‹ Œuvres meslées. Avec éclaircissements et notice bibliographiqueChapitre 58 sur 66 · RESPONSE · texte numérisé non relu

RESPONSE

de P. de Ronsard Gentilhomme Vandomois,

aux injures et calomnies

de je ne sçay quels Predicans, et Ministres

de Genève.

Quoy? tu jappes mastin, afin de m'effroyer, Qui n'osois ny gronder, ny mordre, n'abboyer, Sans parolle, sans voix, sans poumons, sans haleine. Quand ce grand Duc vivoit, ce Laurier de Lorreine, Qu'en violant le droict et divin et humain, Tu as assassiné d'une traistreuse main : Et maintenant enflé par la mort d'un tel homme, Tu mesdis de mon nom que la France renomme, Abboyant ma vertu, et faisant du bragard, Pour te mettre en honneur tu te prens à Ronsard. Ainsi trop sottement la puissance liquide De ce fleuve escorné combattit contre Alcide. Ainsi contre les rocs les fleuves inconstans, Ainsi contre le ciel se prindrent les Titans, Ainsi le chesne sec se prend contre la scie,

Ainsi à mon bon sens se happe ta folie.

Ton cœur, bien qu'arrogant, de peur devoit faillir Au bruit de mon renom, me voulant assaillir, Laborieux Athlète, et poudreux d'exercice, Qui ne tremble jamais pour un petit novice. Tes escrits sont tesmoins que tu m'as desrobé, Et du faix du larcin ton doz est tout courbé : Tu en rougis de honte, et en ta conscience Père tu me cognois d'une telle science.

Et si quelque bonté loge encor' dans ton cœur, Tu sens d'une Furie une lente rigueur, Un vengeur aiguillon, qui de dueil t'espoinçonne D'avoir osé blasmer une telle personne : Sçachant bien que tu mens, et que je ne suis point Des vices entaché dont ta rage me point.

Or je te laisse en paix : car je ne veux descendre En propos contre toy, ny moins les armes prendre : Tu es foible pour moy, si je veux escrimer Du baston qui me fait par l'Europe estimer. Mais si ce grand guerrier et grand soldat de Baize Se présente au combat, mon cœur sautera d'aize : D'un si fort ennemy je seray glorieux, Et Dieu sçait qui des deux sera victorieux. Hardy je planteray mes pas dessus l'arène, Je roidiray les bras soufflant à grosse halene, Et pressant et tournant, suant et haletant, Du matin jusqu'au soir je l'iray combattant, Sans deslier des mains ny cestes ny courayes, Que tous deux ne soyons enyvrez de noz playes.

J'ay dequoy me défendre et dequoy l'irriter, S'il luy plaist sur l'arène en armes se planter :

Je sçay que peut la langue et Latine et Grégeoise, Je suis maistre joueur de la Muse Françoise : Vienne quand il voudra, il me verra sans peur, Dur comme un fer trenchant qui s'affine au labeur, Vif, ardant et gaillard, sans trembler sous l'audace D'un vanteur, qui par autre au combat me menace.

C'est luy seul que je veux aux champs escarmoucher, Je luy seray le Tan qui le fera moucher Furieux par mes vers, comme en une prairie On voit un grand taureau agité de furie, Qui court et par rochers, par bois et par estangs, Quand le Tan importun luy tourmente les flancs.

Qui a point veu trembler es vieilles Tragédies Un Oreste estonné de l'horreur des Furies, Qui du meurtre commis ja desja se repent ? Qui devant maint flambeau, maint fouet et maint serpent Et maint crin couleureux, s'enfuit parmy la scène, Portant dessus le front le remors de sa peine ? Tel, tel je le rendray par mes vers furieux, Et luy seray tousjours un fantaume à ses yeux,

Mais certes contre toy j'ay perdu le courage, Qui as rapetassé de mes vers ton ouvrage : Je m'assaudrois moymesme, et ton larcin a fait Que je suis demeuré content et satisfait.

Toutefois brefvement il me plaist de respondre A quelqu'un de tes poincts faciles à confondre : Et si tu as soucy d'ouyr la vérité, Je jure du grand Dieu l'immense Deité, Que je te diray vray, sans fard ny sans injure : Car d'estre injurieux ce n'est pas ma nature : Je te laisse ce droict duquel tu as vescu,

Et veux quant à ce poinct de toy estre veincu.

Or sus mon frère en Christ, tu dis que je suis Prestre J'atteste l'Eternel que je le voudrois estre, Et avoir tout le chef et le doz empesché Dessous la pesanteur d'une bonne Evesché : Lors j'aurois la couronne à bon droict sur la teste, Qu'un rasoir blanchiroit le jour d'une grand'feste, Ouverte, grande, longue et large, jusqu'au front, En forme d'un Croissant qui tout se courbe en rond.

Jadis ce grand Eumolpe, et ce grand Prince Orphée, Qui avoient d'Apollon l'ame toute eschauffée, Qui l'antique Magie apportèrent aux Grecs, Qui des flambeaux du Ciel cogneurent les secrets, Qui lisoient dans le cœur des bestes les présages, Qui des oiseaux devins pratiquoient les langages, Qui faisoient après eux sous l'accord de leurs vois Bondir comme chevreaux les rochers et les bois, Qui du vouloir de Dieu estoient les interprètes, Furent Prestres sacrez, Pontifes et Prophètes.

Les Rois de ce pays, que le desbord du Nil D'un limon bien-heureux rend pregnant et fertil, Estoient Prestres mitrez, et ceux que l'Assyrie Tenoit obeyssante à leur grand' Seigneurie : Je voudrois l'estre ainsi : j'aurois le pas posé, Les doigts escarbouclez, le menton bien rasé, La chape à haut collet, et vray messire Pierre J'irois signant le ciel, les ondes et la terre.

Je n'irois pas chanter sur la tumbe des morts, Prenant le manche en main d'un Asperges retors De Sauge ou de Cyprès : ce seroient mes Vicaires : Je ferois tous les jours les Sermons ordinaires,

Je dirois la grand Messe, et le temple voté Mugissant rediroit mon chant regringoté.

Je serois révéré, je tiendrois bonne table, Non vivant comme toy, Ministre misérable, Pauvre sot Predicant, à qui l'ambition Dresse au cœur une roue, et te fait Ixion, Te fait dedans les eaux un altéré Tantale, Te fait souffrir la peine à ce voleur égale, Qui remonte et repousse aux enfers un rocher Dont tu pris naissance : et qui voudroit chercher Dedans ton estomac, qui d'un rocher approche, En lieu d'un coeur humain on verroit une roche : Tu es bien malheureux d'injurier celuy, Qui ne te fist jamais outrage ny ennuy.

Mais afin qu'on cognoisse au vray qu'en tes escoles Il n'y a que brocards, qu'injures et paroles, Que nulle charité ta doctrine ne sent, Disciple de Sathan tu blasmes l'innocent.

Laisse respondre ceux que je touche en mon livre : Ils ont l'esprit gaillard, ils me sçauront poursuivre De couplet à couplet : tu leur fais deshonneur D'estre dessus leur gloire ainsi entrepreneur.

Tu fais du bon valet, ou l'esprit fantastique De mes Démons a pris ton cerveau lunatique, Qui te rend Lou-garou (car à ce que je voy Tu as veu les esprits encores mieux que moy) Ou bien en relechant ma brusque poésie, La Panique fureur ta cervelle a saisie.

Si tu veux confesser que Lou-garou tu sois, Hoste melancoliq' des tombeaux et des crois, Pour te donner plaisir vrayment je te confesse

Que je suis Prestre raz, que j'ay dit la grand' Messe :

Mais devant que parler, il faut exorciser

Ton Démon qui te fait mes Démons despriser.

Fuyez peuples fuyez, que personne n'approche, Sauvez vous en l'Eglise, allez sonner la cloche A son dru et menu, faites flamber du feu, Faites un cerne en rond, murmurez peu à peu Quelque saincte oraison, et mettez en la bouche Sept ou neuf grains de sel, de peur qu'il ne vous touche.

Voy-le-cy, je le voy, escumant et bavant, Il se roule en arrière, il se roule en avant, Afreux, hideux, bourbeux : une espesse fumée Ondoyé de sa gorge en fiâmes allumée : Il a le diable au corps : ses yeux cavez dedans, Sans prunelle et sans blanc, reluisent comme Ardans, Qui, par les nuicts d'hyver errent desur les ondes, Abreuvant dans les eaux leurs fiâmes vagabondes : Il a le museau tors, et le dos hérissé Ainsi qu'un gros mastin des dogues pelisse.

Fuyez peuples fuyez : non, attendez la beste, Apportez ceste estoile, il faut prendre sa teste Et luy serrer le col, il faut semer espais Sur luy de l'eau beneiste avec un Asperges, Il faut faire des Croix en long sur son eschine.

Je tiens le Monstre pris, voyez comme il chemine Sur les pieds de derrière, et comme il ne veut pas, Rebellant à l'estolle, accompagner mes pas ! Sus sus Prestres frappez desur la beste prise, Que par force on le traîne aux degrez de l'Eglise. Ainsi le gros mastin des enfers fut traîné, Quand il sentit son col par Alcide enchaîné :

Mais si tost que du jour apperceut la lumière, Béant, il s'accula dedans une poussière, Et là tournant, virant son corps par les sablons, Tantost alloit avant, tantost à reculons : Puis poussif se faisant traîner à toute force, Avoit en mille neuds toute la chaîne entorce, Tirant le col arrière : Hercule qui se mit En courroux, estrangla le mastin, qui vomit Du gosier suffoqué une bave escumeuse, Dont nasquit l'Aconit herbe tresvenimeuse.

Ainsi ce Lou-garou son venin vomira, Quand de son estomac le diable s'enfuira. Hà Dieu, qu'il est vilain ! il rend desja sa gorge Large comme un soufflet, qui anime la forge, Qu'un boiteux mareschal esvente quand il faut Frapper à tour de bras sur l'enclume un fer chaut.

Voyez combien d'humeurs différentes luy sortent, Qui de son naturel les qualitez rapportent : La rouge que voila le fit présomptueux, Ceste verte le fit mutin tumultueux, Et ceste humeur noirastre et triste de nature Est celle qui pipoit les hommes d'imposture : La rousse que voila le faisoit impudent, Boufon, injurieux, brocardeur, et mordant, Et l'autre que voicy visqueuse, espaisse et noire, Le rendoit par sur tous superbe au Consistoire. Je me fasche de voir ce meschant animal Vomir tant de venins, tout le cœur m'en fait mal.

Faites venir quelque homme expert en Médecine Pour l'abbreuver du just d'une forte racine : Si son mal doit guarir, l'hellébore sans plus

Guarira son cerveau lunatique et perclus.

Je pense à voir son front qu'il n'a point de cervelle, Je m'en vois luy sonder le nez d'une esprouvelle : Certes il n'en a point, le fer est bien avant, Et en lieu de cerveau, son chef est plein de vent. Helas j'en ay pitié ! si faut-il qu'on le traite, Il faut que chez Thony il face une diette, Ou bien que le Greffier, comme un Astolphe, en bref Luv souffle d'un cornet le sens dedans le chef.

S'il veut que la santé pour jamais luy revienne, Il faut que par neuf jours seulement il s'abstienne (Non pas de manger chair, ne de boire du vin) Mais de lire et de croire aux œuvres de Calvin, Abjurer son erreur fausse et pernicieuse, Ne traîner plus au corps une ame injurieuse, Ne tourmenter plus Dieu d'opinions, et lors Sa première santé luy r'ent'ra dans le corps.

Or sus changeons propos, et parlons d'autre chose: Tu dis qu'une sourdesse a mon oreille close : Tu te mocques de moy et me viens blasonner Pour un pauvre accident que Dieu me veut donner.

Nouvel Evangeliste, insensé, plein d'outrage, Vray enfant de Sathan, dy moy en quel passage Tu trouves qu'un Chrestien (s'il n'est bien enragé) Se doive comme toy mocquer d'un affligé ? Ta langue monstre bien aux brocards qu'elle rue, Que tu portes au corps une ame bien tortue. Quoy ? est-ce le profit et le fruict que tu fais En preschant l'Evangile, où tu ne creuz jamais ? Que tu te mocques bien de l'Escriture sainte, Ayant le cœur meschant, et la parole fainte!

Ouoy ? mocquer l'affligé sans t'avoir irrité,

Est-ce pas estre Athée et plein d'impiété ?

Les Lyons Africans, les Tygres d'Hyrcanie

Ne couvent dans le cœur si grande felonnie.

Appren icy de moy que Dieu te punira,

Et comme tu te ris, de toy il se rira.

Tu peux bien en mentant tromper nous pauvres hommes,

Qui grossiers de nature et imbecilles sommes :

Mais tu ne trompes Dieu, qui voit d'un œil profond

Ton cœur et tes pensers, et sçait bien quels ils sont.

On dit qu'à-haut du ciel au devant de la porte Il y a deux tonneaux de différente sorte : L'un est plein de tous biens, l'autre est plein de tous maux, Que Dieu respand ça bas sur tous les animaux : Il nous donne le mal avecques la main dextre, Et le bien chichement avecques la senestre. » Si faut-il prendre à gré ce qui vient de sa part : » Car sans nostre congé ses dons il nous départ.

Les Poètes premiers, dont la gloire cogneuë A desfié les ans, avoient mauvaise veuë, Thamire, Tiresie, Homère, et cestuy-là Qui au prix de ses yeux contre Hélène parla : Et ceux de nostre temps, à qui la Muse insigne Aspire, vont portant la sourdesse pour signe : Tesmoin est du Bellay, qui comme moy fut sourd, Dont l'honneur mérité par tout le monde court.

Vrayment quand tu estois à Paris l'autre année, Descharné, deshalé, la couleur bazanée, Et palle tout ainsi qu'un Croissant enchanté, J'euz pitié de te voir en ce poinct tormenté, Et sans injurier la misère commune,

J'avois compassion de ta pauvre fortune.

Or à ce qu'on disoit, ce mal tu avois pris

Travaillant au mestier de la belle Cypris :

Toutefois contemplant ta taille longue et droite,

Ta main blanche et polie, et ta personne adroite,

Te cognoissant gaillard, honneste, gracieux,

Et faire sagement l'amour en divers lieux,

(Tu sçais si je dy vray) je fis à Dieu prière

De te faire jouyr de ta santé première.

En te voyant ainsi, j'avois pitié de toy,

Tant s'en faut que l'envie entrast jamais chez moy.

Tu m'accuses, Cafard, d'avoir eu la verolle : Un chaste Predicant de faict et de parolle Ne devroit jamais dire un propos si vilain : Mais que sort-il du sac ? cela dont il est plein.

Tousjours le voleur pense à la despouille prise, Et tousjours le paillard parle de paillardise. Ne te ry plus de moy, et te tais vieil Luton, J'entends encore assez pour ouyr ton dicton, Quand dedans un tombreau tout emplastré d'ordure Les cendres de ton corps seront la sépulture.

Tu dis que je suis vieil : encore n'ay-je atteint Trente et sept ans passez, et mon corps ne se pleint D'ans ny de maladie, et en toutes les sortes Mes nerfs sont bien tendus, et mes veines bien fortes Et si j'ay le teint palle et le cheveu grison, Mes membres toutefois ne sont hors de saison.

Or cela n'est que jeu, dont je ne fais que rire, Et voudrois que ce fust le plus de ton mesdire.

Mais pourquoy semés tu si faussement de moy Que je suis un Athée, infidèle et sans loy ?

Si tu es si ardant, et si bruslé d'envie D'informer de mes mœurs, de mon faict, de ma vie, Je ne suis incogneu : tu pourras aisément Sçavoir quel j'ay vescu dés le commencement.

J'ay suivy les grands Rois, j'ay suivy les grands Princes, J'ay pratiqué les mœurs des estranges provinces, J'ay long temps escolier en Paris habité, Là, tu pourras sçavoir de moy la vérité : Lors tu pourras juger sans plus me faire injure, Par la seule raison, non par la conjecture.

Ne conclus plus ainsi : Ronsard est bien appris, Il a veu l'Evangile, il a veu noz escris, Et n'est pas Huguenot, il est donques Athée : Telle conclusion est faussement jettée : Car tous les bons esprits n'ensuivent point tes pas, Et toutefois sans Dieu vivans ils ne sont pas : Telle injure redonde aux plus grands de l'Europe, Dont à peine de mille un s'enroule en ta trope.

Lequel est plus Athée ou de moy ou de toy, De moy qui ay vescu tousjours tranquille et coy En la loy du pays, en l'humble obeyssance Des Rois, des Magistrats qui ont sur moy puissance, Qui sans m'ensorceler d'une nouvelle erreur N'ay mis par mes sermons les peuples en fureur?

Ou toy qui en ouvrant le grand cheval de Troye, As mis tout ce Royaume aux estrangers en proye? As fait que le voisin a tué son voisin, Le père son enfant, le cousin son cousin ?

Qui rends Dieu partial selon ta fantasie, Qui es melancholique et plein de frenaisie, Qui fais de l'habile homme, et qui aux innocens

Interprètes, malin, l'Evangile à ton sens ?

Qui as comme un brigand la Justice oppressée,

Et sans dessus-dessous la France renversée?

Ainsi qu'on voit la mer, quand l'Auton d'un costé Luitte contre Aquilon au gosier indonté, Tous deux à contre-fil horriblant leur halene Du fond jusques au haut bouleversent l'arène, Toute la mer se trouble, et s'eslevant aux cieux, Des matelots desrobe et l'esprit et les yeux :

Ainsi la France, helas ! de tout malheur comblée Par tes opinions erroit toute troublée, Ja preste à se noyer, et sans l'astre Jumeau De la Royne et du Prince, elle fust au tombeau.

Mais la paix que la Royne heureusement a faite, L'a remise en vigueur, et sa force a refaite, Comme une douce pluye en sa vertu remet La fleur espanouye, à qui ja le sommet Pendoit flestry du chaud, quand l'herbe fanissante Sent du Soleil d'Esté l'ardeur la plus cuisante.

Je ne suis ny rocher, ny Tygre, ny Serpent : Mon regard contre-bas brutalement ne pend, J'ay le chef eslevé pour voir et pour cognoistre De ce grand univers le Seigneur et le maistre : Car en voyant du ciel l'ordre qui point ne faut, J'ay le cœur asseuré qu'un moteur est là haut, Qui tout sage et tout bon gouverne cest empire, Comme un Pilote en mer gouverne son navire : Et que ce grand Palais si largement voûté, De son divin ouvrier ensuit la volonté.

Or ce Dieu tout-puissant plein d'éternelle essence, Tout remply de vertu, de bonté, de puissance,

D'immense majesté, qui voit tout, qui sçait tout, Sans nul commencement, sans milieu ne sans bout, Dont la divinité tres-royale et suprême N'a besoin d'autre bien sinon de son bien mesme, Se commençant par elle, et finissant en soy :

Bref, ce Prince éternel, ce Seigneur et ce Rov, Qui des peuples le père et le pasteur se nomme, Ayant compassion des misères de l'homme, Et désirant qu'il fust du péché triomphant, En ce monde envoya son cher unique enfant Eternel comme luy, et de la mesme essence, Ayant du père sien la gloire et la puissance.

Or ce fils bien-aimé qu'on nomme Jesuschrist (Au ventre Virginal conceu du sainct Esprit) Vestit sa deité d'une nature humaine, Et sans péché, porta de noz péchez la peine : Publiquement au peuple en ce monde il prescha : De son père l'honneur non le sien il chercha, Et sans conduire aux champs ny soldats ny armées, Fist germer l'Evangile es terres Idumées. Il fut accompagné de douze seulement, Mal nourry, mal vestu, sans biens aucunement, (Bien que tout fust à luy de l'un à l'autre pôle.) Il fut tres-admirable en œuvre et en parole, Aux morts il fist revoir la clarté de noz cieux, Rendit l'oreille aux sourds, aux aveugles les yeux : Il soula de cinq pains les troupes vagabondes, Il arresta les vents, il marcha sur les ondes, Et de son corps divin mortellement vestu Les miracles sortoient, tesmoins de sa vertu.

Le peuple qui avoit la cervelle endurcie,

Le fit mourir en Croix, suivant la Prophétie : Il fut mis au tombeau, puis il ressuscita, Puis porté dans le Ciel, à la dextre monta De son père là haut, et n'en doit point descendre Visible, que ce monde il ne consume en cendre.

Quand veinqueur de la mort dans le Ciel se haussa, Pour gouverner les siens une Eglise laissa, A qui donna pouvoir de lier et dissoudre, D'accuser, de juger, de damner et d'absoudre, Promettant que tousjours avecq'elle seroit, Et comme son espoux ne la delaisseroit.

Ceste Eglise première en Jesuschrist fondée Pleine du sainct Esprit, s'apparut en Judée : Puis sainct Paul le vaisseau de grâce et de sçavoir La fit ardantement en Grèce recevoir :

Puis elle vint à Rome, et de là fut portée Bien loin aux quatre parts de la terre habitée.

Ceste Eglise nous est par la tradition De père en fils laissée en toute nation Pour bonne et légitime, et venant des Apostres Seule la confessons sans en recevoir d'autres.

Elle pleine de grâce et de l'esprit de Dieu, Choisit quatre tesmoins, sainct Jean, Luc, Marc, Matthieu, Secrétaires de Christ, et pour les faire croire Aux peuples baptisez approuva leur histoire.

Si tost qu'elle eut rangé les villes et les Rois, Pour maintenir le peuple elle ordonna des lois. Et afin de coller les provinces unies Comme un cyment bien fort, fit des cérémonies. Sans lesquelles long temps en toute région Ne se pourroit garder nulle religion.

RESPONSE A QUELQUE MINISTRE 28l

Certes il faut penser que ceux du premier âge Plus que ceux d'aujourd'huy avoit le cerveau sage. Et que par ignorance ils n'ont jamais failly : Car leur siècle n'estoit d'ignorance assailly.

Or ceste Eglise fut dés long temps figurée Par l'Arche qui flottoit desur l'onde azurée, Quand Dieu ne pardonnoit qu'aux hommes qui estoient Entrez au fond d'icelle, et dans elle habitoient : Le reste fut la proye et le jouet de l'onde, Que le ciel desborda pour se vanger du monde.

Aussi l'homme ne peut en terre estre sauvé, S'il n'est dedans le sein de l'Eglise trouvé, Si comme un citoyen n'habite dedans elle, Ou s'il cherche autre part autre maison nouvelle.

Il est vray que le temps qui tout change et destruit, A mille et mille abus en l'Eglise introduit, Enfantez d'ignorance, et couvez sous la targe Des Prélats ocieux, qui en avoient la charge.

Je sçay que noz Pasteurs ont désiré la peau Plus qu'ils n'ont la santé, de leur pauvre troupeau : Je sçay que des Abbez la cuisine trop riche A laissé du Seigneur tomber la vigne en friche : Je voy bien que l'yvraye estoufîe le bon blé, Et si n'ay pas l'esprit si gros ne si troublé, Que je ne sente bien que l'Eglise première Par le temps a perdu beaucoup de sa lumière.

Tant s'en faut que je vueille aux abuz demeurer, Que je me veux du tout des abuz séparer, Des abuz que je hay, que j'abhorre et mesprise : Je ne me veux pourtant séparer de l'Eglise, Ny ne feray jamais : plustost par mille efforts

Je voudrois endurer l'horreur de mille morts.

Comme un bon laboureur, qui par sa diligence Sépare les chardons de la bonne semence, Ainsi qui voudra bien l'Evangile avancer, Il faut chasser l'abuz, et l'Eglise embrasser, Et ne s'en séparer, mais fermement la suivre, Et dedans son giron tousjours mourir et vivre. Donc si je suis Athée ensuivant ceste Loy, La faute est à mon père, et le blasme est à moy.

Tu dis, en vomissant desur moy ta malice. Que j'ay fait d'un grand Bouc à Bacchus sacrifice : Tu mens impudemment : cinquante gens de bien Qui estoient au banquet, diront qu'il n'en est rien.

iMuses qui habitez de Parnasse la crope, Filles de Jupiter, qui allez neuf en trope, Venez et repoussez par voz belles chansons L'injure faite à vous et à voz nourrissons.

Jodelle ayant gaigné par une voix hardie L'honneur que l'homme Grec donne à la Tragédie, Pour avoir en haussant le bas stile François, Contenté doctement les oreilles des Rois : La brigade qui lors au Ciel levoit la teste (Quand le temps permettoit une licence honneste) Honorant son esprit gaillard et bien appris, Luy fit présent d'un Bouc, des Tragiques le pris.

Ja la nappe estoit mise, et la table garnie Se bordoit d'une saincte et docte compagnie, Quand deux ou trois ensemble en riant ont poussé Le père du troupeau à long poil hérissé : Il venoit à grands pas, ayant la barbe peinte : D'un chapelet de fleurs la teste il avoit ceinte,

Le bouquet sur l'oreille, et bien fier se sentoit Dequoy telle jeunesse ainsi le presentoit : Puis il fut rejette pour chose mesprisée Apres qu'il eut servy d'une longue risée.

De Beze qui Prophète en apparence luit Entre vous tout ainsi qu'un Orion de nuict, Que Dieu (ce dites vous) en tous lieux accompagne, A bien fait sacrifice aux Muses d'une taigne.

S'il a fait tel erreur, luy qui n'a rien d'humain. Permettez que j'en face un autre de ma main.

Sus Boufons et Plaisans que la Lune gouverne, Allez chercher un asne aux montagnes d'Auvergne, D'oreilles bien garny, et en mille cordons Environnez son front de foin et de chardons : Troussez vous jusqu'au coude, escorchez moy la beste, Et de ce Predicant attachez à la teste Les oreilles, ainsi que les avoit Midas Ce lourdaut Phrygien, qui grossier ne sceut pas Estimer de Phebus les chansons et la lyre, Quand il blasma le bon et honora le pire : Mais non, laisse ce fat, je suis content assez De cognoistre ses vers des miens rapetassez.

Tu te plains d'autre-part que ma vie est lascive, En délices, en jeux, en vices excessive : Tu mens meschantement : si tu m'avois suivy Deux mois, tu sçaurois bien en quel estât je vy : Or je veux que ma vie en escrit apparoisse, Afin que pour menteur un chacun te cognoisse.

M'esveillant au matin, devant que faire rien J'invoque l'Eternel, le père de tout bien, Le priant humblement de me donner sa grâce,

Et que le jour naissant sans l'offenser se passe : Qu'il chasse toute secte et tout erreur de moy, Qu'il me vueille garder en ma première foy, Sans entreprendre rien qui blesse ma province, Treshumble observateur des loix et de mon Prince.

Apres je sors du lict, et quand je suis vestu Je me range à l'estude, et apprens la vertu, Composant et lisant, suivant ma destinée, Qui s'est dés mon enfance aux Muses enclinée : Quatre ou cinq heures seul je m'arreste enfermé : Puis sentant mon esprit de trop lire assommé, J'abandonne le livre et m'en vay à l'Eglise, Au retour pour plaisir une heure je devise, De là je viens disner, faisant sobre repas, Je rends grâces à Dieu : au reste je m'esbas.

Car si l'apresdinée est plaisante et sereine, Je m'en vais promener tantost parmy la plaine, Tantost en un village, et tantost en un bois, Et tantost par les lieux solitaires et cois : J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage, J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.

Là, devisant sur l'herbe avec un mien amy, Je me suis par les fleurs bien souvent endormy A l'ombrage d'un Saule, ou lisant dans un livre J'ay cherché le moyen de me faire revivre, Tout pur d'ambition et des soucis cuisans, Misérables bourreaux d'un tas de mesdisans Qui font (comme ravis) les Prophètes en France, Pipans les grands Seigneurs d'une belle apparence.

Mais quand le Ciel est triste et tout noir d'espesseur, Et qu'il ne fait aux champs ny plaisant ny bien seur,

Je cherche compagnie, ou je joue à la Prime, Je voltige ou je saute ou je lutte ou j'escrime, Je dy le mot pour rire, et à la vérité Je ne loge chez moy trop de sévérité.

Puis quand la nuict brunette a rangé les estoiles, Encourtinant le ciel et la terre de voiles, Sans soucy je me couche, et là levant les yeux Et la bouche et le cœur vers la voûte des cieux, Je fais mon oraison, priant la bonté haute De vouloir pardonner doucement à ma faute. Au reste je ne suis ny mutin ny meschant, Oui fais croire ma loy par le glaive trenchant. Voila comme je vy : si ta vie est meilleure, Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure.

Mais quand je suis aux lieux où il faut faire voir Ce que peut un tressainct et tresjuste devoir, Lors je suis de l'Eglise une colonne ferme, D'un surpelis onde les espaules je m'arme, D'une haumusse le bras, d'une chape le doz, Et non comme tu dis faite de croix et d'oz : C'est pour un Capelan : la mienne est honorée De grandes boucles d'or, et de franges dorée : Et sans toy, sacrilège, encore je l'aurois Couverte des presens qui viennent des Indois : Mais ta main de Harpye, et tes griffes trop hâves Nous gardent bien d'avoir les espaules si braves.

Par le trou de la chape apparoist eslevé Mon col brave et gaillard, comme le chef lavé D'un limaçon d'Avril, qui traîne en mainte sorte Par un trac limonneux le beau palais qu'il porte, Et desur l'herbe tendre errant deçà delà,

Dresse parmy les fleurs les deux cornes qu'il a : Un guerrier de jardins, qui se plaist de rousée, Dont sa ronde maison est par tout arrousée.

Ainsi paroist mon chef, et me sens bien-heureux De faire cest estât si sainct et généreux.

Je ne perds un moment des prières divines : Dés la poincte du jour je m'en vais à matines, J'ay mon bréviaire au poing, je chante quelquefois (Mais c'est bien rarement) car j'ay mauvaise vois : Le devoir du service en rien je n'abandonne, Je suis à Prime, à Sexte, et à Tierce, et à Nonne, J'oy dire la grand'Messe, et avecque l'encent (Qui par l'Esglise espars comme parfum se sent) J'honore mon Prélat des autres l'outre-passe, Ayant pris d'Agenor son surnom et sa race. Apres le tour finy je viens pour me r'assoir : Bref, depuis le matin jusqu'au retour du soir Nous chantons au Seigneur louanges et cantiques, Et prions Dieu pour vous qui estes hérétiques.

Si tous les Predicans eussent vescu ainsi, Le peuple ne fust pas (comme il est) en souci, Les villes de leurs biens ne seroient despouillées, Les chasteaux renversez, les Eglises pillées : Le laboureur sans crainte eust labouré ses champs Les marchez désolez seroient pleins de marchans, Et comme un beau Soleil par toute la contrée De France reluiroit le vieil siècle d'Astrée.

Les Reistres en laissant le rivage du Rhin, Comme frelons armez n'eussent beu nostre vin : Je me plains de bien peu, ils n'eussent brigandée La Gaule qui s'estoit en deux parts desbandée.

Et n'eussent fait rouler avec tant de charrois Dessous un Roi mineur, le trésor des François : Ny les blonds nourrissons de la froide Angleterre N'eussent passé la mer, achetant nostre terre.

Or c'est là, Predicant, l'Evangile et le fruict Que ta nouvelle secte en la France a produit, Rompant toute amitié, et desnoùant la corde Qui tenoit doucement les peuples en concorde.

Tu dis qu'on trouve assez à deviser de moy : Touche là, Predicant, aussi fait-on de toy : Mais tel devis ne peut ny profiter ny nuire : Le Soleil pour cela ne laisse pas de luire Sur ta teste et la mienne, et comme au-paravant Nous regardons le Ciel et respirons le vent. Nous ne sommes meschans pour autant que les hommes Partiaux comme toy, disent que nous le sommes : Mais bien nous sommes tels, quand le remors caché Dedans nostre estomac juge nostre péché : Et pource du commun la vaine mesdisance Ne nous peut offenser, c'est nostre conscience.

Ainsi le Juif accuse un Turc Mahumetain, Et le Turc le Chrestien : mais Dieu juge certain Cognoist les cœurs de tous. Comment un Calviniste Pourroit-il bien juger des actes d'un Papiste, Quand ils sont ennemis? frère, pour abbreger, » Le juge partial ne sçauroit bien juger.

Tu m'estimes meschant, et meschant je t'estime, Je retourne sur toy le mesme faict du crime : Tu penses que c'est mov, je pense que c'est toy : Et qui fait ce discord? nostre diverse foy. Tu penses dire vray, je pense aussi le dire :

Et lequel est trompé? certes tu as le pire : Car tu crois seulement en ton opinion, Mov en la catholique et publique union.

Hà! qui voudroit Cafard, informer de ta vie, On verroit que l'honneur, l'ambition, l'envie, L'orgueil, la cruauté, se paissent de ton cœur, Enwrez de ton sang, comme l'Aigle veinqueur, Dont l'immortelle faim par nulle chair dontée, Se paist incessamment du cœur de Promethée.

Tu n'as pas en changeant d'habits et de sermons, Changé de sang, de cœur, de foy, et de poumons : Et tu monstres assez par ton orde escriture, Que pour changer de loy, n'as changé de nature, Ny ne feras jamais, bien que d'un habit saint Tu caches ta pensée et ton courage feint. » Ainsi le vieil renard tousjours renard demeure, » Bien qu'il change de poil, de place, et de demeure.

Tu dis que je suis gras à l'ombre d'un clocher ; Predicant mon amy, je n'ay rien que la chair, J'ay le front mal plaisant, et ma peau mal traitée Retire à la couleur d'une ame Acherontée : Si bien que si j'avois ces habits grands et Ions, Ces reistres importuns qui battent aux talons, Et qu'on me vist au soir si palle de visage, On diroit que je suis Ministre de village : Pourveu que je portasse une tocque à rebras, Et dessous un bonnet quelquefois de taftas, Quelquefois de velours, pour un signal sinistre Que d'un bon Surveillant on m'auroit fait Ministre.

Tu dis que j'av du bien : c'est donques en esprit, Ou comme le pescheur qui songe en Theocrit,

Ou par opinion riche tu me veux faire : Mais ceux à qui je doy, sçavent bien le contraire. Voudrois-tu point user vers moy de charité? Non, je ne suis point tant contre toy despité, Que je ne prenne bien de l'argent de ton Presche, Pour descharger ton sac si la somme t'empesche.

Tu dis que j'ay gagé ma Muse pour flatter. Nul Prince ny Seigneur ne se sçauroit vanter (Dont je suis bien marry) de m'avoir donné gage : Je sers à qui je veux, j'ay libre le courage, Le Roy, son frère, et mère, et les Princes ont bien Pouvoir de commander à mon luth Cynthien : Des autres je ne suis ny valet ny esclave, Et si sont grands Seigneurs, j'ay l'esprit haut et brave.

Tu dis que j'ay vescu maintenant escolier, Maintenant courtizan, et maintenant guerrier, Et que plusieurs mestiers ont esbatu ma vie. Tu dis vray, Predicant : mais je n'euz onq' envie De me faire Ministre, ou comme toy Cafard, Vendre au peuple ignorant mes songes et mon fard. J'aimerois mieux ramer sur les ondes salées, Ou avoir du labeur les deux mains empoulées, Ainsi qu'un vigneron par les champs incognu, Qu'estre d'un gentilhomme un pipeur devenu.

Tu dis que des Prélats la troupe docte et sainte Au Colloque à Poissy trembla toute de crainte, Voyant les Predicans contre elle s'assembler : Je la vy disputer, et ne la vy trembler, Ferme comme un rocher, qui jamais pour orage Soit de gresle ou de vent ne bouge du rivage, Asseuré de son poix : ainsi sans s'esbranler

Je vy constantement ceste troupe parler.

Respondez Predicans, si enflez d'espérance, Eussiez-vous de Genève osé venir en France, Sans avoir saufconduit escrit à vostre gré? Vous donques aviez peur, non ce troupeau sacré.

Tu dis que j'ay blasmé ceste teste Calvine : Je ne la blasme pas, je blasme sa doctrine : Quant à moy, je le pense un trompeur, un menteur : Tu le penses un Ange, un Apostre, un Docteur, L'appellant la lumière et l'honneur des fîdelles : Si tu l'estimes tant, porte luy des chandelles, Il n'aura rien de moy : par toute nation On cognoist son orgueil et son ambition.

Tu dis que pour jaser et mocquer à mon aize, Et non pour m'amender, j'allois ouyr de Baize.

Un jour estant pensif, me voulant défascher, Passant près le fossé, je l'allay voir prescher : Et là me servit bien la sourdesse bénigne : Car rien en mon cerveau n'entra de sa doctrine. Je m'en retourné franc comme j'estois venu, Et ne vy seulement que son grand front cornu, Et sa barbe fourchue, et ses mains renversées, Qui promettoient le Ciel aux troupes amassées : Il donnoit Paradis au peuple d'alentour, Et si pensoit que Dieu luy en deust de retour.

Je m'eschappay du Presche, ainsi que du naufrage S'eschappe le marchant, qui du bord du rivage Regarde seurement la tempeste et les vens, Et les grands flots bossus escumans et bruyans : Non-pas qu'il soit joyeux de voir la vague perse Porter ses compagnons noyez à la renverse,

Ou de voir le butin, ou les fresles morceaux Du bateau tournoyez sur l'eschine des eaux : Mais dedans son courage une joye il sent naistre, Voyant du bord prochain le danger sans y estre.

Tu dis qu'il me sied mal parler de la vertu : Meschant Pharisien, pourquoy me blasmes tu ? M'estimant ou fumée, ou poussière menue, Que le vent rase-terre emporte dans la nue, Ou ces bulettes d'eau que le pasteur enflant Sa bouche rondement, pour plaisir va soufflant, Ou le jonc d'un estang qui peu ferme se ployé, Et serviteur du vent de tous costez ondoyé?

N'enfle plus ton courage, apprens à l'abbaisser : Donte moy ce gros cœur lequel te fait hausser Le front escervellé, si superbe et si rogue, Comme si tu estois des vertus pédagogue. Predicant mon amy, Dieu n'a pas destourné Ses yeux si loin de nous, qu'il ne nous ait donné Quelque peu de raison. Si toute l'Ambrosie, Tout le Nectar du Ciel t'abbreuve et ressasie, Encore le bon Dieu qui nous daigne escouter, Nous donne quelquefois du pain bis à goûter.

Si ta nouvelle secte en Paradis t'emporte, Pour le moins nostre vieille en pourra voir la porte : Nous pauvres ignorans par la bonté de Dieu, Encore au fond d'un coin trouverons quelque lieu : Car c'est bien la raison que la première place Soit aux Calviniens, comme aux enfans de grâce.

Tu sçais lequel des deux sortit justifié Du temple, où ce vanteur s'estoit glorifié, Et où le Publicain vers la bonté divine

Se confessoit pécheur, et battoit sa poitrine : Ce superbe braveur au sourcil eslevé, Qui chacun mesprisoit, s'en alla reprouvé De Dieu, qui hait une ame ambitieuse et fiere, Et de l'humble pécheur accorda la prière.

Davant que le festu de mes yeux arracher, Des tiens premièrement arrache le rocher, Et devant que blasmer, regarde si ton ame Et si ta conscience est point digne de blâme.

A toy seul n'appartient de parler proprement Comme il faut converser au monde sainctement : C'est un don gênerai qu'à chacun le Ciel offre, Et seulement Calvin ne l'a pas en son coffre.

La vertu ne se peut à Genève enfermer : Elle a le doz ailé, elle passe la mer, Elle s'en-vole au Ciel, elle marche sur terre Viste comme un esclair, messager du tonnerre, Ou comme un tourbillon, qui soudain s'eslevant Erre de fleuve en fleuve, et annonce le vent. Ainsi de peuple en peuple elle court par le monde, De ce grand univers hostesse vagabonde.

Tantost elle se loge où le peuple bruslé Ne voit loin de son chef le Soleil reculé, Dessous le pied duquel craque la chaude arène, Où Phebus se vit pris des beaux yeux de Cyrene.

Tantost elle s'en-va où les champs tapissez De neige, ont les cheveux de glaçons hérissez, Non guère loin de l'antre en horreur effroyable. Que le froid Aquilon a choisi pour estable.

Tantost elle va voir le peuple du matin, Qui a le col orné de l'Indique butin,

Et qui sent le premier desboucler la barrière Aux chevaux du Soleil qui vont prendre carrière.

Tantost elle chemine au peuple d'Occident, Où le Soleil recreu, haletant et pendant, Lasche desur l'oreille à ses chevaux les brides, Et son char baille en garde aux cinquante Phorcydes.

Bref, les peuples du monde ont un don gênerai De sçavoir discerner le bien d'avec le mal, De parler sainctement des choses politiques, De sçavoir gouverner les grandes Republiques, D'embrasser la vertu, d'aimer la vérité : Et non seulement toy, qui plein de vanité, Comme un mignon de Dieu, veux les hommes attraire Sous ombre de vertu, et tu fais le contraire.

Tu dis que si noz Rois ressautoient du tombeau, Ils se diroient heureux de voir le grand flambeau De ta secte allumé par la France oppressée, Et d'y voir de Calvin l'Evangile annoncée.

Hà terre, crevé toy ! qui maintenant jouys De noz Rois, et nous rends cest onziesme Loys, Tel qu'il estoit alors qu'au bout de sa barrette Portoit dedans du plomb nostre Dame portraite.

Crevé toy, rends ce Prince : hà, qu'il seroit marry De voir si laschement l'Eglise de Clery, Sa dévote maison, destruite et saccagée! Ayant souffert l'horreur d'une main enragée, La voyant sans honneur, comme un lieu désolé, Désert, inhabité, que la foudre a brûlé : Ou comme on voit au camp sur le bord des frontières Une grange où logeoient les enseignes guerrières, Sans clef, sans gond, sans porte, et sans feste couvert,

Les pignons embrasez, et tout le mur ouvert, Et la place où Cerés gardoit sa gerbe en presse, Estre pleine de fient, et de litière espesse.

Hà, qu'il seroit marry d'entendre que ses os Arrachez du tombeau, nostre commun repos, Eussent veu derechef par tes mains la lumière, Abandonnez au vent ainsi qu'une poussière! Il se feroit amy du Comte Charolois, Et pour vanger ses oz vestiroit le harnois Contre toy brise-tombe : et sa puissante armée De France chasseroit ta peste envenimée.

Si qu'en lieu qu'on te voit de pompe environné Marcher bragardement, agrafé, boutonné De l'argent d'une tasse, ou de l'or d'un calice, Tu fuirois, vagabond, le sainct œil de Justice : Bien que cent fois le jour ta coulpe et ton remord Te serve de bourreau, et te donne la mort.

Tu te mocques aussi, dequoy ma Poésie Ne suit l'art misérable, ains va par fantasie, Et dequoy ma fureur sans ordre se suivant Esparpille ses vers comme fueilles au vent : Ou comme au mois d'Esté, quand l'atre bien féconde Sent battre de Cerés la chevelure blonde, Et le vaneur my-nud ayant beaucoup secoux Le blé, de-çà de-là dessus les deux genoux, Le tourne et le revire, et d'une plume espesse Sépare les bourriers du sein de la Déesse : Puis d'espaule et de bras efforcez par ahan Fait sauter le froment bien haut dessus le van : Lors les bourriers volans, comme poudre menue, Sans ordre çà et là se perdent en la nuë.

Et font sur le vaneur maint tour et maint retour : L'aire est blanche de poudre, et les granges d'autour : Voila comment tu dis que ma Muse sans bride S'esgare esparpillée où la fureur la guide.

Hà! si tu eusses eu les yeux aussi ouvers A desrober mon art, qu'à desrober mes vers, Tu dirois que ma Muse est pleine d'artifice, Et ma brusque vertu ne te seroit un vice.

En l'art de Poésie un art il ne faut pas Tel qu'ont les Predicans, qui suivent pas à pas Leur sermon sceu par cœur, ou tel qu'il faut en prose, Où tousjours l'Orateur suit le fil d'une chose.

Les Poètes gaillards ont artifice à part, Ils ont un art caché qui ne semble pas art Aux versificateurs, d'autant qu'il se promeine D'une libre contrainte où la Muse le meine :

Ainsi que les Ardans apparoissans de nuit Sautent à divers bonds, icy leur flame luit, Et tantost reluist là, ores sur un rivage, Ores desur un mont, sans tenir un voyage.

As-tu point veu voler en la prime saison L'avette qui de fleurs enrichit sa maison? Tantost le beau narcisse, et tantost elle embrasse Le vermeil hyacinthe, et sans suivre une trasse Erre de pré en pré, de jardin en jardin, Chargeant un doux fardeau de mélisse ou de thin.

Ainsi le bon esprit que la Muse espoinçonne, Porté de la fureur, sur Parnasse moissonne Les fleurs de toutes parts, errant de tous costez : En ce poinct par les champs de Rome estoient portez Le damoiseau Tibulle, et celuy qui fist dire

Les chansons des Grégeois à sa Romaine lyre.

Tels ne furent jamais les versificateurs

Qui ne sont seulement que de mots inventeurs,

Froids, grossiers, et lourdaux, comme n'ayant saisie

L'ame d'une gentille et docte frenaisie :

Tel bien ne se promet aux hommes vicieux,

Mais aux hommes bien nez, qui sont aimez des cieux.

Escoute Predicant tout enflé d'arrogance, Faut-il que ta malice attire en conséquence Le vers que brusquement un Poëte a chanté? Ou tu es enragé, ou tu es enchanté, De te prendre à ma Quinte, et ton esprit s'oublie De penser arracher un sens d'une folie.

Je suis fol, Predicant, quand j'ay la plume en main : Mais quand je n'escry plus, j'ay le cerveau bien sain.

Au retour du Printemps les Muses ne sont sages : Furieux est celuy qui se prend à leurs rages, Qui fait de l'habile homme, et sans penser à luv Se monstre ingénieux aux ouvrages d'autruy.

Certes non plus qu'à moy, ta teste n'est pas saine, Et pource Predicant, faisons une neufaine. Où? à S. Mathurin : car à nous voir tous deux, Noz cerveaux esventez sont bien avertineux.

Tu semblés aux enfans qui contemplent es nues Des rochers, des Geans, des Chimères cornues, Et ont de tel object le cerveau tant esmeu, Qu'ils pensent estre vray l'ondoyant qu'ils ont veu : Ainsi tu penses vrais les vers dont je me joue, Qui te font enrager, et je les en advouë.

Ny tes vers, ny les miens, oracles ne sont pas. Je prends tant seulement les Muses pour esbas :

En riant je compose, en riant je veux lire, Et voila tout le fruit que je reçoy d'escrire : Ceux qui font autrement, ils ne sçavent choisir Les vers qui ne sont nez sinon pour le plaisir : Et pource les grands Rois joignent à la Musique (Non au Conseil privé) le bel art Poétique.

Tu dis qu'au paravant j'estois fort renommé, Et qu'ores je ne suis de personne estimé. Penses-tu que ta secte embrasse tout le monde? Penses-tu que le ciel, l'air, et la terre, et l'onde Se faschent contre moy pour te voir en courroux ? Tu te trompes beaucoup : Dieu est père de tous : Je n'ay que trop d'honneur : certes je voudrois estre Sans bruit et sans renom, comme un pasteur champestre, Ou comme un laboureur, qui de beufs accouplez Repoitrit ses guerets pour y semer les blez.

» Celuy n'est pas heureux qu'on monstre par la rué, » Que le peuple cognoist, que le peuple salue : » Mais heureux est celuy que la gloire n'espoint, » Qui ne cognoist personne, et qu'on ne cognoist point.

A toy des Predicans je quitte les fumées, Les faveurs qui seront dans un an consumées : Car mon esprit se trompe, ou la mère des mois N'aura point r'allumé ses cornes par neuf fois, Qu'errans et vagabons, sans crédit, sans puissance, Je les verray fuitifs et banis hors de France, Huez, siflez, vannez, et comme vieux renards, De citez en citez chassez de toutes parts.

Ce-pendant vous Seigneurs, qui leur donnez entrée En voz maisons, trompez de leur bouche sucrée, Ne croyez pas tousjours à leur simple parler,

Ils voudront à la fin voz plaisirs contrôler : Gardez bien voz enfans,voz bourses, et voz femmes: J'ay veu de tels gallands sortir de grands diffames : Car pour avoir le corps d'un grand reistre empestré, Ils n'ont la main liée, et n'ont le cœur chastré.1

Tu dis que je mourrois accablé de grand'peine Si je voyois tomber nostre Eglise Romaine : J'en serois bien marry : mais quand il adviendroit, Le magnanime cœur pourtant ne me faudroit : J'ay quelque peu de bien qu'en la teste je porte, Oui ne craint ny le vent ny la tempeste forte : Il nage avecques moy, et peut estre le tien Au rivage estranger ne te serviroit rien, Où les gentils cerveaux n'ont besoin de ton Presche.

Non non, mon revenu de partir ne m'empesche : Il n'est pas opulent, ny gras, ny excessif : Mon or n'est monnoyé, ny fondu, ny massif, Je vy en vray Poëte, et la faveur Royale Ne se monstra jamais envers moy libérale : Et si ay mérité de ma patrie autant Que toy faux imposteur qui te bragardes tant.

Tu pipes les Seigneurs d'une vaine apparence, Tu presches seulement pour engraisser ta panse. Tu japes en mastin contre les dignitez Des Papes, des Prélats, et leurs authoritez : Tu renverses noz loix, et tout enflé de songes En lieu de vérité tu plantes tes mensonges, Tes monstres contrefaits, qu'aboyant tu defens, Tes larves qui font peur seulement aux enfans.

Tu as selon ton sens l'Evangile traitée, Tu fais comme tu veux de Jésus un Prothée,

Le tournant, le changeant sans ordre et sans arrest

Selon ta passion, et selon qu'il te plaist :

Tu as un beau parler tout remply de cautelle,

Tu veux tenir l'esprit de Dieu en curatelle,

Tu sçais de l'Evangile avoir pleines les mains,

Tu sçais bien courtiser quelques pauvres nonnains,

Tu sçais bien desfroquer la simplesse d'un moine,

Tu sçais bien joindre au tien de Christ le patrimoine,

Tu as en Paradis le tiers et les deux pars,

Tu en es fils aisné, nous en sommes bastars.

Tu as pour renforcer l'erreur de ta folie, A ton Genève appris quelque vieille homélie De Calvin, que par cœur tu racontes icy : Tu as en l'estomac un Lexicon farcy De mots injurieux, qui donnent à cognoistre Que meschant escolier tu as eu meschant maistre.

Où moy tout eslongné d'imposture et d'abus, Amoureux des presens qui viennent de Phœbus, Tout seul me suis perdu par les rives humides Et par les bois tofus, après les Piérides, Les Muses, mon soucy, qui m'ont tant honoré Que de m'avoir le front de Myrthe décoré : Car pour ton aboyer je ne perds la couronne De Laurier, dont Phœbus tout le chef m'environne Elle ombrage mon front, signal victorieux Qu'Apollon a donté par moy ses envieux.

Aussi tost que la Muse eust enflé mon courage, M'agitant brusquement d'une gentille rage, Je senty dans mon cœur un sang plus généreux, Plus chaut et plus gaillard, qui me fist amoureux.

A vingt ans je choisi une belle maistresse,

Et voulant par escrit tesmoigner ma destresse,

Je vy que des François le langage trop bas

Se trainoit sans vertu, sans ordre ny compas :

Adonques pour hausser ma langue maternelle,

Indonté du labeur, je travaillay pour elle,

Je fis des mots nouveaux, je r'appellay les vieux,

Si bien que son renom je poussay jusqu'aux cieux.

Je fis d'autre façon que n'avoient les antiques Vocables composez, et phrases poétiques, Et mis la Poésie en tel ordre, qu'après Le François s'égala aux Romains et aux Grecs.

Hà que je me repens de l'avoir apportée Des rives d'Ausonie et du rivage Actée : Filles de Jupiter, je vous requiers pardon ! Helas je ne pensois que vostre gentil don Se deust faire l'apast de la bouche hérétique, Pour servir de chansons aux valets de boutique : Apporté seulement en France je l'avois Pour donner passetemps aux Princes et aux Rois.

Tu ne le peux nier : car de ma plénitude Vous estes tous remplis, je suis seul vostre estude, Vous estes tous yssus de la grandeur de moy, Vous estes mes sujets, et je suis vostre loy.

Vous estes mes ruisseaux, je suis vostre fonteine, Et plus vous m'espuisez, plus ma fertile veine Repoussant le sablon, jette une source d'eaux D'un surgeon éternel pour vous autres ruisseaux.

C'est pourquoy sur le front la couronne je porte, Qui ne craint de l'hyver la saison tant soit morte, Et pource toute ronde elle enfourne mon front : Car rien n'est excellent au monde s'il n'est rond.

Le grand ciel est tout rond, la mer est toute ronde, Et la terre en rondeur se couronne de l'onde, D'une couronne d'or le Soleil est orné, La Lune a tout le front de rayons couronné, Les Rois sont couronnez: heureuse est la personne Qui porte sur le front une riche couronne.

O le grand ornement des Papes et des Rois, Des Ducs, des Empereurs! Couronne, je voudrois Que le Roy couronné eust sur ma teste mise La mitre d'un Prélat, couronne de l'Eglise : Lors nous serions contents : toy de me voir tondu, Moy de jouyr du bien où je n'ay prétendu.

Apres comme un flateur tu dis que par ma rime J'offense de Condé le Prince magnanime, Et veux qu'un tel Seigneur s'aigrisse contre moy Le faisant ou Tyran, ou Tygre comme toy.

J'atteste l'Eternel qui tout voit et regarde (Et si je suis menteur je luy suppli' qu'il darde Sa foudre sur mon chef) si jamais je pensé De rendre par mes vers un tel Prince offensé : A qui je suis tenu de rendre obéissance, A qui j'ay dédié ma plume et ma puissance, Qui m'aime et me cognoist, et qui a maintefois Estimé mes chansons devant les yeux des Rois, Qui est doux et bénin, nay de bonne nature, Qui a l'esprit gaillard, l'ame gentille et pure, Qui cognoistra bien tost, tant il est Prince bon, Les maux que ton orgueil a commis sous son nom.

Or quand Paris avoit sa muraille assiégée, Et que la guerre estoit en ses fauxbours logée, Et que les morions et les glaives tranchans

Reluisoient en la ville et reluisoient aux champs, Voyant le laboureur tout pensif et tout morne, L'un trainer en pleurant sa vache par la corne, L'autre porter au col ses enfans et son lit : Je m'enferme trois jours renfrongné de despit, Et prenant le papier et l'encre de colère, De ce temps malheureux j'escrivy la misère, Blasmant les Predicans qui seuls avoient presché Que par le fer mutin le peuple fust tranché : Blasmant les assasins, les volleurs, et l'outrage Des hommes reformez, cruels en brigandage, Sans souffrir toutefois ma plume s'attacher Aux Seigneurs dont le nom m'est vénérable et cher.

Je ne veux point respondre à ta Théologie, Laquelle est toute rance et puante et moisie, Toute rapetassée et prinse de l'erreur Des premiers séducteurs, insensez de fureur. Comme un pauvre vieillard qui par la ville passe Se courbant d'un baston, dans une poche amasse Des vieux haillons qu'il trouve en cent mille morceaux L'un dessus un fumier, l'autre près des ruisseaux, L'autre près d'un esgout, et l'autre dans un antre Où le peuple artisan va descharger son ventre : Apres en choisissant tous ces morceaux espars, D'un fil gros les ravaude et coust de toutes pars, Puis en fait une robe, et pour neuve la porte : Ta secte Predicant, est de semblable sorte.

Or bref il me suffit de t'avoir irrité : Comme un bon laboureur qui sur la fin d'Esté Quand desja la vendange à verdeler commence, De peur que l'escadron des freslons ne l'offence,

RESPONSE A QUELQUE MINISTRE 3o3

De tous costez espie un chesne my-mangé Où le camp résonant des freslons est logé : Puis en prenant de nuict un gros fagot de paille, D'un feu noir et fumeux leur donne la bataille : La flarae et la fumée entrant par les naseaux De ces soldars ailez irrite leurs cerveaux, Oui frémissent ainsi que trompettes de guerre, Et de colère en vain espoinçonnent la terre.

Mais toy (comme tu dis) qui as passé tes ans Contre les coups d'estoq des hommes mesdisans, Qui as un estomac que personne n'enfonce, Tu pourras bien souffrir ceste douce responce : Car ton cœur est plus dur qu'un corselet ferré Qui garde l'estomac du soldat assuré.

Atant je me tairay : mais devant je proteste Que si horriblement ton erreur je déteste, Que mille et mille morts j'aime mieux recevoir, Que laisser ma raison de ton fard décevoir. Au reste j'ay releu ta vilaine escriture Ainsi que d'un boufon facond à dire injure, Ou d'une harangere assise à Petit-pont, Qui d'injures assaut et d'injures respond. Hà, que tu monstres bien que tu as le courage Aussi sale et vilain qu'est vilain ton langage !

Toutefois à bon droit je me veux estimer Dequoy par tes brocards tu m'as daigné blâmer, Comme seul n'endurant ta mesdisance amere :

Ceste Royne qui est de nostre Prince mère, A souffert plus que moy, quand aux premiers Estas Jaloux de sa grandeur, tu ne la voulois pas.

Ce Roy des Navarrois a senty l'amertume

De ta langue qui fait de mesdire coustume, Quand l'ayant par despit de Paradis bany, Or' l'appellois Caillette, or' l'appellois Thony! Quoy ? ne faisois-tu pas à mode d'estriviere Pour ce Roy l'autre année au Presche tes prières? Tantost ne priant pas, tantost priant pour luy, Selon qu'il t'apportoit ou profit ou ennuy ?

Mesmes j'entens desja que ta malice pince De brocards espineux ce magnanime Prince, Ce Seigneur de Condé, et le blasmes dequoy Il ne se monstre Tygre à ceux de nostre loy. Je suis donques heureux de souffrir tels outrages, Ayant pour compagnons de si grands personnages.

Or tu as beau gronder pour r'assaillir mon fort, Te gourmer et t'enfler comme autrefois au bort La grenouille s'enfla contre le beuf, de sorte Que pour trop se boufer, sur l'heure creva morte. Tu as beau répliquer pour respondre à mes vers, Je deviendray muet : car ce n'est moy qui sers De bateleur au peuple, et de farce au vulgaire : Si tu en veux servir, tu le pourras bien faire. Ce-pendant je priray l'éternelle bonté Te vouloir re-donner ton sens et ta santé.

Mais avant que finir, enten race future Et comme un testament garde ceste escriture, Ou soit que les destins à nostre mal constans, Soit que l'ire de Dieu face régner long temps Ceste secte après moy, race je te supplie Ne t'insense jamais après telle folie : Et relisant ces vers, je te pri' de penser Qu'en Saxe je l'ay veuë en mes jours commencer.

RESPONSE A QUELQUE MINISTRE 3o5

Non comme Christ la sienne : ains par force et puissance Dessous un apostat elle prist sa naissance : Le feu, le sang, le fer en sont le fondement : Dieu vueille que la fin en arrive autrement, Et que le grand flambeau de la guerre allumée Comme un tison de feu se consume en fumée.

GLOSSAIRE

Acertener, garantir, rendre sûr.

Achée, ver de terre.

Acheronté, qui sort de l'enfer.

Actée rivage, de l'Attique.

Adiré, égaré.

Aigle (p. 186), qui ronge le foie de

Prométhée.

Aigu, partie pointue.

Alcée, chassa par ses vers les tyrans des villes de Grèce.

Alcade, Hercule.

Amante l', Sapho.

Ambrosine viande, ressemblant à l'ambrosie (ou ambroisie), nourriture des dieux qui rendait immortels ceux qui en mangeaient.

Amphryse, fleuve de Thessalie.

Anacréon, ou plutôt le pseudo- Anacréon publié par Henri Estienne (p. i5o,). Angelot, monnaie d'or.

Annot, Aune de Montmorencv.

Arate, poète grec.

Ardeine (forest D'),au cliant I du

Roland furieux.

Ardantement, avec ardeur.

Arène, sable.

Argenteuse science, la médecine plus profitable que le barreau (p. 1S9).

Asperges, goupillon.

Astolphe, personnage du Roland

furieux.

Astre, favorisé.

Atant, bientôt après.

Atterrer, mettre en terre.

Ausonie, l'Italie.

Avertineux, lunatique.

Avette, abeille.

Baciet ou vaciet, jacinthe.

Banquetage, table.

Bellot, Du Bellay.

Blandissant, flatteur.

Blasonner, critiquer.

Bletiere, qui fait pousser les blés.

Bon-pere, (p. 17 1), Bacchus.

Bourrier, paille qui entoure le grain sur l'épi.

Bragard, vantard.

Bragardement, avec un air arrogant.

Brehaigne, stérile.

Brigade, ou Pléiade.

Buye, pichet, pot à eau.

Caballin coupeau, le coteau où le cheval Pégase, frappant du pied, fit jaillir une fontaine.

Canellé crespe, voile plissé.

Capelan, chapelain, dignité ecclésiastique au-dessous de celle de chanoine.

Carolle, danse.

GLOSSAIRE

Cautelle, malice.

Ces= ses en plusieurs endroits, reste

d'anciennes graphies.

Cerne, cercle.

Ceste, gantelet.

Chalemie, chalumeau.

Charlot, le cardinal Charles de Lorraine.

Charton, conducteur de char.

Ches.neteau, jeune chêne.

Cheval (le), (p. 170), Pégase.

Chevalin crystal, fontaine de Pégase.

Chevrette, musette.

Cointement, d'une façon mignarde.

Colom ou colomb, pigeon.

Constantement, constamment.

Contre-fil (a), à rebours.

Contre-mont, de bas en haut.

Corme, cormeille, fruit du sorbier.

Cosser, heurter de la corne.

Couleureux, en forme de couleuvre.

Couraye, courroie.

Cynthien, d'Apollon honoré à Cynthe, dans l'île de Délos.

Cystre, sorte de mandoline.

Dauliennes, Procné et Philomele.

Desbord, inondation.

Desfacher (se), prendre du bon temps.

Deshalé, mort de faim.

Dessommeiller, réveiller.

Deux-fois-né, Bacchus.

Devin (parler au), employer la magie.

Dianette, Diane de Poitiers.

DODONÉENS GERMES, fruits des

chênes ou des hêtres de Dodone,

située en Epire.

Double mont, le Parnasse.

Drillant, brillant.

Embesongné, occupé.

Encourtiner, recouvrir.

Engraveure, partie gravée.

Entrecoupement, dentelure ou bien

contraste.

ESCARBOUCLEZ DOIGTS (p. 2~J0), la

pierre de l'anneau épiscopal est une escarboucle. Ronsard serait donc évêque.

Eslourdi, alourdi.

Evien père, Bacchus.

Fantastiquer, imaginer.

Favones, vents qui favorisent la

germination.

Festier, donner des fêtes.

Feuvre, forgeron.

Flageol, flageolet.

Fleuve courbe, le Styx, qui faisait

neuf fois le tour des enfers.

Flus, jeu de cartes.

Foace, sorte de gâteau à pâte

épaisse.

Gadille, rouge-gorge, Grégeoise langue, le grec.

Gresset, grenouille. Grève, jambe.

Guinier, cerisier à gros fruits, d'un

rouge foncé.

Hain, hameçon.

Harigot, flûte.

Harsoir, hier soir.

Haut-louer, célébrer, vanter.

Hercueil, Arcueil.

Hospital (p. 174), hospitalier.

Ibérien, espagnol.

Idole, ombre, fantôme.

Idumées terres, la Palestine.

Indique butin, les perles.

.Jaunissant, en or (p. 2o5).

Jazard, bavard. * Lambrunche, vigne sauvage.

Lame, pierre tombale.

Lerelot, refrain de chanson rustique.

Lexicon, recueil.

Libitine, la Mort.

Lineature, traits du visage.

Loire, cornemuse.

Luton, lutin.

Manicles, menottes.

Mars (fleurette de), violette.

Martes, jeu d'osselets.

GLOSSAIRE

Melissete, abeille (se dit en grec melissa).

Mercerie, marchandise.

Mielliere mouche, abeille.

Moleste, pénible à supporter.

MoMiMER, lamenter en gesticulant.

Moyne défroqué, Luther.

Musine troupe, la Pléiade.

My-beus, ivres à demi. — Les éditeurs modernes ont lu : my-beufs !

Nepenthe, sorte d'herbe.

Neuvaine trope, les Muses.

Nie, nid.

Noble (p. 206), monnaie d'or.

Oblivieux, qui fait oublier.

Ocieux, oisif, paresseux.

Oeuvre est souvent du masculin au xvie siècle.

Oiseau dont le chant annonce la pluie, la grue.

Orailles, oreilles.

Ores, ores, tantôt, tantôt.

Ortyge, ancien nom de Délos, patrie de Diane et d'Apollon.

Oste-soif eschanson, Ganymède.

Osture, engeance ?

Ouillet, œillet.

Outre-passe, le meilleur.

Paistre, nourrir, élever.

Paphien myrthe, de Paphos en l'île de Chypre.

Parquet, salle où l'on plaide.

Pasithée, une des trois Grâces, appelée aussi Euphrosvne.

Past, repas, nourriture.

Pelisse, harcelé, mordu.

Penthois, haletant.

Pepineux, plein de pépins.

Pepon, melon.

Perdurable, immortel.

Perrot, Pierre de Ronsard.

Phorcydes, les Gorgones.

Piérides, les Muses.

Plante, pied.

Poitrir, pétrir.

Poliot, plante aromatique.

Pommeler, avoir, prendre la forme ronde.

Pompon, melon.

Portugaloise, monnaie d'or.

Poste, courrier.

Pour-neant, en vain.

Pourperette, un peu rouge.

Pourpré sénat, une cour de Parlement.

Pregnant, pressant, qui produit.

Première, sorte de danse.

Prime, jeu de cartes.

Primes cheveux, très déliés.

Prothée (p. 6i), pour Promethée.

— En 1584 et 1387, Ronsard a refait le vers pour corriger son erreur.

Recamé, brodé.

Recoy, repos, tranquillité.

Regringoté, fredonné.

Reistre, grande tunique portée par les Allemands.

Remirer, contempler longuement.

Retanser, gronder.

Rhapsode, poète.

Ronciere, lieu inculte, plein de ronces.

Rongeard, qui dévore, qui ronge.

Rouelle, rondelle.

Sagette, flèche, trait.

Sempervive, la joubarbe, ou triquemadame.

Serener, faire briller.

Soldan, soudan.

Souloir, avoir coutume.

Sourçoyer, jaillir.

Sourdesse, surdité.

Surgeon, source.

Surgeres, Hélène de. — Fille de Renée de Parthenay et de René, baron de Surgeres. Le grandpère de ce dernier, Rodrigue de Fonseca. avait épousé, vers le milieu du xve siècle, Louise de Clermont-Surgeres. (Comm. de M. Fleurv-Vindry.)

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GLOSSAIRE

Tapon, bouchon.

Targe, bouclier, protection.

Teiexne lyre, Anacréon, né à Téos.

Tertre au double front, le Parnasse.

Thenot, Antoine Baif.

Tortue, lyre.

Tourbe, foule.

Tourtre, tourterelle.

Trafioueur, facteur.

Trepillant, sautant à petits bonds.

Trochet, bouquet de fruits.

Truage, taxe, impôt.

Venteuse jambe, rapide comme le

vent.

Verdeler, reverdir. Verdureux, plein de verdure.

Voleur (p. 69), qui vole dans les

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