‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 12 sur 25 · L AGITATION EN AUTRICHE J · texte numérisé non relu

L AGITATION EN AUTRICHE J

socialistes bourgeois de Vienne, de Munich et de Stuttgart, et qu'ils ne reconnaissaient d'autre patrie que le camp international des travailleurs de tous les pays luttant contre le capital bourgeois; que pour eux il n'y a ni Allemands, ni Slaves, ni Magyars, ni Italiens, ni Français, ni Anglais, mais des hommes seulement, —leurs amis, s'ils sont des travailleurs, leurs ennemis s'ils sont des bourgeois exploiteurs et dominateurs.

On ne pouvait poser plus nettement le programme du prolétariat de tous les pays.

Que s'ensuit-il ? Que les ouvriers autrichiens, par tous les efforts qu'ils font pour s'émanciper euxmêmes, servent, non une cause nationale, mais la cause universelle des travailleurs du monde entier. Ne sontrils pas, sous ce rapport, bien au-dessus des populations ouvrières de tous les autres pays, sans en excepter même les ouvriers de la France, qui, à côté de leurs héroïques vertus, ont le grand tort de ne pouvoir jamais oublier qu'ils ont l'honneur d'être Français et que Paris est la capitale de la France, que dis-Je, du monde ?

Les ouvriers viennois ne tiennent pas à Vienne plus qu'à une autre ville. Ils ne se croient pas le centre du monde. Comme ils n'ont aucune tradition héroïque et révolutionnaire dans leur passé, ils ne peuvent heureusement tirer vanité de rien : mais ils sont libres aussi de toutes ces réminiscences de 8g et de g3, fardeau magnifique mais pesant et aiii paralyse trop souvent la puissance créatrice du socia-

72 ARTICLES ÉCRITS POUR LE JOURNAL l'É^alUé

lisme français ; car il faut bien l'avouer, le classicisme révolutionnaire pèse encore aujourd'hui sur l'ima- . gination politique et sociale des Français, comme le classicisme de Corneille et de Racine a pesé longtemps sur leur poésie.

Les ouvriers autrichiens n'ont aucune de ces gloires, mais aussi aucun de ces fardeaux à porter : ils entrent dans la lutte tout vierges, tout nouveaux, nullement épuisés et par conséquent pleins de vie, en politique comme en socialisme; ils devront tout créer; un grand avenir les attend, et il est fort probable qu'ils seront appelés à jeter les premiers fondements de l'Etat international de l'avenir, — de cette République économique et universelle, dont M. Thiers lui-même, cette dernière illustration bourgeoise, ce vieillard septuagénaire et sceptique qui a combattu le socialisme pendant toute sa vie, mais qu'une longue et triste expérience a fini par rendre prophète, vient d'annoncer l'avènement infaillible à ses électeurs bourgeois ahuris.

Les ouvriers de Vienne, qui suivent en général les errements de Lassalle et qui s'instruisent en lisant ses écrits, parlent bien dans leur programme d'un Etat populaire autrichien. Mais d'abord il faut bi en faire la part de leur position politique actuelle : ils sont encore des^t/^eï^autrichiens, et,commetels, soumis à des lois restrictives très sévères et à l'arbitraire d'une police formée sous l'ancien despotisme et pas assez réformée par le libéralisme nouveau. D'ailleurs, les libéraux^ que dis-je, les démocrates

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