‹ Œuvres morales de la Mise de LambertChapitre 14 sur 34 · XXXII ETUDE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXXII ETUDE BIOGRAPHIQUE

Marivaux s'est servi pour en exprimer les nuances. Tout est nuance aussi dans M'"* de Lambert, moraliste de la famille de Marivaux. L'amour, selon elle, est une passion à la fois permise et défendue, nuisible et salutaire. Tout y dépend de la quantité et de la qualité, de la dose, de la mesure, de l'usage.

L'amour est le premier plaisir, la plus douce et la plus flatteuse de toutes les illusions. Puisque ce sentiment est si nécessaire au bonheur des humains, il ne faut pas le bannir de la société; il faut seulement apprendre à le conduire et à le perfectionner. Il y a tant d'écoles établies pour perfectionner l'esprit ; pourquoi n'en pas avoir pour cultiver le cœur? C'est un art qui a été négligé. Les passions cependant sont des cordes qui ont besoin de la main d'un grand maître pour être touchées. Echappet-on à qui sait remuer les ressorts de l'àrae par ce qu'il y a de plus vif et de plus fort ?

Continuant cette analyse raffinée mais pénétrante, M*"^ de Lambert remarque « que ce que l'amour fait souffrir, souvent n'apprend pas à s'en passer ; il n'apprend qu'à le déplorer ». Elle est conduite, pour chercher le remède, à décrire le mal, « à examiner la conduite des femmes dans l'amour et leurs difjérens caractères ».

Nous passons sur le portrait et le caractère des

ET LITTERAIRE

femmes « qui ne cherchent et qui ne veulent que les plaisirs de l'amour )), de celles « qui joignent l'amour et les plaisirs )■> , et nous arrivons au type préféré où. M'"* de Lambert se mire dans sa ressemblance, quand elle parle « de ces quelques-unes qui ne reçoivent que l'amour et qui rejettent tous les plaisirs » ,

Il y a là une conception de la passion dans le devoir, de l'amour dans la vertu, qui n'a rien de vulgaire, bien que peut-être cet idéal offert à l'imitation soit d'un platonisme encore plus romanesque qu'héroïque. Mais il y aurait mauvaise grâce à railler. C'est faire preuve de plus de justice et de plus de goût à la fois que de s'incliner avec le respect que méritent les belles illusions, les nobles chimères, devant celle qui a su si bien plaider la cause d'une conciliation entre l'aniour et la vertu, a le bonheur et l'innocence », faite pour relever la femme à ses yeux et aux nôtres.

Pourquoi donc, après tout, y aurait-il là une impossibilité? M'"^ de Lambert n'y croyait pas, et, en la lisant, on partage sa confiance. On l'eût encore mieux partagée si on l'eût connue, puisque, comme les contemporains l'attestent, et comme elle s'en flatta elle-même un jour qu'une trop piqucmlc cûlusion fil violence à sa modestie, elle pouvait fournir sa propre expérience et l'exemple de sa vie en témoignage de cette conciliation taxée de chimère, et qu'elle sut réaliser.

Madame de Lambert. e

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