M. BAKOUNINE
I 29 La première cause fut celle-ci (*) : les membres les plus influents, les meneurs ou les chefs des Sections de la Fabrique considérèrent notre propagande et notre organisation nouvelle, les uns avec indifférence, les autres même avec un certain degré de bienveillance, tant qu'ils crurent que l'Alliance ne devait être qu'une sorte d'académie où devaient se débattre théoriquement de pures questions théoriques. Mais lorsqu'ils s'aperçurent que le groupe de l'Alliance, peu soucieux de faire de la théorie en pure perte, s'était donné pour but principal l'étude des principes et de l'organisation de l'Internationale, dans laquelle se résumait pour elle toute la pratique
(i) 11 s'agit, comme la suite le fera voir, des causes qui provoquèrent l'hostilité de la Fabrique et des meneurs des comités à l'égard de la Section de l'Alliance. Le contenu des feuillets 29-36 a été publié, par extraits et sous une forme un peu condensée, au tome l"' de L'Internationale, Documents et Souvenirs, pages i83-i86. Il y a donc quelques légères différences entre le texte donné ici, qui est de Bakounine sans retouches, et celui qui a été imprimé dans L'Internationale.
du socialisme; et surtout lorsqu'ils virent que l'Alliance, exerçant une attraction toute particulière sur les ouvriers en bâtiment, tendait à leur donner l'idée d'une organisation collective, qu'ils n'avaient point eue jusque-là, une organisation toute fondée sur les principes de l'Internationale, inspirée uniquement de son esprit, et qui aurait eu pour conséquence nécessaire de les rendre plus clairvoyants et plus indépendants, d'abord vis-à-vis de leurs comités qui se fourvoyaient de plus en plus dans une voie excessivement autoritaire, et en dernier lieu vis-à-vis des meneurs de la Fabrique, qui, non contents d'avoir formé au sein de cette dernière une sorte de coterie gouvernementale, s'efforçaient ostensiblement d'étendre leur domination sur les sections des ouvriers en bâtiment, au moyen des comités de celles-ci, | 30 alors ils commencèrent à suspecter l'action si légitime et d'ailleurs complètement ouverte et publique du groupe de l'Alliance. Toute cette action de l'Alliance se réduisait à ceci : elle donnait à la grande masse des ouvriers en bâtiment le moyen de définir leurs instincts, de les traduire en pensée et d'exprimer cette pensée. Au sein du Cercle (') et dans les assemblées générales de l'Internationale, cela était devenu impossible, grâce à la prédominance organisée des ouvriers de
(1) Le Cercle international, siège comnaun des Sections de l'Iiiiernationale à Genève. Son local se trouvait, en 1868, à la brasserie des Quatre-Saisons, aux Grottes (rive droite); il fut transféré en mars 1869 au Temple-Unique, l'ancien Temple maçonnique (rive gauche).
la Fabrique. Le Cercle e'tait devenu peu à peu une institution exclusivement genevoise, gouvernée et administrée par les Genevois seulement, et où les ouvriers en bâtiment, pour la plupart étrangers, étaient considérés et finirent par se considérer eux-mêmes comme tels. Souvent, trop souvent, les citoyens genevois de la Fabrique leur firent entendre ces mots : « Ici, nous sommes chez nous, vous n'êtes que nos hôtes ». L'esprit genevois, esprit bourgeois radical, excessivement étroit comme on sait, finit par y dominer tout à fait; il n'y avait plus de place ni pour la pensée de l'Internationale, ni pour la fraternité internationale. Il en résulta ceci, que peu à peu les ouvriers en bâtiment, fatigués de cette position subordonnée, finirent par ne plus aller au Cercle, qui aujourd'hui est devenu en effet une institution exclusivement genevoise.
Dans les assemblées générales, une discussion approfondie et sérieuse des questions de l'Internationale était I 31 impossible. D'abord, à cette époque, elles étaient assez rares, et ne se réunissaient que pour discuter des questions spéciales, principalement celle des grèves. Les deux tendances opposées qui se partageaient alors l'Internationale de Genève, celle du socialisme bourgeois et du radicalisme, représentée par la Fabrique, et celle du socialisme révolutionnaire, soutenue par le juste instinct des ouvriers en bâtiment, se représentèrent et se combattirent sans doute dans chaque assemblée générale, et le plus souvent, il faut bien le constater, ce fut
cette dernière tendance qui l'emporta grâce à la majorité des ouvriers en bâtiment, soutenue par une petite minorité de la Fabrique. Aussi les • meneurs de la Fabrique eurent-ils toujours fort peu de goût pour les assemblées générales, qui déjouèrent quelquefois en une ou deux heures les intrigues qu'ils avaient ourdies pendant des semaines. Ils tendirent donc toujours à remplacer les assemblées générales, populaires, publiques, par les assemblées secrètes des comités, sur lesquels ils étaient parvenus à établir leur domination complète.
Dans les assemblées générales, la masse des ouvriers se taisait. C'étaient toujours les mêmes orateurs des deux partis opposés qui montaient à la tribune et qui répétaient leurs discours plus ou moins stéréotypés. On effleurait toutes les questions, on en relevait avec plus ou moins de bonheur le côté sentimental, dramatique, laissant toujours intact leur sens profond et réel. C'étaient des feux d'artifice qui illuminaient quelquefois, mais | 32 qui ne réchauffaient ni n'éclairaient personne, toujours replongeant au contraire le public dans une nuit plus profonde.
Restaient les séances de la Section centrale, section immense d'abord, dans laquelle les ouvriers en bâtiment, qui furent les premiers fondateurs de cette section, se trouvaient en égalité, sinon en majorité, et qui était une sorte d'assemblée populaire organisée en Section de propagande. Cette section aurait dû devenir en effet ce que la Section
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de l'Alliance se proposa d'être, et, si elle avait réellement rempli sa mission, la Section de l'Alliance n'aurait eu sans doute aucune raison d'être.
Vous savez que la Section centrale fut la première et d'abord l'unique section, la section fondatrice de l'Internationale à Genève. Elle fut constituée en majeure partie par les ouvriers en bâtiment, sans différence de métiers ; un très petit nombre d'ouvriers de la Fabrique y avaient adhéré, individuellement; de sorte que pendant bien longtemps ce fut le franc socialisme instinctif des ouvriers en bâtiment qui y domina. C'était une section bien unie; la fraternité n'y était pas encore devenue un vain mot, c'était une réalité. La Section, étrangère aux préoccupations et aux luttes politiques des citoyens radicaux et conservateurs de Genève, était animée d'un esprit réellement international.
Après la grande grève des ouvriers en bâtiment, au printemps de 1868, grève qui se termina par un succès éclatant grâce au généreux et énergique concours | 33 des ouvriers de la Fabrique, citoyens de Genève, ces derniers entrèrent en masse dans la Section centrale et y apportèrent naturellement leur esprit bourgeois radical, politique, genevois. Dès lors la Section centrale se partagea en deux camps, en deux partis, les mêmes qui se trouvaient en présence dans les assemblées générales.
Les Genevois se trouvèrent d'abord en minorité dans la Section centrale; mais ils étaient organisés, tandis que les ouvriers en bâtiment étaient complè-
ment inorganisés. En outre, les ouvriers genevois avaient pour eux l'habitude de la parole en public et l'expérience des luttes politiques, habitude et expérience auxquelles les ouvriers en bâtiment ne purent opposer que la profonde vérité de leurs instints socialistes et révolutionnaires. Ces derniers étaient, de plus, paralysés dans la lutte par la reconnaissance qu'ils devaient aux ouvriers citoyens de la Fabrique de Genève pour le concours décisif que ces derniers leur avaient apporté dans leur grève.
Somme toute, dans les séances de la Section centrale, qui n'avaient lieu d'ailleurs qu'une fois par mois, les deux partis, comme dans les assemblées générales, se contrebalancèrent pendant quelque temps. Puis, à mesure que se formèrent les sections de métier, les ouvriers en bâtiment, trop pauvres pour payer une double cotisation, celle de leur section de métier et celle de la Section centrale, se retirèrent peu à peu, et la Section centrale tendit visiblement à devenir ce qu'elle est devenue complètement I 34 aujourd'hui : la Section des métiers réunis de la Fabrique, une section exclusivement composée de citoyens genevois. On ne le voit que trop bien à l'esprit qui l'anime à cette heure.
Il ne restait donc pour la propagande sérieuse des principes de l'Internationale et pour la connaissance mutuelle et le groupement si nécessaire des caractères et des sérieuses et honnêtes volontés, pour les ouvriers en bâtiment, que leurs sections de métier. Mais celles-ci ne se réunissaient également qu'une
fois par mois, et elles ne se re'unissaient jamais que pour liquider leurs comptes mensuels ou pour l'élection de leurs comités. Dans ces réunions il ne peut y avoir de place pour la discussion des principes ; et ce qui est pis, peu à peu les sections de métier s'habituèrent à borner leur rôle, leur action, au simple contrôle des dépenses, laissant tout le reste aux soins de leurs comités, qui devinrent en quelque sorte permanents et omnipotents ; ce qui eut pour résultat naturel d'annuler les sections au profit de ces comités.
Les comités, presque toujours composés des mêmes personnes, finirent par se considérer comme autant de dictatures collectives de l'Internationale, décidant sur toutes les questions, moins celles d'argent, sans se donner même la peine d'interroger leurs sections ; et comme ils tenaient toutes leurs séances à huis-clos, ils finirent, en se coalisant entre eux sous l'influence dominante des comités de la Fabrique, par former le gouvernement invisible, occulte, et à peu près irresponsable, de toute l'Internationale de Genève.
1 35 Ce gouvernement, dirigé par la pensée genevoise, ne pouvait qu'être contraire au but même et à tous les principes de Tlnternationale.
Le groupe de l'Alliance s'était proposé de combattre cet état de choses, qui devait aboutir, nous ne le voyons que trop maintenant, à faire de l'Internationale un instrument politique du radicalisme bourgeois à Genève. Pour arriver à ce but, le
groupe de l'Alliance n'eut jamais recours à l'intrigue, comme les intrigants genevois ont osé l'en accuser depuis. Toute son intrigue a consisté dans la plus grande publicité et dans la discussion publique des principes de l'Internationale. Se réunissant une fois par semaine, le groupe appelait tout le monde à ces discussions, s'efforçant de faire parler précisément ceux qui dans les assemblées générales et dans les séances de la Section centrale se taisaient toujours. Il fut posé comme loi qu'on ne prononcerait pas de discours à ces séances, mais qu'on y causerait. Tous, membres ou non du groupe, pouvaient y prendre la parole. Ces habitudes égalitaires déplurent à la majorité des ouvriers de la Fabrique, de sorte qu'après y être accourus en grand nombre d'abord, ils s'en éloignèrent peu à peu; si bien que, de fait, la Section de l'Alliance devint celle des ouvriers en bâtiment de tous les métiers. Elle leur donna le moyen, au grand déplaisir de la Fabrique sans doute, de formuler leur pensée et de dire leur mot. Elle fît plus, elle leur donna le moyen de se connaître, de sorte qu'en peu de temps la Section de l'Alliance présenta | 36 un petit groupe d'ouvriers convaincus et réellement unis entre eux. La seconde raison de la rancune d'abord, et plus tard de l'antipathie prononcée, des meneurs de la Fabrique contre la Section de l'Alliance fut celle-ci. L'Alliance, par son programme aussi bien que par tous les développements donnés plus tard à ce programme, s'était résolument prononcée contre tout
mariage adultère du socialisme révolutionnaire du prole'tariat avec le radicalisme bourgeois. Elle avait pris pour principe fondamental l'abolition de l'Etat avec toutes ses conse'quences politiques et juridiques. Cela ne faisait pas du tout le compte de Messieurs les bourgeois radicaux de Genève, qui, aussitôt après le fiasco qu'ils avaient essuyé aux élections de novembre 1868, avaient commencé à songer à se faire de l'Internationale un instrument de lutte et de triomphe ; ni celui non plus de certains meneurs de la Fabrique de Genève, qui n'aspiraient à rien de moins qu'à monter au pouvoir à l'aide de l'Internationale.
Telles ont été les deux raisons principales de la haine vouée par les chefs de la Fabrique genevoise à la Section de l'Alliance ('). Mais ces deux raisons, aussi bien que la haine qui en fut le produit, ne se manifestèrent dans toute leur intensité que plus tard, à partir du mois de juin i86g.
Pour reprendre mon récit de plus haut, je veux récapituler les services que le groupe de l'Alliance a rendus à la cause du socialisme j 3-pendant l'hiver de 1868-1869, ^^^^ ^ Genève que dans les autres pays.
Commençons par les autres pays. Ce furent des membres de l'Alliance qui fondèrent les premières sections de l'Internationale dans deux grands pays où cette Association avait été complètement in-
(i) Ici s'arrête le passage dont le contenu a été publié par extraits au tome I" de L'Internationale.
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connue Jusqae-là : Gambuzzi à Naples et tout autour de Naples, Friscia en Sicile, — Fanelli à Madrid et à Barcelone. Le programme de l'Alliance a e'te' accepté à Lyon, à Marseille, à Paris. Et remarquezle bien, tous ces compagnons, loin de vouloir organiser des sections à part, hostiles ou seulement étrangères à l'Internationale, ont strictement obéi aux statuts de l'Internationale, et, dans l'intérêt de l'organisation des forces ouvrières, ils ont recommandé partout, plus même que ne l'exigeaient ces statuts, la plus sévère subordination des sections nouvelles à la direction centrale du Conseil général siégeant à Londres.
C'est sous l'influence directe des principes de l'Alliance qu'a été formulée la première parole franchement socialiste révolutionnaire qui se soit élevée du sein de Genève. Je veux parler de l'Adresse du Comité central de Genève aux travailleurs de l'Espagne, Adresse rédigée par Perron et signée par Brosset, président, et H. Perret, secrétaire du Comité central (i).
C'est sous l'influence des mêmes principes et des mêmes tendances que, malgré l'intrigue ostensiblement organisée par les meneurs de la Fabrique genevoise, Brosset, le tribun des ouvriers en bâtiment et la bête noire de la Fabrique, fut élu prési-
(i) Cet alinéa a été cité au tome I" de L'Internationale, Documents et Souvenirs, p. 92. L'Adresse en question, datée du 21 octobre 1868, rédigée par Perron, avait été retouchée par Bakounine.
dent du Comité fédéral institué par le Congrès romand tenu à Genève en janvier 1869, et que la majorité de ce Comité fut composée d'ouvriers non genevois.
Ce fut également sous la même influence que furent consacrés et institués le nom, le programme et la rédaction du journal ÏEgalité, le premier organe du franc socialisme révolutionnaire dans la Suisse romande, et que plus tard se modifia aussi le programme du journal le Progrès, du Locle.
En un mot, on peut dire, sans exagération aucune, que ce fut l'action immédiate de l'Alliance qui posa pour la première fois le programme franchement socialiste révolutionnaire, et qui creusa un abîme entre le prolétariat et la bourgeoisie à Genève, abîme que tous les intrigants de l'Internationale ne parviendront plus jamais à combler.
Il faut que je dise maintenant quelques mots sur l'existence officielle du groupe de l'Alliance (').
(-) Ce groupe, qui déjà, au mois de novembre 1 868, comptait dans son sein bien plus de cent membres, ne pouvait se constituer définitivement avant d'avoir été accepté comme branche ou comme section de l'Internationale par le Conseil général | 39 de cette
(i) C'est-à-dire sur la reconnaissance officielle de ce groupe, comme section de l'Internationale, par le Conseil général de Londres.
(2) Le passage qui commence ici (cinq dernières lignes du feuillet 38) et qui va jusqu'au bas du feuillet 56, a été imprimé dans les Pièces justificatives (n° vin, pages 45-58) du Mémoire de la Fédération jurassienne..
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association. Il appartenait naturellement au Bureau central de l'Alliance (*) de demander cette admission. Le citoyen J. -Philippe Becker, membre de ce Bureau, et ami personnel et plus ou moins influent des membres du Conseil géne'ral, fut chargé unanimement par les autres membres du Bureau (Brosset, Bakounine, Perron, Guétat, Duval, et le secrétaire Zagorski) d'écrire à Londres. Il accepta cette mission, certain, disait-il, du succès de sa démarche, et ajoutant que le Conseil général, qui n'avait pas le droit de nous refuser, comprendrait nécessairement, après les explications qu'il allait lui donner, l'immense utilité de l'Alliance.
Nous nous reposâmes donc tous complètement sur la promesse et sur l'assurance de Ph. Becker, confiants dans la parole d'un homme que nous considérions tous commel'undesvétérans du socialisme. Nous ne le connaissions alors que fort peu, moi pas du tout. L'expérience ne nous avait pas encore appris que cet homme, diplomate avant tout, unissait à une grande énergie de parole une non moins grande versatilité de caractère; qu'il est toujours
(i) Le « Bureau central » provisoire de l'Alliance de la Démocratie socialiste devait servir de lien entre les groupes de cette organisation internationale, et correspondre avec les Bureaux nationaux à constituer dans les divers pays. Les membres fondateurs de l'Alliance avaient décidé que ce Bureau central serait placé à Genève et composé de sept membres, qui furent désignés par eux et dont on va trouver les noms dans le texte. Ces sept membres étaient tous, en même temps, membres de l'Internationale, et se répartissaient ainsi quant à la nationalité : trois Français, un Genevois, un Allemand, un Polonais, et un Russe.
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très content quand ses amis se compromettent, mais qu'il prend bien garde de se compromettre jamais^ et qu'en poussant les autres en avant il se réserve toujours une retraite. Le fait est que, contrairement àtoutes ses promesses, il n'avaitrien écrit à Londres, ou qu'il avait écrit tout autre chose que ce qu'il nous disait à nous (*).
En même temps que ces pourparlers avaient lieu ou étaient censés avoir lieu avec Londres, — car aucun de nous n'eut jamais connaissance de la correspondance de Becker (^), — d'autres membres de
(i) Bakounine se trompe probablement dans sa supposition que Becker n'avait rien écrit à Londres, ou avait écrit tout autre chose que ce qu'il disait au Bureau central de l'Alliance. Il semble que Becker, pendant un moment, se soit véritablement a emballé » pour l'Alliance; Marx, dans lai' Confidentielle Mittheilung- qu'\l adressa en mars 1870 a ses amis d'Allemagne (et que Bakounine n'a jamais connue), lui en fait un reproche, et le montre comme ayant été, au début, la dupe de Bakounine ; il dit, en parlant des premiers pas de l'Alliance à Genève : « J.-Ph. Becker, à qui le ^èle propagandiste fait quelquefois perdre la tête, fut mis en avant ». D'ailleurs, si Becker n'eût pas été de bonne foi à ce moment, on ne comprendrait pas que le refus du Conseil général d'accueillir l'Alliance l'ait fait entrer dans une si violente colère, ainsi qu'il sera raconté plus loin.
(2) Bakounine lui-même était intervenu aussi dans les pourparlers avec Londres. Marx, après avoir pris connaissance du programme de l'Alliance, avait écrit à ce sujet, dans la seconde moitié de décembre, au jeune socialiste russe Alexandre Serno-Soloviévitch, à Genève, en relevant l'expression incorrecte d'égalisation des classes, qui figurait dans ce programme. Serno communiqua la lettre de Marx à Bakounine, et celui-ci, aussitôt, adressa à Marx la lettre suivante (en français), qui a été publiée par la iSeue Zeit du 6 octobre igoo :
(.( Genève, 22 décembre 1868.
« Mon vieil ami, Serno m'a fait part de cette partie de ta lettre qui me regardait. Tu lui demandes si je continue à être ton ami. Oui, plus que jamais, cher Marx, parce que mieux
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ce groupe, et notamment Ch. Perron et notre grand ennemi actuel Henri Perret, s'étaient chargés de demander au Comité central de Genève notre entrée comme section dans la fédération | ^q genevoise. N'ayant pas sous la main tous mes papiers, je ne puis dire au juste dans quel mois cette première demande fut présentée au Comité central, si ce fut en novembre ou en décembre. Le jour où elle fut présentée, le Comité central n'était pas en nombre,
que jamais je suis arrivé à comprendre combien tu avais raison en suivant et en nous invitant tous à marcher sur la grande route de la révoluiion économique, et en dénigrant ceux d'entre nous qui allaient se perdre dans les sentiers des entreprises soit nationales, soit exclusivement politiques. Je fais maintenant ce que tu as commencé à faire, toi, il y a plus de vingt ans. Depuis les adieux solennels et publics que j'ai adressés aux bourgeois du Congrès de Berne, je ne connais plus d'autre société, d'autre milieu que le monde des travailleurs. Ma patrie, maintenant, c'est l'Internationale, dont tu es l'un des principaux fondateurs. Tu vois donc, cher ami, que je suis ton disciple, et je suis fier de l'être. Voilà tout ce qui était nécessaire pour l'expliquer mes rapports et mes sentiments personnels. »
[Bakounine s'explique ensuite au sujet de l'expression égalisation des classes et des individus ; il annonce l'envoi des discours qu'il a prononcés à Berne, et parle de sa séparation d'avec Herzen, qui date de i863. Puis il continue ainsi :]
« Je t'envoie aussi le programme de l'Alliance que nous avons fondée avec Becker et beaucoup d'amis italiens, polonais et français. Sur ce sujet nous aurons beaucoup à nous dire. Je t'enverrai bientôt la copie d'une grande lettre que j'écris là-dessus à l'ami César De Paepe...
«Salue de ma part Engels, s'il n'est pis mort une seconde fois — tu sais qu'on l'avait une fois enterré. Je te prie de lui donner un exemplaire de mes discours, aussi bien qu'à MM. Eccarius et Jung.
« Ton dévoué,
(( M. Bakounine.
(L Rappelle-m i, e te prie, au souvenir de M™e Marx. »
au moins les deux tiers de ses membres e'taient absents. On ne décida rien, ou plutôt on de'cida qu'il fallait remettre cette décision jusqu'après le Congrès des Sections romandes qui devait se réunir à Genève aux premiers jours de janvier pour constituer définittivement la Fédération des Sections romandes.
Et en effet, le groupe genevois de l'Alliance avait renouvelé en janvier sa demande, et il attendait la décision du Comité central, lorsque le Bureau central de l'Alliance reçut, d'abord de ses amis d'Italie, et ensuite directement, l'acte suivant (i) contenant les résolutions du Conseil général de Londres par rapport à l'Alliance (Pièce justificative n" 5) :
(i) La pièce dont il s'agit n'est pas intercalée dans le manuscrit de Bakounine : le renvoi entre parenthèses, Pièce justificative w 5, en tient la place. (Les mots « n°5 » nous indiquent que dans les premiers feuillets du manuscrit, perdus, il y avait déjà des renvois à quatre autres pièces justificatives.) Le document a été imprimé dans le Mémoire., et il a été aussi inséré par Marx dans la brochure Les prétendues scissions dans V Internationale, circulaire privée du Conseil général (3 mars 1S72). Nous le reproduisons dans le texte. — Ces résolutions furent « communiquées confidentiellement aux Conseils centraux [de rinternationale] des différents pays » (lettre de Marx à Hermann Jung, du 28 décembre 1868). C'est ;iinsi qu'il arriva qu'une copie des résolutions fut envoyée à Naples, à Cirlo Gambuzzi, à la date du 20 janvier 186g, par Eugène Dupont, membre du Conseil général de Londres, qui avait représenté au Congrès de Bruxelles de 1868 les x\ssociations ouvrières de Naples. C'est cette copi.* qui fut communiquée de Naples à Bakounine, et qui lui parvint avant que la décision du Conseil général eût été officiellement notifiée au Bureau central de l'Alliance; elle a été retrouvée par Max Nettlau, qui l'a insérée dans sa Biographie de Bakounine.
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« Le Conseil général de V Association Internationale des Travailleurs à V Alliance Internationale de la Démocratie socialiste.
a II y a un mois environ qu'un certain nombre de citoyens s'est constitué à Genève comme Comité central initiateur d'une nouvelle Société internationale dite V Alliance Internationale de la Démocratie socialiste « se donnant pour mission spéciale « d'étudier les questions politiques et philoso- « phiques sur la base même de ce grand principe « de l'égalité », etc.
« Le programme et le règlement imprimés de ce Comité initiateur n'ont été communiqués au Conseil général de l'Association Internationale des Travailleurs que le i5 décembre 1868. D'après ces documents, ladite Alliance est « fondue entièrement « dans l'Internationale » en même temps qu'elle est fondée entièrement en dehors de cette association. A côté du Conseil général de l'Internationale élu par les Congrès successifs de Genève, Lausanne et Bruxelles, il y aura, d'après le règlement initiateur, un autre Conseil général à Genève qui s'est nommé lui-même. A côté des groupes locaux de l'Internationale, il y aura les groupes locaux de l'Alliance qui, par l'intermédiaire de leurs bureaux nationaux, fonctionnant en dehors des bureaux nationaux de l'Internationale, « demanderont au Bureau central « del'AUiance leur admission dans l'Internationale»,
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le Comité central de l'Alliance s'arrogeant ainsi le droit d'admission dans l'Internationale. En dernier lieu, le Congrès géne'ral de l'Association Internationale des Travailleurs trouvera encore sa doublure dans le Congrès général de l'Alliance, car, dit le règlement initiateur, au Congrès annuel des travailleurs la délégation de l'Alliance internationale de la Démocratie socialiste, comme branche de l'Association internationale des travailleurs, « tiendra ses « séances publiques dans un local séparé ».
« Considérant :
« Que la présence d'un deuxième corps international fonctionnant en dedans et en dehors de l'Association Internationale des Travailleurs serait le moyen le plus infaillible de la désorganiser;
« Que tout autre groupe d'individus résidant dans une localité quelconque aurait le droit d'imiter le groupe initiateur de Genève et, sous des prétextes plus ou moins ostensibles (^), d'enter sur l'Association Internationale des Travailleurs d'autres Associations internationales avec d'autres missions spéciales ;
« Que, de cette manière, l'Association Internationale des Travailleurs deviendrait bientôt le jouet des intrigants de toute nationalité et de tout parti;
« Que d'ailleurs les statuts de l'Association Internationale des Travailleurs n'admettent dans son cadre que des branches locales et des branches
(1) « Ostensibles » signifie sans doute ici « spécieux ».
l88 RAPPORT SUR I. ALLIANCE
nationales (voir l'article I" et l'article VI des statuts) ;
« Que défense est faite aux sections de l'Association Internationale des Travailleurs de se donner des statuts et des règlements administratifs contraires aux statuts ge'ne'raux et aux règlements administratifs de l'Association Internationale des Travailleurs (voir l'article 12 des règlements administratifs);
« Que les statuts et les règlements administratifs de l'Association Internationale des Travailleurs ne peuvent être revisés que par un Congrès général où deux tiers des délégués présents voteraient en faveur d'une telle revision (voir l'article i3 des règlements administratifs);
« Que la question a été préjugée par les résolutions contre la Ligue de la Paix, adoptées unanimement au Congrès général de Bruxelles (*);
(t) Ces résolutions — d'ailleurs parfaitement logiques — n'avaient pas été adoptées unanimement : trois délégués, César De Paepe, Charles Perron et Adolphe Catalan, avaient voté contre; et d'autres délégués, absents au moment du vote, étaient loin de penser, à ce moment, que l'existence de la Ligue de la Paix fût inutile, entre autres Cha ries Longuet qui, l'année suivante, en 1869, continuait à faire partie de la Ligue et se rendit au Congrès tenu par elle à Lausanne cette annéelà. En outre, les membres de la seconde Commission parisienne de l'Internationale, détenus à Sainte-Pélagie à la suite de leurcondamnation à trois mois de prison, avaient cru devoir protester contre « l'invitation de se dissoudre adressée à la Ligue de la Paix par les membres du Congrès de Bruxelles », et avaient envoyé aux membres du Congrès de Berne une adresse contenant leur protestation ; cette adresse porte les signatures de Combault, MoUin, Granjon, Malon, Varlin, Humbert et Landrin.
RAPPORT SUR l'alliance iSç
« Que dans ces résolutions le Congrès de'clare que la Ligue de la Paix n'avait aucune raison d'être, puisque, d'après ses re'centes de'clarations, son but et ses principes e'taient identiques à ceux de l'Association Internationale des Travailleurs;
« Que plusieurs membres du groupe initiateur de l'Alliance, en leur qualité de délégués au Congrès de Bruxelles, ont voté ces résolutions (');
a Le Conseil général de l'Association Internationale des Travailleurs, dans sa séance du 22 décembre 1868, a unanimement résolu :
a I. Tous les articles du règlement de l'Alliance Internationale de la Démocratie socialiste statuant sur ses relations avec l'Association Internationale des Travailleurs sont déclarés nuls et de nul effet;
« 2. L'Alliance Internationale de la Démocratie socialiste n'est pas admise comme branche de l'Association Internationale des Travailleurs.
« V. Shaw, g. Odger,
« secrétaire général. président de la séance. « Londres, 22 décembre 1868. »
(i) A ma connaissance, un seul de ceux qui figurèrent ensuite parmi les membres de ce « groupe initiateur » avait voté les résolutions de Bruxelles : c'était J.-Ph. Becker. Mais après que la minorité des délégués du Congrès de Berne fut sonie de la Ligue pour fonder l'Alliance, Becker avait trouvé que cette nouvelle organisation, adhérente à l'Internationale, avait sa raison d'être.
(2] D'après une indication conienue dans la lettre de Perron qu'on trouvera plus loin, la lettre d'envoi par laquelle ces résolutions furent transmises de Londres au Bureau central de l'Alliance aurait porté la date du 28 décembre; mais pour
Après avoir pris connaissance de cet acte, nous fûmes naturellement obligés de retirer notre demande au Comité central de Genève. Frappés d'excommunication par le Conseil généra], nous devions d'abord tâcher de nous faire accepter par lui.
Lorsque lecture fut faite de cet acte au sein du Bureau de l'Alliance, personne ne s'éleva avec tant de véhémence contre lui que le fougueux vieillard J. -Philippe Becker. Il | 41 nous déclara tout d'abord que ces résolutions étaient parfaitement illégales, contraires à l'esprit et à la lettre des statuts de l'Internationale, ajoutant que nous avions le droit et le devoir de passer outre, et traitant le Conseil général de tas d'imbéciles qui, ne sachant rien faire eux-mêmes, voulaient seulement empêcher les autres de faire quelque chose.
Les deux membres qui maintinrent le plus opiniâtrement contre lui la nécessité de s'entendre avec
une raison que nous ignorons, cette lettre ne fut expédiée à Genève qu'au moins un mois plus tard. — Dans sa célèbre Confidentielle Mittheilung (Communication confidentielle), du 28 mars 1870, adressée à ses amis d'Allemagne par l'intermédiaire de son affilié le D" Kugelmann, Marx s'exprime ainsi au sujet des résolutions du 22 décembre 1868 : « 11 s'en suivit [de l'envoi au Conseil général des statuts et du programme de l'Alliance] une décision motivée et développée, — tout à fait judiciaire et objective dans sa teneur, mais dont les considérants étaient pleins d'ironie, — qui concluait ainsi : 1° Le Conseil général n'admet pas l'Alliance comme branche de l'Internationale; 2» tous les articles du règlement de l'Alliance statuant sur ses relations avec l'Internationale sont déclarés nuls et de nul effet. Les considérants démontraient de manière claire et frappante que l'Alliance n'était rien qu'une machine destinée à désorganiser l'Internationale. »
le Conseil géne'ral furent Perron et Bakounine. Ils reconnurent tous les deux que les protestations du Conseil général contre le règlement de l'Alliance étaient parfaitement justes, puisque, d'après ce règlement, l'Alliance devait former au sein de l'Association Internationale des Travailleurs une association internationale nouvelle, indépendante de la première (*). Remarquez que, dans ces résolutions, les seules que le Conseil général jusqu'ici ait prises et publiées contre l'Alliance, ce qui est attaqué c'est le seul règlement. Il n'y est nullement question du programme, qui du reste a été pleinement repro-
(i) Déjà, lorsque les membres de la minorité du Congrès de Berne se séparèrent de la Ligue de la Paix, Bakounine avait émis cette même opinion : « Les Français et les Italiens... voulaient que l'Alliance s'organisât tout à fait indépendamment de l'Association Internationale des Travailleurs, se contentant que ses membres fussent individuellement membres de cette Association. Bakounine s'y opposa, pour cette raison que cette nouvelle organisation internationale se trouverait en quelque sorte en une rivalité nullement désirable vis-à-vis de l'organisation des travailleurs. Ces discussions eurent pour résultat qu'il fut décidé de fonder une association publique sous le nom d'Alliance Internationale de la Démocratie socialiste et de la déclarer partie intégrante de l'Internationale, dont le programme fut reconnu obligatoire pour tout membre de l'Alliance. » (Istoritcheskoé ra^vitié Internat sionala, chapitre «L'Alliance internationale des révolutionnaires socialistes».) Le Conseil général de l'Internationale ayant trouvé, néanmoins, que, telle qu'elle s'était constituée, avec un bureau central spécial et une organisation internationale particulière, l'Alliance ne pourrait pas faire partie de l'Association Internationale des Travailleurs, il n'y a rien d'étonnant à voir Bakounine, conformément à son désir d'éviter tout ce qui pourrait donner à l'Alliance l'apparence « d'une rivalité nullement désirable vis-à-vis de l'organisation des travailleurs », déclarer qu'il fallait modifier le règlement de l'Alliance conformément aux observations du Conseil général.
192 RAPPORT SUR l'alliance
duit plus tard par les statuts de la Section de l'Alliance, approuve's à l'unanimité' par le Conseil géne'ral.
Après un long débat, il fut unanimement de'cidé que Perron, au j 42 nom de tous, se mettrait en correspondance avec le Conseil général de Londres.
A la suite de cette décision, le compagnon Ch. Perron écrivit soit au citoyen Eccarius, soit au citoyen Jung, une lettre dans laquelle, après lui avoir franchement exposé la situation et le véritable but de l'Alliance et après avoir raconté ce que des membres de l'Alliance avaient déjà fait pour la cause ouvrière en Italie, en France, en Espagne, aussi bien qu'à Genève, il le priait de faire, au nom du Bureau central de l'Alliance, au Conseil général de Londres la proposition suivante : L'Alliance se dissoudra comme organisation internationale, son Bureau central, représentant de cette internationalité, cessera d'exister : le Conseil général voudra-t-il reconnaître alors les sections fondées par les membres de l'Alliance en Suisse, en Espagne, en Italie et en France, avec le programme de r Alliance, comme des sections régulières de l'Internationale, ne conservant désormais d'autre lien commun que le programme, mais renonçant à toute autre solidarité et organisation internationale que celles qu'elles trouveront dans la grande Association des travailleurs ? A ces conditions-là, le Bureau promettait de n'épargner aucun effort pour persuader les sections de l'Alliance déjà établies dans différents pays à
renoncer à tout ce qui, dans leur constitution, était contraire aux statuts de l'Internationale (*).
(i) Le brouillon de la lettre de Perron a été retrouvé à Genève par Max Nettlau, qui l'a inséré dans sa Biographie de Bakounine. Le voici :
«Genève, le 26 février 1869.
( Le Bureau central de l'Alliance Internationale de la Démocratie socialiste au Conseil général de l'Association internationale des Travailleurs, a Citoyens,
a Nous avons reçu en son temps la lettre que vous nous avez adressée le 28 décembre 1868.
« Nous n'examinerons pas l'interprétation que vous avez cru devoir donner à notre règlement, interprétation qui — involontairement, nous aimons à le croire — est erronée sur bien des points. Nous irons droit au fait.
« Si nous n'avons pas répondu plus tôt, c'est que nous avons dû consulter nos comités nationaux. Voici maintenant notre réponse :
« Nous ne proposerons à toutes nos sections la dissolution de notre organisation que lorsque vous nous aurez fait connaître :
« 10 Si les principes énoncés dans le programme ci-joint sont, oui ou non, contraires aux principes que peut admettre l'Association Internationale des Travailleurs ?
(f 2« Si les différents groupes qui propagent ces principes peuvent, oui ou no», être affiliés à l'Association Internationale des Travailleurs, étant entendu que ces groupes déclarent séparément accepter les règlements et statuts de ladite Association ?
((3° Si, en conséquence, les groupes formés parles soins de l'Alliance seraient, ouiou non, reconnus comme sections de l'Association Internationale des Travailleurs dans le cas où, après avoir pris l'avis de nos comités nationaux et de toutes les sections de notre Alliance Internationale de la Démocratie socialiste, nous prononcerions sa dissolution r
« Sur la première question, si votre réponse est non,
«Sur la deuxième et la troisième, si votre réponse est oui,
« Nous vous déclarons:
« Que, pour éviter une division des forces ouvrières, nous ferons tous nos efforts pour obtenir des intéressés qu'ils consentent à la dissolution de notre Alliance, qui, cependant, a
I 43 Et en effet, sans perdre de temps, le Bureau central e'crivit dans ce sens à toutes les sections de l'Alliance en leur conseillant de reconnaître la justesse des résolutions du Conseil général.
Je remarquerai en passant que cette proposition du Bureau central rencontra la plus forte opposition dans le groupe genevois et principalement parmi les membres qui nous combattent et nous calomnient
déjà porté d'excellents fruits en Suisse et particulièrement en France, en Espagne et en Italie, où l'Association Internationale des Travailleurs n'a pas encore pu prendre pied d'une manière sérieuse, et où un programme radical comme le nôtre nous paraît de nature à rallier la grande masse des travailleurs. Et nous ajoutons que nous avons l'espoir de voir les démarches que nous ferions dans ce sens aboutir au résultat désiré.
« Mais nous devons vous déclarer également que si, contre notre attente, vous deviez répondre affirmativement à notre première question et négativement aux deux autres, nous déclinons la responsabilité de la division que votre résolution du 22 décembre dernier tend infailliblement à produire et nous maintiendrons notre Alliance Internationale de la Démocratie socialiste. Ne pouvant faire le sacrifice de notre programme, c'est-à-dire de nos convictions, nous aurons la satisfaction d'avoir rempli notre devoir en proposant le sacrifice de notre organisation pour sceller de nouveau l'union des travailleurs, à quelque opinion qu'ils puissent appartenir.
« C'est donc à vous, citoyens, que nous laisserons le soin de décider de noire existence, en déclarant si à votre avis l'Association Internationale des Travailleurs peut admettre dans son sein des groupes qui professent et propagent les idées contenues dans notre programme. Vu la gravité de cette affaire, nous espérons, citoyens, que vous ne tarderez pas à nous répondre, et que cette réponse sera conforme à l'esprit de raison qui a dicté cette lettre.
« Recevez, citoyens, notre salut fraternel.
« Au nom du Bureau central de l'Alliance de la Démocratie socialiste,
« Le secrétaire général:
« Ch. Perron. »
RAPPORT SUR l'alliance IÇJ
avec tant d'acharnement aujourd'hui : Becker, Gue'tat, Duval, H. Perret et bien d'autres encore, dont je me rappelle bien les ligures, pas les noms. Becker fat le plus grand récalcitrant. Il déclara à maintes reprises différentes que seul le groupe de l'Alliance représentait la véritable Internationale à Genève, et que le Conseil général, en nous refusant, manquait à tous ses devoirs, transgressait ses droits et ne prouvait qu'une chose, son incurable stupidité- Après Becker, Guétat et Duval, qui ont toujours leur petit discours stéréotypé sur la révolution dans leur poche, furent les plus violents. M. H. Perret se montra plus prudent, — mais il partagea leur avis. Enfin, il fut décidé aussi par le groupe de Genève qu'on attendrait la réponse définitive du Conseil général.
Je ne puis pas dire au juste combien de temps se passa entre la lettre de Perron et la réponse de Londres. Un mois à peu près. Pendant ce temps, le Bureau central, continuant provisoirement son rôle de représentant de l'internationalité de l'Alliance, se réunit | 44 régulièrement, une fois par semaine, chez Bakounine. Comme il avait été élu provisoirement, pour un an, par les membres fondateurs de l'Alliance internationale, non par le groupe genevois, il n'avait aucun compte à rendre à ce dernier, et il ne lui communiquait, de sa correspondance avec les groupes de l'Alliance des autres pays, que ce qui pouvait être livré au public sans compromettre personne. Cette prudence était nécessaire
IÇÔ RAPPORT SUR l'alliance
surtout par rapport à l'Italie et à la France, où l'on était loin de jouir de la liberté et de la sécurité personnelle auxquelles on était habitué à Genève.
C'est probablement ce demi-secret qui fit accroire à MM. Duval et Guétat qu'ils avaient été membres d'une société secrète (*). Ils se trompèrent. C'étaient des réunions discrètes, mais non secrètes. La discrétion nous était commandée par égard pour des hommes qui, en faisant une propagande subversive, couraient le risque d'être emprisonnés tant en Italie qu'en France ; mais il n'y avait nulle autre organisation que celle qui avait été établie par le règlement de l'Alliance, règlement si peu secret que nous l'avions publié nous-mêmes.
Qu'il me soit permis déposer ici un dilemme. Ou bien MM. Guétat et Duval, qui nous ont calomniés
(i) Au Congrès romandde la Chaux-de-Fonds, le 4avril 1870, Guétat s'exprima ainsi : « Guétat déclare qu'il s'est retiré de l'Alliance, parce qu'il existait dans son sein des comités occultes dont les membres ne tendent à rien de moins qu'à la dictature. 11 a fait partie lui-même de ces comités occultes, ainsi que Henri Perret, Duval et d'autres membres du Comité fédéral : mais ensuite il en est sorti, et ses collègues avec lui... 11 dit que les dames admises dans FAlliance n'ont jamais fait partie des comités occultes, parce que le comité supérieur ne l'a pas voulu, et que lorsque cette question a été traitée, Bakounineet consorts se sont servis d'épithètes grossières qu'il ne veut pas reproduire. 11 prend Duval à témoin de ses paroles. » Henri Perret et Duval parlèrent aussi de comité occulte : « Henri Perret raconte divers détails sur l'ancien comité occulte de l'Alliance... Duval dit qu'il fait toujours partie de l'Alliance ; il reconnaît que les femmes n'ont pas été admises à faire partie des comités ; mais il contredit les autres affirmations de Guétat, de Perret, etc. » {Solidarité, n° i, II avril 1870.)
si fort au Congrès de la Chaux-de-Fonds, avaient eu réellement la sottise de croire qu'ils avaient fait partie d'une société' secrète, ou bien ils ne l'ont affirmé en | 4g plein Congrès que pour nous nuire, sans y croire. Dans ce dernier cas, ils ont été des calomniateurs ; mais dans le premier, quoi ? des traîtres. On n'entre dans aucune société secrète sans promettre solennellement le secret. Et celui qui trahit un secret juré ou promis sur l'honneur ne s'appelle-t-il pas un traître ?
Nous étions si peu une société secrète qu'on n'a demandé à personne ni serment religieux, ni serment d'honneur. Mais il était entendu entre nous tous qu'on n'irait pas divulguer des correspondances étrangères qui pourraient compromettre des amis faisant de la propagande dans les pays étrangers (i).
C'est dans une de ces réunions du Bureau central chez Bakounine qu'on traita une fois la question de l'admission des femmes dans le Bureau. Cette proposition avait été faite par quelques amis, membres fondateurs et très dévoués de l'Alliance, mais qui, sans s'en douter, en faisant cette proposition, agissaient comme des instruments inconscients de l'intrigue outinienne {^). Quiconque connaît la manière d'agir de ce petit Juif sait qu'un de ses moyens d'action principaux sont les femmes. Par les femmes il se faufile partout, même aujourd'hui
(i) Cet alinéa a élé omis dans le AJémoire. [z) Sur Outine, voir pages 265 et suivantes.
dans le Conseil ge'néral de Londres, dit-on. Par l'intermédiaire des femmes il avait espéré pouvoir ■planter son petit drapeau sans programme, son petit moi intrigant, au sein de l'Alliance.
I 46 Ce fut une des raisons pour lesquelles je m'étais absolument opposé àTadmission des femmes dans notre Bureau. Mais je m'y opposai aussi par principe. Je suis autant que tout autre le partisan de l'émancipation complète des femmes et de leur égalisation sociale avec les hommes ; mais il ne s'en suit pas qu'il faille fourrer cette question des femmes partout, là même où il n'en est pas question. Ce qu'il y a de plus drôle, c'est que, lorsque je fis part de cette proposition à Guétat,il se récria, tout étonné et tout révolté, disant qu'il sortirait aussitôt d'un Bureau où il y aurait des femmes ; et après cela il alla raconter au Congrès de la Chaux-de-Fonds, devant Duval qui avait été présent à cette conversation, que Becker et moi nous avions tenu au sujet de l'admission des femmes dans le Bureau des propos tellement indécents que sa pudeur en avait été offensée (i).
Mais laissons toutes ces misères et revenons à notre histoire (-).
(i) Voir la note de la p. igG.
(2) Dans le Mémoire de la fédération jurassienne, les deux alinéas du manuscrit de Bakounine qui suivent immédiatement celui-ci ont été supprimés, et remplacés par ces lignes :
«Je n'ai pu retrouver dans mes papiers la copie de la réponse faite par Londres à la demande de Genève. Heureusement que cette réponse, datée du 20 mars 1869, se trouve imprimée tout au long dans la Circulaire privée [du b mars 1872] de Mes-
Je suis vraiment fâché de n'avoir pas encore pu retrouver dans mes papiers la réponse de Londres à Perron ; de sorte que je ne puis en préciser la date, ni dire avec certitude si cette lettre a été écrite par le citoyen Eccarius ou par le citoyen Jung. Probablement par le premier : autant que je puis me le rappeler, c'était au citoyen Eccarius que Perron s'était adressé. Voici en termes généraux le sens de cette réponse :
« Le Conseil général, ayant pris | 47 connaissance de la lettre de Perron, adressée à l'un de ses membres, au nom du Bureau central de l'Alliance, déclare qu'il ne s'était prononcé contre l'Alliance qu'à cause de son règlement qui en prétendait faire, au sein de l'Internationale, une organisation indépendante de l'Internationale, mais non à cause de son programme, sur lequel il était parfaitement d'accord, sauf un seul point, V égalisation des classes, tandis que l'Internationale veut l'abolition des classes; en ajoutant d'ailleurs que ce point même, à en juger d'après l'esprit de tout le programme, ne pouvait être qu'une faute d'expression, non une faute de principes; et qu'enfin, aussitôt que l'Alliance en tant qu'organisation internationale et
sieurs les marxistes; c'est là que j'en prends le texte, dont l'authenticité, de cette façon, ne pourra pas être contestée. » [Suit le texte de la décision du Conseil général du 9 mars 1869, texte •qui fut transmis à Genève par une lettre d'envoi datée du 20 mars.]
Après les lignes reproduites ci-dessus, le texte imprimé dans le Mémoire continue par l'alinéa : « Aussitôt que le Bureau central de l'Alliance.. »
Je Bureau international central avec elle se seront dissous, le Conseil générai reconnaîtra toutes les sections de l'Alliance, avec le programme de l'Alliance, comme des sections régulières de l'Internationale ('). »
(i) Le texte de la décision prise par le Conseil général, dans sa séance du g mars 1869, en réponse à la lettre de Perron, a été inséré dans la brochure (œuvre de Marx) Les prétendues scissions dans l'Internationale, circulaire privée du Conseil général (du 5 mars 1872). Voici ce texte :
« Le Conseil général au Comité central de l'Alliance Internationale de la Démocratie socaliste.
« D'après l'article premier de nos statuts, l'Association admet toutes les sociétés ouvrières aspirant au même but, savoir : le concours mutuel, le progrès et l'émancipation complète de la classe ouvrière.
« Les sections de la classe ouvrière dans les divers pays se trouvant placées dans des conditions diverses de développement, il s'ensuit nécessairement que leurs opinions théoriques, qui reflètent le mouvement réel, sont aussi divergentes.
« Cependant, la communauté d'action établie par l'Association Internationale des Travailleurs, l'échange des idées facilité par la publicité faite par les organes des différentes sections nationales, enfin les discussions directes aux Congrès généraux, ne manqueront pas d'engendrer graduellement un programme théorique commun.
«Ainsi, il est en dehors des fonctions du Conseil général de faire l'examen critique du pi ogramme de l'Alli-ince. Nous n'avons pas à rechercher, si, oui ou non, c'est une expression adéquate du mouvement prolétaire. Pour nous, il s'agit seulement de savoir s'il ne contient rien de contraire à la tendance générale de notre Association, c'est-à-dire V émancipation complète de la classe ouvrière. Il y a une phrase dans votre programme qui de ce point de vue fait défaut. Dans l'article 2 on lit :
« Elle (l'Alliance) veut avant tout Végalisation politique, économique et sociale des classes. »
L'égalisation des classes, interprétée littéralement, aboutit à ['harmonie du capital et du travail, si importunément prêchée par les socialistes bourgeois. Ce n'est pas Végalisation des
Aussitôt que le Bureau central de l'Alliance eut reçu cette réponse, ayant reçu d'ailleurs pour cet objet des pleins-pouvoirs confirmatifs des sections des autres pays, ainsi que du groupe de Genève, ce Bureau prononça sa propre dissolution, et en fit aussitôt part à toutes les sections de l'Alliance, en les invitant à se constituer en sections re'gulières de
classes, — contre-sens logique, impossible à réaliser, — mais au contraire l'abolition des classes, ce véritable secret du mouvement prolétaire, qui forme le grand but de l'Association Internationale des Travailleurs. Cependant, considérant le contexte dans lequel cette phrase égjilisaiion des classes se trouve, elle semble s'y être glissée comme une simple erreur de plume. Le Conseil général ne doute pas que vous voudrez bien éliminer de votre programme une phrase prêtant à des malentendus si dangereux. A la réserve des cas où la tendance générale de notre Association serait contredite, il correspond à ses principes de laisser chaque section formuler librement son programme théorique.
« Il n'existe donc pas d'obstacle pour la conversion des sections de l'Alliance en sections de l'Association Internationale des Travailleurs.
« Si la dissolution de l'Alliance et Ventrée des sections dans l'Internationale étaient définitivement décidées, il deviendrait nécessaire, d'après nos règlements, d'informer le Conseil du lieu et de la force numérique de chaque nouvelle section.
u (Séance du Conseil général du 9 mars 1869.) »
Le fac-similé du brouillon de cette décision du Conseil général, rédigé en français, de la main de Marx, a été public dans l'ouvrage de Gustav Jaeckh, Die Internationale, en appendice ^Leipzig, 1904). 11 y a quelques légères différences entre le le texte du brouillon et le texte définitif : c'est sans doute parce que Jung, le secrétaire pour la Suisse, aura cherché à franciser — sans y réussir d'ailleurs — le style du Maître. Ainsi, le texte revu par Jung contient encore cette tournure ultra-germanique : « Il y a une phrase dans votre programme qui de ce point de vue fait défaut », qu'il faut traduire probablement par les mots : qui, à ce point de vue, est Jautive.
l'Internationale, tout en gardant leur programme, et à se faire reconnaître comme telles par le Conseil géne'ral de Londres.
I 48 Et ce fut ainsi que MM. Gue'tat et Duval cessèrent de faire partie de cette terrible société' secrète qui avait agi d'une manière si funeste sur leur pauvre imagination. La société secrète n'avait existé que dans leur cerveau, mais le Bureau central discret avait réellement existé jusque-là, et il cessa d'exister à partir de ce jour (').
Le Bureau central de l'Alliance ayant cessé d'exister, nos rapports officiels, réguliers, avec les sections établies par l'Alliance dans différents pays furent interrompus, de sorte que je ne puis vous dire que d'une manière très générale ce qui advint de ces sections après cet acte de dissolution. La Section de l'Alliance de Naples, après une existence de quelques mois, fut dissoute, et la plupart de ses membres entrèrent individuellement dans l'Internationale- La Section de Madrid se transforma en section de l'Internationale, tout en conservant le programme de l'Alliance. Il en fut de même des sections de l'Alliance à Paris et à Lyon.
C'est ainsi que mourut d'une mort volontaire
(i) Cette dernière phrase, depuis les mots « La société' secrète n'avait existé... », a été omise dans le Mémoire delà Fédération jurassienne.
RAPPORT SUR l'alliance 203
r Alliance Internationale de la Démocratie socialiste. Voulant avant tout le triomphe de la grande cause du prole'tariat, et conside'rant l'Association Internationale des Travailleurs comme l'unique moyen pour atteindre son but, elle s'immola, non par esprit de concession, mais par esprit de fraternité, et I 49 parce qu'elle s'était convaincue de la parfaite justice des résolutions que le Conseil général de Londres, en décembre 1868, avait publiées (') contre elle (2).
L'Alliance dont je parlerai désormais est une tout autre Alliance : ce n'est plus une organisation internationale, c'est la Section isolée, toute locale, de V Alliance de la Démocratie socialiste de Genève,
(i) Le mot publiées est inexact, car il ne fut pas donné de publicité aux résolutions du 22 décembre 1868.
(2) Cet alinéa et le précédent, séparés, dans le manuscrit, par des filets de ce qui précède et de ce qui suit, ont été omis dans le Mémoire. Mais le contenu du premier de ces deux alinéas a été placé dans le texte même du Mémoire, p. 55; et la phrase : « La Section de Madrid se transforma en section de l'Internationale, tout en conservant le programme de l'Alliance », a donné lieu, à la p. 244, à une rectification ainsi conçue : « Lorsque nous écrivions ces mots, nous ne savions pas exactement de quelle manière certains internationaux espagnols avaient appartenu à l'Alliance, si c'était à titre de membres de sections existant en Espagne ou de membres de la section de Genève. Nous sommes aujourd'hui fixes sur ce point : tous les internationaux espagnols qui appartinrent à l'Alliance de la Démocratie socialiste, société publique affiliée à l'Internationale, furent simples membres de la section de Genève. II n'y a jamais eu, à Madrid, une section de l'Alliance '■, la section de l'Internationale y fut créée directement, lors du voyage de Fanelli. »
reconnue, au mois de juillet 1869, comme section re'gulière de l'Internationale par le Conseil ge'ne'ral.
Sur la proposition collective de Perron, de Bakounine, de Becker, soutenus par quelques autres membres du groupe genevois de l'Alliance, ce dernier finit par se soumettre aussi à la de'cision du Conseil ge'ne'ral de Londres. Il décida à l'unanimité sa transformation en section régulière de l'Internationale. La première chose qu'il devait faire pour cela, ce fut de se donner des statuts conformes en tous points aux statuts de l'Association Internationale des Travailleurs. Le citoyen Bakounine fut chargé de les rédiger. Il fut entendu que le programme serait maintenu dans son intégrité, sauf à remplacer, dans l'article second, cette phrase maladroite : « Elle (l'Alliance) veut avant tout Végalisation politique, économique et sociale des classes et des individus », par cette autre plus claire : « Elle veut avant tout l'abolition définitive des classes et l'égalisation politique, économique et sociale des individus ». Mais le règlement devait être complètement refondu, fait à neuf.
La Section de l'Alliance, se réunissant une fois par semaine et toujours en très grand nombre, débattit consciencieusement, longuement, pendant | 50 deux mois à peu près, chaque point du nouveau règlement proposé par Bakounine (*). Ce ne fut pas
(i) Les extraits des procès- verbaux de la Section de l'Alliance de Genève donnés par Max Nettlau dans la Biographie de Bakounine montrent qu'il ne faut pas prendre à la lettre les
RAPPORT SUR l'alliance 20$
seulement une discussion entre quelques individus liabitue's à parler, tous y prirent part ; et ceux qui se taisaient d'abord furent invités par les autres à dire leur opinion. Cette longue et consciencieuse discussion contribua beaucoup à éclaircir les ide'es et à de'terminer les instincts de tous les membres de la section. Enfin, après ce débat prolongé, les nouveaux statuts furent adoptés à l'unanimité dans la seconde moitié de juin 1869 (').
Qu'il me soit permis de citer ici les premiers articles du nouveau règlement. Ce sera la meilleure réponse à nos calomniateurs, qui ont osé dire que nous voulions la dissolution de l'Association Internationale des Travailleurs :