‹ Œuvres meslées. Avec éclaircissements et notice bibliographiqueChapitre 40 sur 66 · ODELETTE XVII · texte numérisé non relu

ODELETTE XVII

Boivon, le jour n'est si long que le doy : Je perds, amy, mes soucis quand je boy.

l60 RONSARD

Donne moy viste un jambon sous ta treille. Et la bouteille Grosse à merveille

Glou-gloute auprès de moy :

Aveq la tasse et la rose vermeille

Il faut chasser esmoy.

ODE XVIII

Mon Choiseul, levé tes yeux, Ces mesmes flambeaux des cieux, Ce Soleil, et ceste Lune C'estoit la mesme commune Oui luisoit à noz ayeux.

» Mais rien ne se perd là haut, » Et le genre humain défaut » Comme une rose pourprine, » Oui languist dessus l'espine » Si tost qu'elle sent le chaut.

» Nous ne devons espérer » De tousjours vifs demeurer, » Nous, le songe d'une vie :

» Oui, bons Dieux ! auroit envie » De vouloir tousjours durer !

Non, ce n'est moy qui veut or' Vivre autant que fist Nestor :

Quel plaisir, quelle liesse Reçoit l'homme en sa vieillesse, Eust-il mille talens d'or ?

ODES l6l

L'homme vieil ne peut marcher, N'ouyr, ne voir, ny mascher :

C'est une idole enfumée Au coin d'une cheminée, Qui ne fait plus que cracher.

Il est tousjours en courrous :

Bacchus ne luy est plus doux, Ny de Venus l'accointance :

En lieu de mener la dance Il tremblote des genoux.

Si quelque force ont mes vœux, Escoutez Dieux, je ne veux Attendre qu'une mort lente Me conduise à Rhadamante Avecques des blancs cheveux.

Aussi je ne veux mourir Ores que je puis courir, Ouvr, parler, boire, rire, Danser, jouer de la lyre, Et de plaisirs me nourrir.

Ah ! qu'on me feroit grand tort De me traîner voir le bord Ce jourd'huy du fleuve courbe.

Qui là bas reçoit la tourbe Qui tend le bras vers le port !

» Car je vis : et c'est grand bien » De vivre, et de vivre bien,

l62 RONSARD

» Faire envers Dieu son office, » Faire à son Prince service, » Et se contenter du sien.

Celuv qui vit en ce point, Heureux, ne convoite point Du peuple estre nommé, Sire, D'adjoindre au sien un Empire, De trop d'avarice espoint.

Celuy n'a soucy quel Roy Tyrannise sous sa loy Ou la Perse, ou la Syrie, Ou l'Inde, ou la Tartarie :

Car celuy vit sans esmoy :

Ou bien s'il a quelque soin, C'est de s'endormir au coin De quelque Grotte sauvage, Ou le long d'un beau rivage Tout seul se perdre bien loin.

Et soit à l'aube du jour, Ou quand la nuict fait son tour En sa charrette endormie, Se souvenant de s'amie, Tousjours chanter de l'amour.

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