ANIMALITÉ, HUMANITÉ 29I
sa propre nature ? Au contraire, c'est par la connaissance et par l'observation la plus respectueuse et la plus scrupuleuse de ces lois qu'il parvient, non seulement à s'émanciper successivement du joug de la nature exte'rieure, mais encore à l'asservir, au moins en partie, à son tour.
Mais l'homme ne se contente pas de cette action sur la nature proprement extérieure. En tant qu'intelligence, capable de faire abstraction de son propre corps et de toute sa personne, et de la considérer comme un objet extérieur, l'homme, toujours poussé par une nécessité inhérente à son être, applique le même procédé, la même méthode, pour modifier, pour corriger, pour perfectionner sa propre nature. Il est un joug naturel intérieur que l'homme doit également secouer. Ce joug se présente à lui d'abord sous la forme de ses imperfections et faiblesses ou même de ses maladies individuelles, tant corporelles qu'intellectuelles et morales; puis sous la forme plus générale de sa brutalité ou de son animalité mise en regard de son humanité, cette dernière se réalisant en lui progressivement, par le développement collectif de son milieu social.
Pour combattre cet esclavage intérieur, l'homme n'a également pas d'autre moyen que la science des lois naturelles qui président à son développement individuel et à son développement collectif, et que l'application de cette science tant à son éducation individuelle (par l'hvgiène, par la gymnastique de son corps, de ses affections, de son esprit et de sa
volonté, et par une instruction rationnelle) qu'à la transformation successive de l'ordre social. Car non seulement lui-même, considère comme individu, mais son milieu social, cette société humaine dont il est le produit immédiat, n'est à son tour rien qu'un produit de l'universelle et omnipotente nature, au même titre et de la même manière que le sont les fourmilières, les ruches, les républiques des castors et toutes les autres espèces d'associations animales; et de même que ces associations se sont incontestablement formées et |ic4 vivent encore aujourd'hui conformément à des lois naturelles qui leur sont propres, de même la société humaine, dans toutes les phases de son développement historique, obéit, sans qu'elle s'en doute elle-même pour la plupart du temps, à des lois qui sont tout aussi naturelles que les lois qui dirigent les associations animales, mais dont une partie au moins lui sont exclusivement inhérentes. L'homme, par toute sa nature tant extérieure qu'intérieure, n'est autre chose qu'un animal qui, grâce à l'organisation comparativement plus parfaite de son cerveau, est seulement doué d'une plus grande dose d'intelligence et de puissances affectives que les animaux des autres espèces. La base de l'homme, considéré comme individu, étant par conséquent complètement animale, celle de l'humaine société ne saurait être autrement qu'animale. Seulement, comme l'intelligence de l'homme-individu est progressive, l'organisation de cette société doit l'être aussi. Le pro-