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conjugaux et maternels, d'irréprochable dignité d'un veuvage précoce, nous ne parcourons pas ses œuvres ni ses lettres sans y sentir quelques souffles de l'esprit nouveau qui va agiter l'opinion et troubler le cœur des femmes , vivifier la société et énerver la famille, sans y observer certains symptômes qui trahissent l'impatience du joug, la révolte du cceur comprimé, l'amour de la liberté dans le respect de la règle, et jusque dans la vertu, ce goût des voluptés de l'esprit qui ne comporte pas l'entier mépris des autres.
Mais qu'importe au lecteur que la vertu de M'"^ de Lambert, comme toutes les vertus solides, n'ait pas été sans effort, sans lutte secrète, et que, comme toutes les vertus sincères, elle ne se soit pas crue dispensée d'être aimable? Bien loin d'y perdre, il y gagne} il y gagne ce je ne sais quoi de pénétrant dans l'observation, ce je ne sais quoi de tendre dans la charité que garde l'expérience des femnies qui ont lutté et souffert pour la victoire, et qui sont désormais assez sûres d'elles-mêmes pour ne redouter aucune défaillance et jouer sans danger avec les passions et les idées.
C'est ainsi que nul, sauf les pédants et les bégueules, pour lesquels nous n'écrivons point, — nous adressant exclusivement aux honnêtes femnies qui ne se sont interdit ni le goût de l'esprit, ni la pratique du naturel, ni le charme du sourire, — ne saurait se scandaliser du commerce familier que M*"^ de Lambert se plut à
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entretenir avec deux abbés, de cour plus que d'église, qui n'avaient guère d'ecclésiastique que le bénéfice, et ont surtout fait parler d'eux dans la littérature, l'abbé de Choisy et l'abbé de Chaulieu.
C'est au premier de ces abbés que M'"^ de Lambert envoyait ses Réfexions sur les femmes, d'une certaine hardiesse pour son temps, quelque peu émoussée pour le nôtre, tant le progrès des mœurs a rendu générale celte culture d'esprit qui n'était encore qu'exceptionnelle chez les femmes, mais qui gardent encore une saveur piquante de finesse et de malice. Elle les lui dédiait en ces termes galants qu'il aimait, poussant le désir de lui être agréable jusqu'à parler son propre langage.
Voilà le petit ouvrage que vous m'avez fait faire. Je n'ai pas eu le temps de le perfectionner : des sentimens plus sérieux occupent mon âme, et des affaires plus importantes mon loisir. De plus j'ai eu peine à rappeler des idées agréables, depuis longtemps oubliées. Pour vous, qui les avez toujours présentes, et qui n'avez jamais pu épuiser ce fonds de joie qui est en vous, quelque dépense que vous en ayez su faire; vous à qui la jeunesse sied bien, puisqu'elle n'en écarte ni les jeux ni les amours; vous qui avez su rétablir l'intelligence entre les passions et la raison, de peur d'en être inquiété; vous qui, par une sage économie, avez
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tDujouis des plaisirs en réserve et qui les faites succéder les uns aux autres; vous qui avez su ménager la nature dans ses plaisirs, afin que les plaisirs soutinssent la nature; vous enfin qui, comme Saint-Evremond, dans vos belles années viviez pour aimer et qui présentement aimez pour vivre, vous avez raison, mon cher abbé; dérobons ces derniers momens à la fatalité qui nous poursuit. Je demande à votre amitié et à votre fidélité que ce petit écrit ne sorte jamais de vos mains. Vous seul êtes le confident de mes débauches d'esprit.
Confidence pour confidence. L'abbé, en effet, s'était permis de dédier à la marquise, qui l'avait souffert avec l'indulgence propre, en ce temps-là surtout, aux honnêtes femmes, une débauche d'esprit beaucoup moins innocente, puisqu'il s'agit de l'histoire lascive de ses aventures et bonnes fortunes, sous le déguisement féminin de la comtesse Des Barres.
Mais examinons un moment le petit écrit ainsi présenté et recherchons-y ces lumières que les femmes, en ne voulant montrer que leur esprit, projettent parfois jusque sur leur cœur.
Un des principaux objets de ces Réflexions sur LES FEMMES est de les défendre contre le ridicule qui s'attache [reportons-nous au temps où M'"« de Lambert écrivait ce plaidoyer) à celles qui, par goût ou
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par sagesse, ou même par un noble orgueil qui n'est que le sentiment de leur égalité, s'adonnent à la culturc des sciences et des lettres. « // est devenu si redoutable, ce ridicule, qu'on le craint plus que le déshonneur. » M'"^ de Lambert ajoute : « Si l'on passe aux hommes l'amour des lettres, on ne le pardonne pas aux femmes. »
La marquise apporte dans cette apologie des femmes savantes, ou plutôt des femmes lettrées, une énergie qui respire un sentiment personnel. C'est bien un plaidoyer pro domo sua. De même qu'elle reproche à Don Quichotte d'avoir, en ridiculisant la chevalerie, énervé le courage national, de même elle fait grief à Molière d'avoir amolli le sexe et corrompu les mœurs par sa comédie des Femmes