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pendante appele'e à se gouverner elle-même. « Vous » sortez de la commune », dit-elle ; « c'est dans son » sein que s'est faite l'éducation de votre vie » ; et cela est vrai : mais rétrograderiez-vous vers la vie de l'enfance, lui donneriez-vous la préponde'rance sur la vie de l'âge viril, sous le prétexte qu'avant d'être hommes vous avez été enfants ? »
En transcrivant ces lignes de l'illustre proscrit, ma pensée se reporte à ces doux souvenirs du premier âge, qui rendent sainte aux âmes sensibles la terre où s'est passée notre enfance : les tendres caresses maternelles, le sourire de l'amour, les douces études ; puis les premières aspirations de liberté, les entretiens à voix basse, les ententes secrètes, les missives mystérieuses de Mazzini qui, avec le magique nom de Patrie, nous mettaient la fièvre dans le sang; les persécutions, les prisons, les batailles I — Est-il possible que l'Internationale demande à l'Italien, pour être citoyen du monde, d'oublier l'azur de son ciel, la verdure de ses campagnes, la magnificence de ses cités, les œuvres admirables de ses ancêtres ? alors, elle devrait donc demander à l'homme qu'avant de s'appeler humanitaire, il redescendît au niveau de la brute ? — Non, non, Maître ! l'Internationale ne demande pas à ses adhérents de ne pas voir ce qu'ils ont tous les jours sous les yeux, d'oublier ce qui est constamment dans leur pensée, de ne pas sentir ce qui est gravé dans leur cœur. Votre patrie est esclave ? que ses fils s'insurgent, et l'Internationale prêchera une croisade
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par-dessus les Alpes pour les aider. L'Internationale croit à la liberté, et combat l'autorité de quelque nom qu'elle s'appelle, sous quelque forme qu'elle s'enveloppe ; elle croit à la fraternité, et elle inculque à ses prosélytes la destruction des frontières. Qu'est-ce donc que la nation, sinon le despotisme et la guerre? Pourquoi aurions-nous le percepteur et le gendarme, si nous n'avions pas à Rome un gouvernement, qui, républicain ou monarchique, concentre dans ses mains la puissance et la volonté des multitudes ; pourquoi aurions-nous une armée de douaniers et de soldats, si les Alpes ne mettaient pas une barrière entre des hommes destinés à s'aider réciproquement et à s'aimer? Peut-on s'imaginer une nation sans une capitale qui s'impose aux villes et aux communes, sans un gouvernement autoritaire qui s'impose aux individus et aux groupes, sans une frontière qui enlève au travail des millions de bras pour en faire un obstacle aux échanges et d'épouvantables instruments de ruine et de carnage? Est-il possible de concilier l'idée de nation avec celle de fraternité et de liberté?
L'Internationale, dit Mazzini, substitue à la nation la commune, la commune indépendante appelée à se gouverner elle-même. Non, non ; l'Internationale substitue à la nation quelque chose de plus rationnel, quelque chose de plus important que la commune : l'individu, qui s'unissant librement à d'autres individus, constitue la commune, pour
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continuer par la fédération des communes situées dans une même région, et arriver à la fédération de l'humanité. Est-ce là rétrograder? Est-ce faire prévaloir l'enfance sur l'âge viril, seulement parce qu'avant d'être homme on a été enfant, — ou ne faut-il pas considérer un semblable programme comme l'expression du but final des plus saintes aspirations de l'homme? La solidarité de la famille humaine serait-elle, au dix-neuvième siècle, un rêve de malade?
L'Internationale — continue encore Mazzini — est « la négation de toute propriété individuelle, c'est-à-dire de tout stimulant à la production, en dehors de celui de la nécessité de vivre. La propriété, quand elle est la conséquence du travail, représente l'activité du corps, de l'organisme, comme la pensée représente celle de l'âme : c'est le signe visible de notre participation dans la transformation du monde matériel, comme nos idées, nos droits de liberté et d'inviolabilité de la conscience sont le signe de la part que nous prenons à la transformation du monde moral. Qui travaille et produit a droit aux fruits de son travail : c^est en cela que réside le droit de propriété 1
« Et si la plus ou moins grande activité dans le travail — c'est toujours Mazzini qui parle — est une source d'inégalité, cette inégalité matérielle est un gage d'égalité morale, conséquence du principe que tout homme doit être rétribué à proportion de son œuvre : recevoir autant qu'il l'a mérité. Il faut
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tendre à la cre'ation d'un ordre de choses dans lequel la propriété ne puisse pas devenir un monopole et ne provienne d l'avenir que du travail, d'un ordre dans lequel, quant à pre'sent, les lois tendront à diminuer graduellement sa concentration permanente en un petit nombre de mains et se serviront de tous les moyens équitables pour en faciliter la transmission et la répartition. »
Depuis que l'homme cherche les éléments de la justice dans les institutions sociales, la question du tien et du mien a été une de celles qui ont le plus ardemment passionné l'esprit humain. De Moïse à Napoléon, de Philippe de Macédoine à Thiers, de Platon à Troplong, une armée innombrable d'intelligences a livré la plus obstinée des batailles sur le terrain ensanglanté de la propriété. D'une part le droit et la morale, de l'autre l'opportunité et la force ; d'une part la rapine, de l'autre le sophisme. Pour qui sera la victoire ?
Le socialisme n'a pas dit encore son dernier mot, mais ni le socialisme ni l'Internationale ne nient, comme le prétend Mazzini, toute propriété individuelle. Et comment pourraient-ils le faire, puisque ceux qui combattent le plus vivement la propriété individuelle du sol trouvent l'argument le plus fort à l'appui de leurs théories dans la nécessité indiscutable que tout individu ait un droit absolu de propriété sur les choses qu'il a produites ? Comment le pourraient-ils, si ce qui est un des axiomes de Mazzini, à savoir que « qui travaille et produit a