II. LIVRE DES AMOURS l
Je sens en ce mois si beau
Le flambeau D'Amour qui m'eschaufe l'ame, Y voyant de tous costez
Les beautez Qu'il emprunte de ma dame.
Quand je voy tant de couleurs
Et de fleurs Qui esmaillent un rivage, Je pense voir le beau teint,
Qui est peint Si vermeil en son visage.
Quand je voy les grands rameaux
Des ormeaux, Oui sont lassez de lierre, Je pense estre pris es latz
De ses bras, Et que mon col elle serre.
Quand j'entens la douce vois
Par les bois Du gay Rossignol qui chante, D'elle je pense jouyr,
Et ouyr Sa douce voix qui m'enchante.
Quand Zephire meine un bruit Qui se suit Au travers d'une ramée,
Des propos il me souvient
Que me tient La bouche de mon aimée.
Quand je voy en quelque endroit
Un Pin droit, Ou quelque arbre qui s'esleve, Je me laisse décevoir,
Pensant voir Sa belle taille et sa grève.
Quand je voy dans un jardin Au matin S'esclorre une fleur nouvelle, J'accompare le bouton
Au teton De son beau sein qui pommelle.
Quand le Soleil tout riant D'orient Nous monstre sa blonde tresse, Il me semble que je voy Pies de moy Lever ma belle maistresse.
Quand je sens parmy les prez Diaprez Les fleurs dont la terre est pleine, Lors je fais croire à mes sens,
Que je sens La douceur de son haleine.