II. LIVRE DES AMOURS l
Bref je fais comparaison Par raison Du Printemps et de m'amie :
Il donne aux fleurs la vigueur,
Et mon cœur D'elle prend vigueur et vie.
Je voudrois au bruit de l'eau
D'un ruisseau Desplier ses tresses blondes, Frizant en autant de nœuds
Ses cheveux, Que je verrais frizer d'ondes.
Je voudrois pour la tenir, Devenir Dieu de ces forests désertes, La baisant autant de fois,
Qu'en un bois Il y a de fueilles vertes.
Ha maistresse, mon soucy, Vien icy, Vien contempler la verdure :
Les fleurs de mon amitié
Ont pitié, Et seule tu n'en as cure.
Au moins levé un peu tes yeux Gracieux, Et voy ces deux colombelles,
Oui font naturellement
Doucement L'amour du bec et des ailes :
Et nous sous ombre d'honneur, Le bon heur • Trahissons par une crainte :
Les oiseaux sont plus heureux
Amoureux, Qui font l'amour sans contrainte.
Toutesfois ne perdons pas
Noz esbats Pour ses loix tant rigoureuses :
Mais si tu m'en crois vivons,
Et suivons Les colombes amoureuses.
Pour effacer mon esmoy
Baise moy, Rebaise moy ma Déesse :
Ne laissons passer en vain
Si soudain Les ans de nostre jeunesse.