‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 12 sur 23 · L INTERNATIONALE ET MAZZINI · texte numérisé non relu

L INTERNATIONALE ET MAZZINI

droit aux fruits de son travail », constitue un des pivots fondamentaux de leurs théories sociales?

L'accusation lance'e contre les socialistes, d'être les ennemis de la proprie'te', n'est pas nouvelle ; mais il serait temps, enfin, qu'avant de la faire siffler à nos oreilles comme une malédiction et une menace, on nous dît une bonne fois si, à notre époque, la justice est la base et l'esprit des rapports sociaux ; qu'on nous dît si, pour nous combattre et pour éveiller contre nous les ressentiments d'un préjugé imbécile, il faut que nos ennemis aient toujours recours aux arguments de la déloyauté et du mensonge.

Par ces paroles, je ne fais pas allusion à Mazzini. L'affection et le respect que nul plus que moi n'a ressentis pour cet homme extraordinaire ne me permettraient certainement pas un autre langage que celui du respect et de l'affection. Et puis comment pourrais-je le combattre, comment pourrais-je faire sortir de mes lèvres d'autres paroles que des paroles amicales, puisque, sur la question de la propriété, au lieu de combattre, en effet, le socialisme et l'Internationale, il les a devancés ?

« Qui travaille et produit — écrit Mazzini aux ouvriers italiens — a droit aux fruits de son travail ; c'est en cela que réside le droit de propriété. » — « Tout homme doit être rétribué à proportion de son œuvre. » — « Il faut tendre à la création d'un ordre de choses dans lequel la propriété ne puisse pas devenir un monopole et ne provienne à l'avenir

que du travail, d'un ordre dans lequel, quant à présent, les lois tendront à diminuer graduellement sa concentration permanente en un petit nombre de mains et se serviront de tous les moyens équitables pour en faciliter la transmission et la répartition. »

— « Suppression de tout impôt direct ou indirect sur les choses nécessaires à la vie; liberté du travail, et secours, si le travail fait défaut, ou si l'âge et les maladies empêchent de s'y livrer; puis faveur et appui accordés, par le crédit, à vos tentatives pour substituer peu à peu au système actuel du salaire le système de l'association volontaire fondée sur la réunion du travail et du capital dans les mêmes mains. » — Mais n'est-ce pas là du pur socialisme? Que voulaient Pierre Leroux et Proudhon, que veulent Marx et Bakounine, sinon que la propriété soit le fruit du travail ? Et le principe que tout homme doit être rétribué à proportion de ses œuvres ne répond-il pas à cette inégalité d'aptitudes et de forces où le socialisme voit la base de l'égalité et de la solidarité humaines? Et vouloir, comme Mazzini le veut, proclamer, comme il le proclame, que la propriété ne doit pas être un monopole, qu'aucun impôt ne doit frapper les choses nécessaires à la vie, qu'au système du salariat doit être substitué celui de l'association volontaire fondée sur la réunion du travail et du capital dans les mêmes mains,

— n'est-ce pas affirmer toutes les théories du socialisme; n'est-ce pas défendre énergiquenient, avec cette puissance d'intelligence qui distingue Mazzini,

Page 1