‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 7 sur 25 · LETTRE A LA COMMISSION DU JOURNAL IÇ · texte numérisé non relu

LETTRE A LA COMMISSION DU JOURNAL IÇ

pression et l'exploitation permanentes au dedans. Mais laissons ces pauvres vieillards à leurs rêves impuissants et à leurs ridicules utopies. Aux bourgeois appartient aujourd'hui; aux travailleurs demain. Parlons de la grande préparation de demain.

Pour que l'heure de la délivrance définitive du travail sonne, que faut-il? Deux choses, deux conditions inséparables. La première, c' estla solidarité réelle et pratique des travailleurs de tous les pays. A cette puissance formidable, quelle force au monde pourra résister? Il faut donc la réaliser. Il faut que tous les travailleurs opprimés et exploités dans le monde, en se donnant la main à travers les frontières des Etats politiques et en détruisant par là même ces frontières, s'unissent pour l'œuvre commune dans une seule pensée de justice et par la solidarité des intérêts : Tous pour chacun et chacun pour tous- Il faut que le monde se partage une dernière fois en deux camps, en deux partis différents : d'un côté, le travail à des conditions égales pour 'tous, la liberté de chacun par l'égalité de tous, la justice, l'humanité triomphante, — la Révolution ; de l'autre, le privilège, le monopole, la domination, l'oppression et l'éternelle exploitation. Mais du moment que tous les travailleurs de l'Europe et de l'Amérique seront unis, la lutte même deviendra inutile : le parti ennemi disparaîtra de lui-même.

L'autre condition, inséparable de la première, c'est la science ; non la science bourgeoise, falsi-

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fiée, métaphysique, juridique, politico-économique, pédantesque et doctrinaire, qu'on enseigne dans les universités; mais la vraie science humaine, fondée sur la connaissance positive des faits naturels, historiques et sociaux, et n'acceptant d'autre inspiration que la raison, le bon sens. Savoir, c'est pouvoir. Il faut donc aux travailleurs la solidarité et la science.

Développer ces deux conditions essentielles de leur triomphe, n'est-ce pas là, cher ami, l'objet principal de l'organe que les sections romandes de la Suisse vont fonder? Participer à cette œuvre est le devoir de chacun, et je serai fier et heureux de pouvoir y contribuer par mes faibles efforts.

Il est une question surtout qu'il me paraîtrait important de traiter aujourd'hui. Vous savez que ces pauvres bourgeois, pressés par la force inéluctable des choses et faisant de nécessité vertu, se font aujourd'hui socialistes; c'est-à-dire qu'ils veulent falsifier le socialisme, comme ils ont falsifié tant d'autres excellentes choses à leur profit. Longtemps ils ont combattu jusqu'à ce mot « socialisme», et j'en sais quelque chose, moi qui, au sein du Comité central de la Ligue de la paix et de la liberté, ai passé un hiver, que dis-je, une année tout entière, à leur expliquer la signification de ce mot. Maintenant ils disent le comprendre. J'attribue ce miracle non à ma pauvre éloquence, mais à l'éloquence des faits qui ont parlé plus haut que moi. La grève de Genève, celle de Charleroi, en Belgique, le fiasco essuyé par

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