XXIV ETUDE BIOGRAPHIQUE
Le langage du salon n'est pas celui du sanctuaire. Ce n'est pas à nous de trouver sa dévotion plus raisonnable que tendre, de nous plaindre que l'hommage rendu par elle à la religion soit trop tempéré, trop discret. Nous nous adressons avec elle aux honnêtes gens, aux honnêtes femmes. Kien ne saurait les choquer dans les avis et les conseils de M"^^ de Lambert, et Vimmense majorité de nos lecteurs et de nos lectrices sera plus satisfaite de ce qu'ils contiennent que mécontente de ce qui leur manque.
C'est en nous plaçant désormais exclusivement au premier de ces deux points de vue que nous continuerons de rechercher et de signaler ce qui, dans les auvres morales de M'"^ de Lambert, est digne de ne point périr, ce qui a gardé le mérite ou le charme de la fine observation, de l'expérience délicate, de la sagesse piquante, de la décente hardiesse, de l'aimable liberté.
Peu importe donc que le vrai chrétien puisse demander plus que ce qu'il trouve dans ces traités de morale profane et à l'usage des laïques, que la religion y soit pour la première fois définie à la manière du XVIII^ siècle, qu'on y sente déjà comme un accent avant-coureur de Jean-Jacques. Ces deux remarques sont de Sainte-Beuve, qui les fait coninic nous, uniquement pour l'acquit de sa conscience critique. Ces traits, d'ailleurs, ne sont pas les seuls où il note « les signes précurseurs qui marquent la tran-
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sition à un âge nouveau » . // fait remarquer encore, (t non pour blâmer, mais pour faire ressortir et qu'il y a de neuf et de vif pour son temps, et même pour le nôtre, dans l'auvre de M"^^ de Lambert, le passage qui respire un si profond mépris de la cour; mépris d'esprit, bien entendu « ; Qu'on trouve de peuple à la cour!... J'appelle peuple, ajoute-t-elle, tout ce qui pense bassement et communément. La cour en est remplie. » Elle est encore en avant de son temps dans ce qu'elle dit du mérite, « auquel on doit de l'estinie et un respect de sentiment », c?«/is la façon dont elle parle de /'humanité « qui souffre de l'extrême différence que la fortune a mise d'un homme à un autre », dans la manière aussi dont elle recommande la bonté envers les domestiques , « parce que l'humanité et le christianisme égalent tout ». Enfin, il convient d'observer, comme symptôme, ce culte nouveau de l'oracle intérieur, du témoignage personnel de la conscience : « ce sentiment intérieur d'un honneur délicat qui vous assure que vous n'avez rien à vous reprocher. » On sait l'abus qu'on allait bientôt faire de la conscience comme type idéal du bien, voix du devoir, et comme règle des actions humaines.
Si M'"^ de Lambert est la première femme honnête homme du XVIIl^ siècle, et si, au témoignage du moins des contemporains, elle est toujours demeurée honnête femme, dans le sens de respect des devoirs