, qui rien ne sçauroit taire.
Souvent plein de discours, pour flatter mon esmov, Je m'arreste, et je dy, Se pourroit-il bien faire Qu'elle pensast, parlast, ou se souvint de moy ?
Qu'à sa pitié mon mal commençast à desplaire ? Encor que je me trompe, abusé du contraire, Pour me faire plaisir, Hélène, je le croy.
Chef, escole des arts, le séjour de science, Où vit un intellect, qui foy du Ciel nous fait, Une heureuse mémoire, un jugement parfait, D'où Pallas reprendroit sa seconde naissance :
Chef, le logis d'honneur, de vertu, de prudence, Ennemv capital du vice contrefait :
Chef, petit Univers, qui monstres par efifait Que tu as du grand Tout parfaicte cognoissance :
Et toy divin esprit, qui du Ciel es venu, En ce chef comme au Ciel sainctement retenu, Simple, sans passions, comme icy bas nous sommes.
Mais tout prompt et subtil, tout rond et tout en toy, Puisque tu es divin, ayes pitié de mov : Il appartient aux Dieux d'avoir pitié des hommes.
Si j'estois seulement en vostre bonne grâce Par l'erré d'un baiser doucement amoureux, Mon cœur au départir ne seroit langoureux, En espoir d'eschaufer quelque jour vostre glace.
Si j'avois le portrait de vostre belle face, Las ! je demande trop ! ou bien de voz cheveux, Content de mon malheur je serois bienheureux, Et ne voudrois changer aux célestes de place.
Mais je n'ay rien de vous que je puisse emporter, Qui soit cher à mes yeux pour me reconforter, Ne qui me touche au cœur d'une douce mémoire.
Vous dites que l'Amour entretient ses accords Par l'esprit seulement : hé ! je ne le puis croire : Car l'esprit ne sent rien que par l'ayde du corps.
De voz yeux, le mirouer du Ciel et de Nature, La retraite d'Amour, la forge de ses dards, D'où pleut une douceur, que versent voz regards Au cœur, quand un rayon y survient d'aventure,
Je tire pour ma vie une douce pasture, Une joye, un plaisir, que les plus grands Césars Au milieu du triomphe, entre un camp de soudars, Ne sentirent jamais : mais courte elle me dure.
Je la sens distiller goutte à goutte en mon cœur, Pure, saincte, parfaite, angelique liqueur, Qui m'eschaufe le sang d'une chaleur extrême.
Mon ame la reçoit avec un tel plaisir, Que tout esvanouy, je n'ay pas le loisir Nv de gouster mon bien, ny penser à moymesme.
L'arbre qui met à croistre, a la plante asseurée : Celuy qui croist bien tost, ne dure pas long temps : Il n'endure des vents les souflets inconstans. Ainsi l'amour tardive est de longue durée.
Ma foy du premier jour ne vous fut pas donnée : L'Amour et la Raison, comme deux combatans, Se sont escarmouchez l'espace de quatre ans : A la fin j'ay perdu, veincu par destinée.
Il estoit destiné par sentence des cieux, Que je devois servir, mais adorer voz yeux : J'ay, comme les Geans, au ciel fait résistance.
Aussi je suis comme eux maintenant foudroyé. Pour résister au bien qu'ils m'avoient ottroyé, Je meurs, et si ma mort m'est trop de recompense.
Ostez vostre beauté, ostez vostre jeunesse, Ostez ces rares dons que vous tenez des cieux,
Ostez ce bel esprit, ostez moy ces beaux yeux, Cest aller, ce parler digne d'une Déesse :
Je ne vous seray plus d'une importune presse Fascheux comme je suis : voz dons si précieux Me font, en les voyant, devenir furieux, Et par le desespoir l'ame prend hardiesse.
Pource si quelquefois je vous touche la main, Par courroux vostre teint n'en doit devenir blesme Je suis fol, ma raison n'obeyt plus au frein,
Tant je suis agité d'une fureur extrême. Ne prenez, s'il vous plaist, mon offense à desdain, Mais, douce, pardonnez mes fautes à vous-mesme.
De vostre belle, vive, angelique lumière, Le beau logis d'Amour, de douceur, de rigueur, S'eslance un doux regard, qui me navrant le cœur, Desrobe loin de moy mon ame prisonnière.
Je ne sçay ny moyen, remède ny manière De sortir de voz rets, où je vis en langueur : Et si l'extrême ennuy traîne plus en longueur, Vous aurez de ce corps la despouille dernière.
Yeux qui m'avez blessé, yeux mon mal et mon bien, Guarissez vostre playe. Achille le peut bien. Vous estes tout-divins, il n'estoit que pur homme.
Voyez, parlant à vous, comme le cœur me faut ! Helas ! je ne me deuls du mal qui me consume : Le mal dont je me deuls, c'est qu'il ne vous en chaut.
Nous promenant tous seuls, vous me dites, Maistresse, Qu'un chant vous desplaisoit, s'il estoit doucereux: Que vous aimiez les plaints des chetifs amoureux, Toute voix lamentable, et pleine de tristesse.
Et pource (disiez vous) quand je suis loin de presse, Je choisis voz Sonets qui sont plus douloureux : Puis d'un chant qui est propre au sujet langoureux, Ma nature et Amour veulent que je me paisse.
Voz propos sont trompeurs. Si vous aviez soucy De ceux qui ont un cœur larmoyant et transv, Je vous ferois pitié par une sympathie :
Mais vostre œil cauteleux, trop finement subtil, Pleure en chantant mes vers, comme le Crocodil, Pour mieux me desrober par feintise la vie.
Cent et cent fois le jour l'Orange je rebaise, Et le palle Citron qui viennent de ta main, Doux présent amoureux, que je loge en mon sein, Pour leur faire sentir combien je sens de braise.
Quand ils sont demy-cuits, leur chaleur je r'appaise, Versant des pleurs dessus, dont triste je suis plein : Et de ta mauvaistié avec eux je me plain, Qui cruelle te ris de me voir à mal-aise.
Oranges et Citrons sont symboles d'Amour : Ce sont signes muets, que je puis quelque jour T'arrester, comme fit Hippomene Atalante.
Mais je ne le puis croire : Amour ne le veut pas, Qui m'attache du plomb pour retarder mes pas, Et te donne à fuyr des ailes à la plante.
Tousjours pour mon sujet il faut que je vous aye : Je meurs sans regarder voz deux Astres jumeaux, Voz yeux, mes deux Soleils, qui m'esclairent si beaux, Qu'à trouver autre jour autre part je n'essaye.
Le chant du Rossignol m'est le chant d'une Orfrave, Roses me sont Chardons, de l'ancre les ruisseaux, La Vigne mariée à l'entour des Ormeaux, Et le Printemps sans vous m'est une dure playe.
Mon plaisir en ce mois c'est de voir les Coloms S'emboucher bec à bec de baisers doux et longs, Dés l'aube jusqu'au soir que le Soleil se plonge.
O bienheureux Pigeons, vray germe Cyprien, Vous avez par nature et par effect le bien Que je n'ose espérer tant seulement en songe.
Vous me distes, Maistresse, estant à la fenestre, Regardant vers Mont-martre et les champs d'alentour : La solitaire vie, et le désert séjour Valent mieux que la Cour, je voudrois bien y estre.
A l'heure mon esprit de mes sens seroit maistre. En jeusne et oraisons je passerois le jour : Je desfirois les traicts et les (lames d'Amour : Ce cruel de mon sang ne pourroit se repaistre.
Quand je vous respondy, Vous trompez, de penser Qu'un feu ne soit pas feu, pour se couvrir de cendre : Sur les cloistres sacrez la flame on voit passer :
Amour dans les déserts comme aux villes s'engendre. Contre un Dieu si puissant, qui les Dieux peut forcer, Jeusnes ny oraisons ne se peuvent défendre.
Voicy le mois d'Avril, où nasquit la merveille, Qui fait en terre foy de la beauté des cieux, Le mirouer de vertu, le Soleil de mes yeux, Qui vit comme un Phénix au monde sans pareille.
Les Oeillets et les Liz et la Rose vermeille Servirent de berceau : la Nature et les Dieux La regardèrent naistre en ce mois gracieux : Puis Amour la nourrit des douceurs d'une Abeille.
Les Muses, Apollon, et les Grâces estoient Assises tout autour, qui à l'envy jettoient Des fleurs sur l'Angelette. Ah ! ce mois me convie
D'eslever un autel, et suppliant Amour Sanctifier d'Avril le neufiesme jour, Qui m'est cent fois plus cher que celuy de ma vie.
D'autre torche mon cœur ne pouvoit s'allumer Sinon de tes beaux yeux, où l'amour me convie : J'avois desja passé le meilleur de ma vie, Tout franc de passion, fuyant le nom d'aimer.
Je soulois maintenant ceste Dame estimer, Et maintenant cest'autre, où me portoit l'envie, Sans rendre ma franchise à quelqu'une asservie : Rusé je ne voulois dans les retz m'enfermer.
Maintenant je suis pris, et si je prens à gloire D'avoir perdu le camp, frustré de la victoire : Ton œil vaut un combat de dix ans d'Ilion.
Amour, comme estant Dieu, n'aime pas les superbes. Sois douce à qui te prie, imitant le Lion : La foudre abat les monts, non les petites herbes.
Agathe, où du Soleil le signe est imprimé (L'escrevisse marchant, comme il fait, en arrière)
Cher présent que je donne à toy chère guerrière, Mon don pour le Soleil est digne d'estre aimé.
Le Soleil va tousjours de fiâmes allumé, Je porte au cœur le feu de ta belle lumière : Il est l'ame du monde, et ma force première Dépend de ta vertu, dont je suis animé.
O douce, belle, vive, angelique Sereine, Ma toute Pasithée, essence sur-humaine, Merveille de Nature, exemple sans pareil,
D'honneur et de beauté l'ornement et le signe. Puis que rien icy bas de ta vertu n'est digne, Que te puis-je donner, sinon que le Soleil ?
Puis que tu sçais, helas ! qu'affamé je me pais Du regard de tes yeux, dont larron je retire Des rayons, pour nourrir ma douleur qui s'empire, Pourquoi me caches-tu l'œil, par qui tu me plais ?
Tu es deux fois venue à Paris, et tu fais Semblant de n'y venir, afin que mon martire Ne s'allège, en voyant ton œil que je désire, Ton œil qui me nourrit par l'objet de ses rais.
Tu vas bien à Hercueil avecque ta cousine Voir les prez, les jardins, et la source voisine De l'Antre, où j'ay chanté tant de divers accords.
Tu devois m'appeler, oublieuse Maistresse : Dans ton coche porté je n'eusse fait grand presse : Car je ne suis plus rien qu'un fantaume sans corps.
Cest amoureux desdain, ce Nenny gracieux, Oui refusant mon bien, me reschaufent l'envie Par leur fiere douceur d'assujettir ma vie, Où sont desja sujets mes pensers et mes yeux,
Me font transir le cœur, quand trop impétueux A baiser vostre main le désir me convie, Et vous, la retirant, feignez d'estre marrie, Et m'appelez, honteuse, amant présomptueux.
Mais sur tout je me plains de voz douces menaces, De voz lettres qui sont toutes pleines d'audaces, De moymesme, d'Amour, de vous et de vostre art,
Qui si doucement farde et sucre sa harangue, Ou'escrivant et parlant vous n'avez traict de langue, Qui ne me soit au cœur la poincte d'un poignart.
J'avois, en regardant tes beaux yeux, enduré Tant de fiâmes au cœur, qu'une aspre seicheresse Avoit cuitte ma langue en extrême destresse, Ayant de trop parler tout le corps altéré.
Lors tu fis apporter en ton vase doré De l'eau froide d'un puits : et la soif qui me presse, Me fit boire à l'endroit où tu bois, ma Maistresse, Quand ton vaisseau se voit de ta lèvre honoré.
Mais le vase amoureux, de ta bouche qu'il baise. En reschaufant ses bords du feu qu'il a receu, Le garde en sa rondeur comme en une fournaise.
Seulement au toucher je l'ay bien apperceu. Comme pourroy-je vivre un quart d'heure à mon aise, Quand je sens contre moy l'eau se tourner en feu ?
Comme une belle fleur assise entre les fleurs, Mainte herbe vous cueillez en la saison plus tendre Pour me les envoyer, et pour soigneuse apprendre Leurs noms et qualitez, espèces et valeurs.
Estoit-ce point afin de guarir mes douleurs, Ou de faire ma playe amoureuse reprendre ? Ou bien, s'il vous plaisoit par charmes entreprendre D'ensorceler mon mal, mes fiâmes et mes pleurs ?
Certes je croy que non : nulle herbe n'est maistresse Contre le coup d'Amour envieilly par le temps. C'estoit pour m'enseigner qu'il faut dés la jeunesse-
Comme d'un usufruit, prendre son passetemps : Que pas à pas nous suit l'importune vieillesse, Et qu'Amour et les fleurs ne durent qu'un Printemps.
SONETS POUR HELENE, LIV. I 5l
Doux desdains, douce amour d'artifice cachée, Doux courroux enfantin, qui ne garde son cœur, Doux d'endurer passer un long temps en longueur, Sans me voir, sans m'escrire, et faire la faschée :
Douce amitié souvent perdue et recerchée. Doux de tenir d'entrée une douce rigueur, Et sans me saluer, me tuer de langueur Et feindre qu'autre part on est bien empeschée :
Doux entre le despit et entre l'amitié, Dissimulant beaucoup, ne parler qu'à moitié. Mais m'appeller volage et prompt de fantasie,
Craindre ma conscience, et douter de ma foy, iM'est un reproche amer, qu'à grand tort je reçov : Car douter de ma fov c'est crime d'heresie.
Pour voir d'autres beautez mon désir ne s'appaise, Tant du premier assaut voz yeux m'ont surmonté : Tousjours à l'entour d'eux vole ma volonté, Yeux qui versent en l'ame une si chaude braise.
Mais vous embellissez de me voir à mal-aise, Tigre, roche de mer, la mesme cruauté, Comme ayant le desdain si joint à la beauté, Que de plaire à quelcun semble qu'il vous desplaise.
Desja par longue usance aimer je ne sçaurois Sinon vous, qui sans pair à soymesme ressemble. Si je changeois d'amour, de douleur je mourrois.
Seulement quand je pense au changement, je tremble: Car tant dedans mon cœur toute je vous reçois, Que d'aimer autre part c'est hayr, ce me semble.
Coche cent fois heureux, où ma belle Maistresse Et moy nous promenons raisonnans de l'amour : Jardin cent fois heureux, des Nymphes le séjour, Oui l'adorent de loin ainsi que leur Déesse.
Bienheureuse l'Eglise, où je pris hardiesse De contempler ses yeux, qui des miens sont le jour, Oui ont chauds les regards, qui ont tout à l'entour Un petit camp d'amours, qui jamais ne les laisse.
Heureuse la Magie, et les cheveux bruslez, Le murmure, l'encens, et les vins escoulez Sur l'image de cire : ô bienheureux servage !
O moy sur tous amans le plus avantureux, D'avoir osé choisir la vertu de nostre âge, Dont la terre est jalouse, et le ciel amoureux.
Ton extrême beauté par ses rais me retarde Que je n'ose mes yeux sur les tiens asseurer :
Débile je ne puis leurs regards endurer.
Plus le Soleil esclaire, et moins on le regarde.
Helas! tu es trop belle, et tu dois prendre garde Qu'un Dieu si grand thresor ne puisse désirer, Qu'il ne t'en-vole au ciel pour la terre empirer. » La chose précieuse est de mauvaise garde.
Les Dragons sans dormir, tous pleins de cruauté, Gardoient les pommes d'or pour leur seule beauté : Le visage trop beau n'est pas chose trop bonne.
Danaë le sceut bien, dont l'or se fit trompeur. Mais l'or qui domte tout, davant tez yeux s'estonne, Tant ta chaste vertu le fait trembler de peur.
D'un solitaire pas je ne marche en nul lieu, Qu'Amour bon artisan ne m'imprime l'image Au profond du penser de ton gentil visage, Et des mots gracieux de ton dernier Adieu.
Plus fermes qu'un rocher, engravez au milieu De mon cœur je les porte : et s'il n'y a rivage, Fleur, antre ny rocher, ny forest ny bocage, A qui je ne les conte, à Nymphe, ny à Dieu.
D'une si rare et douce ambrosine viande Mon espérance vit, qui n'a voulu depuis Se paistre d'autre apast, tant elle en est friande.
Ce jour de mille jours m'effaça les ennuis: Car tant opiniastre en ce plaisir je suis, Que mon ame pour vivre autre bien ne demande.
Bien que l'esprit humain s'enfle par la doctrine De Platon, qui le chante influxion des cieux, Si est-ce sans le corps qu'il seroit ocieux, Et auroit beau vanter sa céleste origine.
Par les sens l'ame voit, ell' oyt, ell' imagine, EU' a ses actions du corps officieux : L'esprit incorporé devient ingénieux, La matière le rend plus parfait et plus digne.
Or' vous aimez l'esprit, et sans discrétion Vous dites que des corps les amours sont pollues. Tel dire n'est sinon qu'imagination,
Qui embrasse le faux pour les choses cognues : Et c'est renouveller la fable d'Ixion, Qui se paissoit de vent, et n'aimoit que des nues.
En choisissant l'esprit vous estes mal-apprise, Qui refusez le corps, à mon gré le meilleur : De l'un en l'esprouvant on cognoist la valeur, L'autre n'est rien que vent, que songe et que feintise.
Vous aimez l'intellect, et moins je vous en prise : Vous volez, comme Icare, en l'air d'un beau malheur : Vous aimez les tableaux qui n'ont point de couleur. Aimer l'esprit, Madame, est aimer la sottise.
Entre les courtisans, afin de les braver, Il faut en disputant Trimegiste approuver, Et de ce grand Platon n'estre point ignorante.
Mais moi qui suis bercé de telle vanité, Un discours fantastiq' ma raison ne contante : Je n'aime point le faux, j'aime la vérité.
Amour a tellement ses flèches enfermées En mon ame, et ses coups y sont si bien enclos, Qu'Helene est tout mon cœur, mon sang et mes propos, Tant j'ay dedans l'esprit ses beautez imprimées.
Si les François avoient les âmes allumées D'amour, ainsi que moy, nous serions à repos : Les champs de Montcontour n'eussent pourry noz os, Ny Dreux ny Jazeneuf n'eussent veu noz armées.
Venus, va mignarder les moustaches de Mars : Conjure ton guerrier de tes bénins regars, Qu'il nous donne la paix, et de tes bras l'enserre.
Pren pitié des François, race de tes Troyens, A fin que nous facions en paix la mesme guerre Ou'Anchise te faisoit sur les monts Ideens.
Dessus l'autel d'Amour planté sur vostre table Vous me fistes serment, et je le fis aussi, Que d'un cœur mutuel à s'aimer endurcy Nostre amitié promise iroit inviolable.
Je vous juray ma foy, vous feistes le semblable. Mais vostre cruauté, qui des Dieux n'a soucy, Me promettoit de bouche, et me trompoit ainsi : Ce-pendant vostre esprit demeuroit immuable.
O jurement fardé sous l'espèce d'un Bien ! O perjurable autel ! ta Deité n'est rien. O parole d'amour non jamais asseurée !
J'ay pratiqué par vous le Proverbe des vieux: Jamais des amoureux la parole jurée N'entra (pour les punir) aux oreilles des Dieux.
J'errois à la volée, et sans respect des lois Ma chair dure à donter me combatoit à force. Quand tes sages propos despouillerent l'escorce De tant d'opinions que frivoles j'avois.
En t'oyant discourir d'une si saincte vois. Qui donne aux voluptez une mortelle entorce, Ta parole me fist par une douce amorce Contempler le vray bien duquel je m'esgarois.
SONETS POUR HELENE, LIV. I 5j
Tes mœurs et ta vertu, ta prudence et ta vie Tesmoignent que l'esprit tient de la Deité : Tes raisons de Platon, et ta Philosophie,
Que le vieil Promethée est une vérité, Et qu'en ayant la flame à Jupiter ravie, Il maria la Terre à la Divinité.
Maistresse, quand je pense aux traverses d'Amour, Qu'ores chaude, ores froide en aimant tu me donnes, Comme sans passion mon cœur tu passionnes, Qui n'a contre son mal ny trêve ny séjour :
Je souspire la nuict, je me complains le jour Contre toy, ma Raison, qui mon fort abandonnes. Et pleine de discours, confuse, tu t'estonnes Dés le premier assaut, sans défendre ma tour.
Non : si forts ennemis n'assaillent nostre Place, Qu'ils ne fussent veincuz, si tu tournois la face, Encores que mon cœur trahist ce qui est sien.
Une œillade, une main, un petit ris me tue : De trois foibles soudais ta force est combatue : Qui te dira divine, il ne dira pas bien.
Bienheureux fut le jour, où mon ame sujette Rendit obeyssance à ta douce rigueur,
Quand d'un traict de ton œil tu me perças le cœur, Oui ne veult endurer qu'un autre luy en jette.
La Raison pour néant au chef fit sa retraite, Et se mit au dongeon, comme au lieu le plus seur: D'espérance assaillie, et prise de douceur, Rendit ma liberté, qu'en vain je re-souhaite.
Le Ciel le veult ainsi, qui pour mieux offenser Mon cœur, le baille en garde à la foy du Penser : Lequel trahit mon camp, desloyal sentinelle,
Ouvrant l'huis du rempart aux soudars des Amours. J'auray tousjours en l'ame une guerre éternelle : Mes pensées et mon cœur me trahissent tousjours.
CHANSON
Plus estroit que la Vigne à l'Ormeau se marie De bras souplement-forts,
Du lien de tes mains, Maistresse, je te prie, Enlasse moy le corps.
Et feignant de dormir, d'une mignarde face Sur mon front panche tov :
Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce Et ton cœur dedans mov.
Puis appuyant ton sein sur le mien qui se pâme,
Pour mon mal appaiser, Serre plus fort mon col, et me redonne l'ame
Par l'esprit d'un baiser.
Si tu me fais ce bien, par tes yeux je te jure, Serment qui m'est si cher,
Que de tes bras aimez jamais nulle aventure Ne pourra m'arracher.
Mais souffrant doucement le joug de ton empire,
Tant soit-il rigoureux, Dans les champs Elisez une mesme navire
Nous passera tous deux.
Là morts de trop aimer, sous les branches Myrtines
Nous voirrons tous les jours Les Héros près de nous avec les Héroïnes
Ne parler que d'amours.
Tantost nous danserons par les fleurs des rivages Sous les accords divers,
Tantost lassez du bal, irons sous les ombrages Des Lauriers tousjours verds :
Où le mollet Zephire en haletant secoue De souspirs printaniers
Ores les Orangers, ores mignard se joue Parmv les Citronniers.
Là du plaisant Avril la saison immortelle
Sans eschange se suit :
La terre sans labeur de sa grasse mammelle
Toute chose y produit.
D'embas la troupe saincte. autrefois amoureuse.
Nous honorant sur tous, Viendra nous saluer, s'estimant bien-heureuse
De s'accointer de nous.
Et nous faisant asseoir dessus l'herbe fleurie
De toutes au milieu, Nulle, et fust-ce Procris, ne sera point marrie
De nous quitter son lieu.
SONETS POUR HELENE, LIV. I 6l
Non celles qui s'en vont toutes seules ensemble,
Artemise et Didon :
Non ceste belle Greque, à qui ta beauté semble
Comme tu fais de nom.
Helas ! voicy le jour que mon maistre on enterre : Muses, accompagnez son funeste convov.
Je voy son effigie, et au dessus je voy La Mort, qui de ses yeux la lumière luy serre.
Voila comme Atropos les Majestez atterre Sans respect de jeunesse, ou d'empire, ou de foy. Charles qui fleurissoit nagueres un grand Roy, Est maintenant vestu d'une robbe de terre.
Hé î tu me fais languir par cruauté d'amour : Je te sers de Prothée, et tu es mon Vautour. La vengeance du Ciel n'oublira tes malices.
Un mal au mien pareil puisse un jour t'avenir, Quand tu voudras mourir, que mourir tu ne puisses. Si justes sont les Dieux, je t'en verray punir.
Je sens de veine en veine une chaleur nouvelle, Oui me trouble le sang et m'augmente le soing.
Adieu ma liberté, j'en appelle à tesmoing
Ce mois, qui du beau nom d'Aphrodite s'appelle.
Comme les jours d'Avril mon mal se renouvelle. Amour, qui tient mon Astre et ma vie en son poing. M'a tant séduit l'esprit, que de près et de loing Tousjours à mon secours en vain je vous appelle.
Je veux rendre la Place, en jurant vostre nom. Que le premier article, avant que de la rendre. C'est qu'un cœur amoureux ne veult de compaignon.
L'amant non plus qu'un Roy, de rival ne demande. Vous aurez en mes vers un immortel renom. Pour n'avoir rien de vous la recompense est grande.