‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 65 sur 75 · ANIMALITÉ, HUMANITÉ · texte numérisé non relu

ANIMALITÉ, HUMANITÉ

grès est précisément la loi naturelle fondamentale et exclusivement inhérente à l'humaine société.

En réagissant sur lui-même et sur le milieu social dont il est, comme je viens de le dire, le produit immédiat, l'homme, ne l'oublions Jamais, ne fait donc autre chose qu'obéir encore à des lois naturelles qui lui sont propres, et qui agissent en lui avec une implacable et irrésistible fatalité. Dernier produit de la nature sur la terre, l'homme en continue, pour ainsi dire, par son développement individuel et social, l'œuvre, la création, le mouvement et la vie. Ses pensées et ses actes les plus intelligents, les plus abstraits, et, comme tels, les plus éloignés de ce qu'on appelle communément la nature, n'en sont rien que des créations ou des manifestations nouvelles. Vis-à-vis de cette nature universelle, l'homme ne peut donc avoir aucun rapport extérieur ni d'esclavage, ni de lutte, car il porte en luimême cette nature et n'est rien en dehors d'elle. Mais en étudiant ses lois, en s'identifiant en quelque sorte avec elles, les transformant par un procédé psychologique, propre à son cerveau, en idées et en convictions humaines, il s'émancipe du triple joug que lui imposent, d'abord la nature extérieure, puis sa propre nature ( us individuelle intérieure, et enfin la société dont il est le produit.

Après tout ce qui vient d'être dit, il me paraît évident qu'aucune révolte contre ce que j'appelle la

causalité ou la nature universelle n'est possible à l'homme : elle l'enveloppe, elle le pénètre, elle est aussi bien en dehors de lui qu'en lui-même, elle constitue tout son être. En se révoltant contre elle, il se re'volterait contre lui-mcme. Il est e'vident qu'il est impossible à l'homme de concevoir seulement la velléité' et le besoin d'une pareille révolte, puisque, n'existantpasendehors de la nature universelle et la portant en lui-même, se trouvant à chaque instant de sa vie en pleine identité avec elle, il ne peut se considérer ni se sentir vis-à-vis d'elle comme un esclave. Au contraire, c'est en étudiant et en s'appropriant pour ainsi dire par la pensée les lois éternelles de cette nature, — lois qui se manifestent également et dans tout ce qui constitue son monde extérieur et dans son propre développement individuel : corporel, intellectuel et moral, — qu'il parvient à secouer successivement le joug de la nature extérieure, celui de ses propres imperfections naturelles, et, comme nous le verrons plus tard, celui d'une organisation sociale autoritairement constituée.

Mais alors comment a pu surgir dans l'esprit de l'homme cette pensée historique de la séparation de l'esprit et de la matière? Comment a-t-il pu concevoir la tentative impuissante, ridicule, mais également historique, d'une révolte contre la nature? Cette pensée et cette tentative sont contemporaines de la création historique de l'idée de Dieu; elles en ont été la conséquence nécessaire. L'homme n'a entendu d'abord sous ce mot « nature » que ce que nous

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