‹ Œuvres meslées. Avec éclaircissements et notice bibliographiqueChapitre 41 sur 66 · ODE XX · texte numérisé non relu

ODE XX

Puis que tost je dov reposer Outre l'infernale rivière,

ODES l63

Hé, que me sert de composer Autant de vers qu'a fait Homère ?

Les vers ne me sauveront pas Qu'ombre poudreuse je ne sente La main Rhadamante là bas S'elle est bien légère ou pesante.

Je pose le cas que mes vers De mon labeur en contr' eschange, Dix ou vingt ans par l'univers M'apportent un peu de louange :

Que faut-il pour la consumer, Et pour mon livre oster de terre, Qu'un feu qui le vienne allumer, Ou qu'un esclandre de la guerre ?

Suis-je meilleur qu'Anacreon, Que Stesichore, ou Simonide, Ou qu'Antimache, ou que Bion, Que Philete, ou que Bachilide ?

Toutefois bien qu'ils fussent Grecs, Que leur servit ce beau langage, Puis que les ans venus après Ont mis en poudre leur ouvrage ?

Donque moy qui suis nay François, Faiseur de rimes maternelles, Hé ! doy-je espérer que ma vois Surmonte des siècles les ailes ?

Non-non, il vaut mieux, Rubampré, Son âge en trafiques despendre, Ou devant un Sénat pourpré Pour de l'argent sa langue vendre.

Que de suivre l'ocieux train De ceste pauvre Calliope, Qui tousjours fait mourir de fain Les meilleurs chantres de sa trope.

ODE XXI

Quand je veux en amour prendre mes passetemps, M'amie en se moquant, laid et vieillard me nomme : Quoy, dit-elle, resveur, tu as plus de cent ans, Et tu veux contrefaire encore le jeune homme !

Tu ne fais que hanir, tu n'as plus de vigueur, Ta couleur est d'un mort qu'on devalle en la fosse Vray est, quand tu me vois, tu prens un peu de cœur » Car un gentil cheval ne devient jamais rosse.

Si tu veux le sçavoir, pren ce miroir, et voy Ta barbe en tous endroits de neige parsemée, Ton œil qui fait la cire espesse comme un doy, Et ta face qui semble une idole enfumée.

Alors je luy respons : Quant à moy, je ne sçay Si j'ay l'œil chassieux, si j'ay perdu courage, Si mes cheveux sont noirs, ou si blancs je les ay, Car jamais je n'appris à mirer mon visage.

ODES l65

Mais puis que le tombeau me doit bien tost avoir. Certes tu me devrois d'autant plus estre humaine : » Car le vieil homme doit, ou jamais, recevoir » Ses plaisirs, mesme au temps qu'il sent la mort prochaine.

ODE XXXVI

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