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LES AMOURS

Il est curieux de constater que Ronsard, quand il réunit ses Œuvres, en l56o, (un premier essai avait déjà été tenté en l557 par un libraire de Rouen, avec ou sans l'assentiment du poète), ne plaça point au premier rang celle qui chronologiquement fut la première : les Odes. Et ne peut-on voir là quelque imitation des éditions contemporaines des poètes italiens ? Si les Rime de Bernardo Tasso, rééditées en cette même année l56o, sont hors de cause, nombreux étaient les cinquecentisti qui, depuis Luigi Alamanni, en l532, faisaient précéder leurs Canzone et leurs Odi de sonnets fort nombreux.

Les Amours, tels qu'ils parurent à la fin de l552, en vertu d'un privilège du 6 Septembre, sont un recueil de cent quatre-vingttrois Sonnets, suivis d'une Chanson, d'une Amourette, du Cinquiesme livre des Odes, tout différent du Bocage des Odes de l55o, et se terminent par un Sonet à son Livre.

Une seconde édition, quelque peu augmentée, mais où les onze Odes de l55o font place à quatre autres odes fut « achevée d'imprimer le 24 Mai i553 ». Le texte de Ronsard était ici accompagné des commentaires de Muret, fort utiles pour les lecteurs du XVIe siècle, et devenus indispensables pour ceux du XXe.

Cette seconde édition, débarrassée des commentaires, reparut en tête de l'édition rouennaise de 155J et ce sont les mêmes sonnets, avec de nombreuses variantes, quelques additions et quelques retranchements, qui constituent Le Premier livre des Amours dans toutes les éditions qui suivirent, de l56o à 087. On les appelle,

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

de coutume, Amours de Cassandre, et bien à tort, car, ainsi que le plus grand nombre des vers amoureux du xvie siècle, en Italie, en France, en Espagne ou en Angleterre, ils ne se rapportent à aucun visage féminin auquel l'histoire puisse donner un nom. Ce n'est pas que nous niions l'existence de Cassandre Salviati ou que nous estimions que Ronsard fût d'une bien farouche vertu; mais il est difficile, impossible même, de croire à sa sincérité si nous accordons à ses déclarations d'amour la moindre réalité : ce furent des jeux non point proprement rustiques, mais passe-temps littéraires.

Le Bocage qui fut « achevé d'imprimer le 27 Novembre l554 », renfermait un groupe de douze sonnets nouveaux, précédant une Elégie à Cassandre qui montre à merveille le convenu de ces premières oeuvres. Et, quelques mois plus tard, Ronsard publiait la Continuation des Amours, mince volume de 92 pages dont les quarante-trois premières sont remplies de sonnets divisés en trois groupes : 27 « Sonnets en vers heroiques », 12 « Sonetz en vers de dix à onze syllabes », 3o « Sonetz en vers Heroiques » et, parmi ces derniers, figurait un Ouinzain en l'honneur de Cassandre.

Ce recueil était, dès l556, suivi parla Nouvelle Continuation des Amours, et le tout : Amours, Continuation et Nouvelle Continuation des Amours, Bocage (auquel se joignirent les Meslanges « achevés d'imprimer le 22 novembre l554 ») reparut en l557, chez Nicolas le Rous, en un seul volume.

Nous avons à dessein mentionné plusieurs fois déjà ce premier essai d'édition collective, car il fut le prototype du premier volume des Œuvres de l56o : au livre premier des Amours s'adjoignait pour la première fois un livre second qui n'était autre qu'un nouveau Meslange formé par la combinaison des quatre recueils de l555 et l556. Ronsard venait de lire le pseudo-Anacréon, ainsi que les poésies latines d'un Hellène fixé en Italie, Marulle, et son enthousiasme pour ces œuvres factices le porta à composer une œuvre non moins factice, mais à laquelle son génie sut donner un

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

charme qui agit encore sur nous à la veille du quatrième centenaire de sa naissance.

Nous avons raconté longuement ailleurs ' l'histoire de ce second livre qui, dès sa formation, en l56o, fut commenté par Remy Belleau : qu'il nous suffise de dire ici que ce ne fut qu'en ID78 qu'il se termina par la note « Fin de la première Partie des Amours de Marie Angevine ».

Il faut en faire notre deuil : cette Marie qu'ont chantée à l'envi les biographes de Ronsard en nous fournissant sur son existence, sur son nom même, des précisions inquiétantes, cette Marie n'est plus pour nous que l'écho du nom de Maria que célébrait Manille et ne nous présente pas, quand nous ouvrons les premières éditions, des traits plus précis que cette Janne, célébrée dans trois sonnets et que nous voyons paraître dans les Odes, alors que Marie en est absente.

N'essayons point de donner un nom à ces visages, à ces formes féminines qui hantèrent l'imagination plus que le cœur de Ronsard.

Et c'est précisément dans cette édition de 078, dont nous suivons le texte, édition entreprise pour rivaliser avec Desportes, que le Second livre des Amours subit la plus complète des transformations.

Diane et Hippolyte commençaient à être célèbres : Ronsard voulut que sa Cassandre ne resta point isolée ; aussi transforma-t-il, le second livre de ses Amours en un hymne à Marie, alors que, de l56o à 1672, ce second livre avait été un hymne à l'amitié et à la beauté, ce dont le lecteur moderne, pour qui les éditions originales sont lettre close, ne peut guère se rendre compte. En effet, M. Blanchemain a suivi l'édition posthume de ID87 (ou quelqu'une de ses réimpressions) et M. Marty-Laveaux a reproduit l'in-folio de 1584. Ces deux éditions accentuent encore le dessein de Ronsard: faire croire à la postérité, que, dans sa vie amoureuse, une femme passa qui se nommait Marie et qui aurait été l'objet du plus vif de ses amours, encore que bien éphémère.

Ce n'est pas ici le lieu d'insister plus, mais nous renvoyons avec confiance le lecteur qui aura vu sa curiosité piquée par les textes

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