‹ Œuvres meslées. Avec éclaircissements et notice bibliographiqueChapitre 45 sur 66 · ANGOUMOIS · texte numérisé non relu

ANGOUMOIS

Las ! tu dois à ce coup, chetive Tragédie,

Laisser tes graves jeux, Laisser ta scène vuide, et contre toy hardie

Te tordre les cheveux :

Et de la mesme voix dont tu aigris les Princes

Tombez en desconfort, Tu dois bien annoncer aux estranges provinces

Que la Peruse est mort.

Cours donc eschevelée, et dy que la Peruse

Est mort, et qu'aujourd'huy Le second ornement de la tragique Muse

Est mort avecque luy :

Mais non pas mort ainsi qu'il faisait en sa scène

Apres mille debas Les Princes et les Rois mourir d'une mort vaine

Qui morts ne mouroient pas :

Car un dormir de fer luy sille la paupière

D'un éternel sommeil, Et jamais ne verra la plaisante lumière

De notre beau Soleil.

Helas cruel Pluton ! puis que ta sale obscure

Reçoit de tout quartier Tout ce qui est au monde, et que de la Nature

Tu es seul héritier,

Et qu'on ne peut frauder le dernier truage

De ton port odieux, Tu devois pour le moins luy prester d'avantage

L'usufruit de noz cieux.

Tu n'eusses rien perdu : car après quelque année

Suivant l'humaine loy, Aussi bien qu'aujourd'huy, la fiere destinée

L'eust emmené chez toy. Or adieu donc amy, aux ombres, dans la sale

De ce cruel Pluton Tu jou' la tragédie ou du pauvre Tantale,

Ou du pauvre Ixion :

Et tu as icy haut laissé ta scène vuide

De chantres et de chœurs, Laquelle autant sur toy que dessus Euripide

En dueil, verse de pleurs :

Et prie que tousjours la vigne et le lhverre

D'un refrisé rameau Rampe pour ta couronne au plus haut de la pierre

Oui te sert de tombeau.

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