XXX ETUDE BIOGRAPHIQ^UE
/es Muses etoient en société avec les Grâces n^M^^^de Lambert offre à l'ombre charmante de M"'^ Henriette d'Angleterre l'hommage d'un regret ému; elle constate avec M"^^ Dacier la supériorité reconnue de son sexe « dans ce qui est de goût s>^ elle le montre capable plus que l'autre de savourer a ces joies sérieuses qui ne font rire que l'esprit » et ne troublent pas le caur; enfin, par des circuits un peu subtils, qui attestent la familiarité des labyrinthes du Tendre, elle arrive à l'amour, qui est, au fond, l'objet de sa thèse: car elle est de celles qui pensent volontiers aux passions, si elles ne se les permettent pas.
Donc, elle reproche aux hommes « de gâter toutes les dispositions que leur a données la nature (aux femmes), de négliger leur éducation, de n'occuper leur esprit à rien de solide, de les destiner à plaire, et à ne plaire que par leurs grâces ou par leurs vices » .
Mais, ajoute-t-elle, « ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'en les formant pour l'amour, nous leur en défendons l'usage. Il faudrait prendre un parti : si nous ne les destinons qu'à plaire, ne leur refusons pas l'usage de leurs agrcmens. Si vous les voulez raisonnables et spirituelles, ne les abandonnez pas quand elles n'ont que cette sorte de mérite... Quand les hommes voudront, ils réuniront toutes ces qualités [les intérieures et les extérieures), et ils trouveront des femmes aussi aimables que respectables. Ils prennent
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sur leur bonheur et sur leur plaisir, quand ils les dégradent. Mais de la manière dont elles se conduisent, les mceurs y ont infiniment perdu et les plaisirs n'y ont pas gagné. »
On voit que dans cette apologie de son sexe qui va jusqu'à placer sous les auspices de Saint-Evremond et son autorité galante cette opinion a qu'il est moins impossible de trouver dans les fem.ni.es la saine raison des hommes que dans les hommes les agrémens des femmes -n, M"^^ de Lanibert ne prive pas sa défense du ragoût de l'attaque. On le verra bien mieux encore, car nous ne pouvons ici qu'indiquer les grandes lignes du systènie de M'"« de Lambert et signaler les bons endroits, quand on lira ces Reflexions sur LES FEMMES , qui sont l'œuvre la plus originale, la plus personnelle , la plus caractéristique de M'"^ de Lambert.
On y trouve sous la grâce un peu fanée, et qui semble fade aux goûts blases, d'une forme antique, le piquant d'un fonds d'idées tout moderne; plus d'un des traits lancés par cette main avisée aux hommes de son temps, à propos de cette contradiction qui réduit les femmes à la coquetterie tout en les condamnant à la vertu, atteint jusqu'aux hommes du nôtre; et les femmes d'aujourd'hui , comme celles d'autrefois, ne peuvent que goûter les conseils d'une personne qui les défend si bien, et qui leur dit les dangers de l'amour dans cette même langue dont