TRAITÉ D'ISIS ET D'OSIRIS
C'est un devoir pour les hommes sensés, illustre Cléa1, de demander aux dieux tous les biens ; mais celui que nous devons surtout désirer d'obtenir d'eux , c'est de les connaître autant que l'homme en est capable. Le plus beau présent que Dieu puisse nous faire, c'est la connaissance de la vérité. Dieu abandonne aux hommes tous les autres biens, qui lui sont comme étrangers, et dont il ne fait aucun usage. En effet, ce n'est pas l'or et l'argent qui rendent la Divinité heureuse ; ce n'est pas le tonnerre et la foudre qui font sa force, mais la prudence et le savoir; et rien n'est plus beau que ce que dit Homère en parlant de Jupiter et de Neptune :
Issus du plus beau sang" de la race divine, Ils ont eu Fun et l'autre une même origine. Jupiter le premier, par l'âge et le savoir, Exerce dans les cieux le suprême pouvoir.
Il donne à Jupiter une puissance supérieure à celle de Neptune, parcequ'il est le premier en sagesse et en science.
Le bonheur de la vie éternelle , qui fait le partage de Dieu, consiste, si je ne me trompe, dans la faculté qu'il a de conserverie souvenir du passé. Qu'on sépare de l'immortalité la connaissance et le savoir, ce ne sera plus une vie, mais une longue durée de temps. La recherche de la vérité , et principalement de celle qui a pour objet de connaître les dieux, n'est autre chose que le désir de partager leur bonheur ; cette étude, et l'instruction qu'elle procure, est une sorte de ministère sacré plus auguste et
i Nous avons déjà vu dans le traité historique des Actions courageuses des femmes, qui est aussi adressé à Cléa, que c'était une femme distinguée par sa naissance et par son savoir, et nous verrons dans celui-ci qu'elle était grande-prêtresse de Bacchus à Delphes, et que, dans son enfance, ses parents l'avaient initiée aux mystères d'Isis,
plus vénérable qu'aucune consécration, et que tout lë culte que nous rendons aux dieux dans les temples. 11 n'est point de divinité à laquelle ce ministère soit plus agréable qu'à la déesse que vous servez , dont le caractère particulier est la sagesse et la science; son nom même nous fait connaître qu'il n'en est point à qui la connaissance et le savoir conviennent davantage.
Car [sis est un mot grec, de même que Typhon 1 ; celuici est l'ennemi de la déesse ; dans l'orgueil que lui inspirent l'erreur et l'ignorance, il dissipe, il détruit là doctrine sacrée qu'Isis recueille et rassemble avec soin, qu'elle communique à ceux qui , par leur persévérance dans une vie sobre, tempérante, éloignée des plaisirs des sens, des voluptés et des passions , aspirent à la participation de la nature divine; qui s'exercent assidûment dans nos temples à ces pratiques sévères, à ces abstinences rigoureuses, dont la fin est la connaissance du premier et souverain être , que l'esprit seul peut comprendre, et que la déesse nous invite à chercher en elle-même, comme dans le sanctuaire où il réside. Le nom même du temple annonce clairement qu'on y trouve la connaissance et l'intelligence de l'Être suprême. Il se nomme [sèium, nom qui désigne que nous y connaîtrons celui qui est2, si nous en approchons avec une raison éclairée et un respect religieux.
Les uns disent qu'Isis est fille de Mercure; d'autres, de Prométhée3. Celui-ci est regardé comme l'auteur de la sagesse et de la prévoyance ; Mercure passe pour l'inventeur de la grammaire et de la musique. Aussi, à Hermo-
1 Isis, selon cette étymologie , signifie science, et Typhon, orgueil, enflure.
2 C'est le nom que Dieu prend dans l'Ecriture : Je suis celui qui est. (Voyez la fin du traité sur l'Inscription EL)
3 Le Mercure des Latins, qui était l'Hermès des Grecs, portait chez les Égyptiens le nom de Thot ou Thaul, et de Teulalès chez les Celtes. Les Égyptiens en reconnaissaient trois, au moins deux.
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polis1, donne-t-on à la première des Muses les noms d'Jsiset de Justice, parceque cette déesse, comme je viens de le dire, est la sagesse même, et qu'elle découvre les vérités divines à ceux qui sont véritablement et avec justice des hiérophores et des hiérostoles. Les premiers sont ceux qui portent dans leur ame , comme dans une corbeille2, la doctrine sacrée qui concerne les dieux, purifiée de ces opinions étrangères dont la superstition Ta souillée ; les autres couvrent les statues des dieux de robes en partie noires et obscures, en partie claires et brillantes ; ce qui nous fait entendre que la connaissance que cette doctrine nous donne des dieux est entremêlée de lumières et de ténèbres. Telle est l'allégorie que renferment ces vêtements sacrés , et Ton en revêt les prêtres d'Isis après leur mort, pour montrer qu'ils conservent encore la connaissance de la vérité, et que c'est la seule chose qu'ils emportent avec eux dans l'autre vie.
En effet, Cléa, comme ce n'est ni la barbe ni le manteau qui font les vrais philosophes, ce n'est pas non plus une robe de lin, ni l'usage de se raser, qui font les prêtres d'Isis. Un véritable isiaque est celui qui, après s'être instruit avec exactitude des faits que l'on raconte de ces divinités, les soumet à l'examen de la raison, et cherche, en vrai philosophe, à s'assurer de leur vérité. La plupart
1 Hermopolis, ou ville de Mercure, était de la préfecture Sébennilique dans la Basse-Égypte, près d'une des embouchures du Nil, laquelle portait le nom de Sébennitique, à cause de la ville de Sébennitc, voisine de cette embouchure. Je n'ai point vu citer ailleurs ces Muses d'Hermopolis.
2 Allusion aux corbeilles sacrées dans lesquelles on portait les offrandes pour les dieux. On sent ce qu'il faut penser de ces étymologies de noms égyptiens dérivées de la langue grecque. C'était la maniedes Grecs de vouloir paraître ne devoir qu'à eux-mêmes toutes leurs connaissances. Ils ne pouvaient cependant pas se dissimuler qu'ils en avaient puisé un très grand nombre chez les Egyptiens, où leurs premiers législateurs et plusieurs de leurs philosophes avaient voyagé. Mais l'amour-propre national les aveuglait au point qu'ils croyaient même avoir porté la lumière chez les autres peuples.
des hommes ignorent les raisons des choses même les plus simples, les plus communes , pourquoi, par exemple, les prêtres d'Egypte se font raser et portent des robes de lin ; les uns ne se mettent pas même en peine de le savoir ; d'autres croient que c'est par respect pour les brebis qu'ils ne font pas usage de leur toison et qu'ils s'abstiennent de manger leur chair ; qu'ils se rasent la tête en signe de deuil, et qu'ils portent des robes de lin parceque la fleur de cette plante est d'une couleur semblable à celle du voile azuré qui environne le monde.
Mais ces différentes pratiques ont toutes un même motif. Celui qui est impur, dit Platon, ne doit pas s'approcher de l'être essentiellement pur. Or, le superflu des aliments, et en général toute sécrétion est nécessairement impure. Les laines, les poils, les cheveux et les ongles sont les produits des sécrétions. Il serait donc ridicule que les prêtres d'Isis, qui, dans l'exercice de leur ministère, se rasent tout le corps, employassent pour leurs vêtements la laine des brebis. Quand Hésiode nous dit :
Des banquets de nos dieux ne prenez point le temps Pour couper de vos doigts les ongles renaissants,
il nous avertit par là de prévenir les jours de fêtes, et de ne pas attendre le moment des sacrifices pour nous purifier de ces sécrétions superflues. Le lin est une production de la terre immortelle ; il donne un fruit bon à manger, fournit un habillement propre et fin qui nous couvre sans nous charger, qui convient dans toutes les saisons, et a, dit-onf la propriété d'écarter une vermine dégoûtante. Mais nous traiterons ailleurs de ces objets.
Les prêtres ont tant d'horreur pour toutes les sécrétions, que non-seulement ils s'abstiennent des viandes qui en produisent d'abondantes, comme la chair du mouton et celle du porc, et du plus grand nombre de légumes, mais que , dans l'exercice de leur ministère, ils s'inter-
d'isis et d'osiris. 323 (lisent absolument le sel, et entre plusieurs autres raisons, parcequ'il excite à manger et à boire au delà du besoin. Il serait absurde de croire avec Aristagoras1 que le sel est impur, parcequ'en le cristallisant il y meurt un grand nombre de petits animaux qui s'y trouvent renfermés. On dit aussi qu'ils abreuvent le bœuf Apis de l'eau d'un puits particulier, et qu'ils lui interdisent absolument celle du Nil; non qu'ils regardent, suivant l'opinion de quelques auteurs, cette eau comme impure à cause du crocodile, car il n'est rien que les Egyptiens aient autant en vénération que le Nil, mais parceque l'eau de ce -fleuve passe pour engraisser et donner un embonpoint extraordinaire. Ils ne veulent donc pas qu'Apis soit trop gras, comme ils évitent eux-mêmes de l'être, afin que leur ame ait pour domicile un corps léger et dispos , et que la portion de divinité qui habite en nous ne soit pas appesantie et déprimée par la substance mortelle.
A Héliopolis 2 , , les prêtres du Soleil , durant tout le temps de leur ministère , ne portent pas même de vin dans le temple, parcequ' ils ne croient pas convenable de boire pendant le jour, tant qu'ils sont sous les yeux de leur seigneur et de leur roi. Les autres prêtres en usent, mais en très petite quantité. Dans plusieurs de leurs solennités, ils s'en privent totalement, et passent le temps que durent leurs fonctions à apprendre, à méditer, ou à enseigner les vérités divines. Les rois eux-mêmes, au
1 Aristagoras avait compose une histoire d'Egypte, citée par Etienne de Byzance, et par Elien, qui dit que cet historien avait expliqué les marques qui devaient distinguer le bœuf Apis qu'on honorait à JYlemphis. Il avait aussi décrit les pyramides.
2 Héliopolis, ou ville du Soleil, était située dans la fiasse-Egypte, dont elle fut quelque temps la capitale, jusqu'à ce que les rois eurent préféré le séjour de Tanis, qui dès lors devint la métropole de cette partie de l'Egypte. Héliopolis, selon Diodore de Sicile, avait été bâtie par Aclis, un des Héliades, ou prem'u rs habitants de l'île de Rhodes, qui lui donna le nom du Soleil, dont il se disait le fils.
rapport d'Hécatée* , n'avaient qu'une portion de vin réglée par les livres sacrés, parcequ'ils étaient associés au sacerdoce2. Ce ne fut même que sous le règne de Psammétique5 qu'ils commencèrent d'en boire ; auparavant il leur était interdit, et ils ne l'employaient pas même dans les libations, persuadés qu'il n'est pas agréable à la Divinité, et que le sang des Titans qui combattirent autrefois contre les dieux , en se mêlant avec les sucs de la terre, avait produit les vignes. Aussi ceux qui s'enivrent perdent-ils la raison parcequ'ils sont remplis du sang impur de la terre. Eudoxe, dans le second livre de sa Géographie4, rapporte ces faits, qu'il dit tenir des prêtres égyptiens eux-mêmes.
Les Egyptiens, en général, ne s'abstiennent pas de tous les poissons de mer; chaque tribu fait usage de certaines espèces et en rejette d'autres. Ainsi les oxyrinchites ne mangent aucun de ceux qui ont été pris à l'hameçon. Comme ils adorent les oxyrinches, ils craignent que l'ha-
1 Plusieurs historiens ont porté le nom d'Hécatée ; celui-ci est vraisemblablement l'Abdérilain, contemporain d'Alexandre , qui, au rapport de Diodore de Sicile, avait écrit sur la philosophie égyptienne.
2 Les Egyptiens étaient divisés en trois classes , les prêtres, les militaires et le reste du peuple. Quand la famille régnante s'éteignait, et qu'il fallait procéder à une élection, le roi n'était jamais choisi que dans les deux premières classes. Lorsqu'on le tirait de la classe militaire, il était admis aussitôt après son inauguration dans la classe sacerdotale, ce qui se faisait avec des cérémonies particulières. Alors on l'initiait à la doctrine secrète, qui, réservée aux seuls prêtres, n'était communiquée à aucune autre des deux classes. Il était soumis à une partie du régime sacerdotal, et non à l'abstinence la plus rigoureuse, puisque nous voyons ici qu^il buvait une portion de vin réglée par les livres sacrés, et qui n'était pas assez considérable pour l'exposer à l'ivresse.
3 Psammétique fut un des douze seigneurs égyptiens qui, après l'extinction de la dynastie des rois éthiopiens qui avaient régné en Égypte, se saisirent de l'autorité, et partagèrent entre eux le royaume. Il finit par régner seul vers l'an 670 avant Jésus-Christ.
* C'est Eudoxe de Gnide, grand astronome et grand géomètre, disciple de Platon , qu'il accompagna en Égypte. Il avait composé un grand nombre d'ouvrages; celui que Plutarque cite ici contenait de grands détails sur les mœurs et les usages des nations.
d'isis et d'osiris. 32;> meçon n'ait été souillé en prenant quelqu'un de ces poissons. Ceux de Syène1 ne touchent point au pagre2, parcequ'ils croient que ce poisson paraît lorsque le Nil est prêt à déborder, et que sa présence annonce cette crue si désirée. Les prêtres s'abstiennent de toutes les espèces de poissons. Le neuvième jour du premier mois, chaque Egyptien mange, devant la porte de sa maison, du poisson rôti. Les prêtres en font brûler devant leurs portes, mais ils n'y touchent pas. On donne de cet usage deux raisons, dont l'une, religieuse et plus relevée, a rapport aux opinions philosophiques et pieuses qu'on a sur Osiris et sur Typhon : j'y reviendrai dans un autre endroit ; l'autre est commune et connue de tout le monde : c'est que le poisson n'est ni un aliment nécessaire ni un mets agréable. Homère confirme cette opinion lorsqu'il dit que ni les Phéaciens , peuple délicat et voluptueux, ni ceux d'Ithaque, nation insulaire, ne faisaient usage de poissons, et que les compagnons d'Ulysse , pendant une si longue navigation sur mer, n'en mangèrent que dans le plus pressant besoin. En un mot, ils croient que la mer a été formée par le feu ; qu'elle est hors des bornes de la nature ; qu'elle n'est ni une partie de la terre ni un élément, mais une sécrétion étrangère, une production vicieuse et corrompue; car ils n'ont rien mêlé d'absurde dans leurs cérémonies religieuses, rien de fabuleux, rien qui prenne sa source dans la superstition, comme quelques uns le pensent. Elles ont toutes des raisons de morale ou d'utilité, ou bien elles rappellent des traits intéressants d'histoire, ou enfin elles ont rapport à quelques
1 Syène était une ville considérable de la Thébaïde, située sur le Nil, aux confins de 1'Égyple et de l'Ethiopie. Strabon place cette ville précisément sous le tropique du Cancer, et dit qu'on n'y voit point d'ombre dans le temps du solstice.
2 Le pagre est un poisson du genre des spares; Arislote n'en dit autre chose, sinon qu'on le trouve indistinctement dans la haute mer el sur les côtes, et qu'il a une pierre dans la tête.
phénomènes de la nature. Telle est celle qui regarde les oignons.
Rien n'est plus destitué de vraisemblance que le fait qu'on donne pour cause de l'abstinence de ce légume. On raconte que Dictys , un des nourrissons de la déesse, en cueillant des oignons, tomba dans le fleuve, et s'y noya. Si les prêtres ont de l'aversion pour ce végétal et s'abstiennent dv'en manger, c'est qu'il ne prend jamais plus d'accroissement et de vigueur que dans le décours de la lune ; d'ailleurs il ne leur convient ni dans le temps d'abstinence et de purification, parcequ'il excite la soif, ni dans leurs jours de fêtes, parcequ'il provoque les larmes. Ils regardent aussi le porc comme un animal impur, parcequ'il s'accouple plus ordinairement dans le décours de la lune, et que l'usage de son lait cause la lèpre et d'autres maladies cutanées. Il est vrai qu'une seule fois l'année ils sacrifient dans la pleine lune un de ces animaux, dont ils mangent la chair. On donne pour raison de cet usage que Typhon , poursuivant un porc pendant la pleine lune , trouva le coffre de bois où était enfermé le corps d'Osiris, qu'il coupa en plusieurs morceaux, et dispersa de côté et d'autre. Mais bien des gens rejettent cette explication, et la croient, comme plusieurs autres, sans aucun fondement.
Ils disent que les Egyptiens étaient anciennement si fort ennemis du lux,e, de la délicatesse et de la sensualité, qu'ils avaient érigé à Thèbes1, dans le temple d'Isis, une colonne sur laquelle étaient gravées des imprécations contre le roi Ménis, qui, le premier, leur avait fait abandonner leur manière de vivre simple, frugale et modeste. On dit aussi que Technatis, père de Bocchoris, pendant
* C'est la Thèbes d'Egypte, capitale de la Thébaïde, contrée la plus méridionale de ce royaume. Elle fut, dit-on, fondée par Osiris, ou, suivant d'autres, par Busiris, qui, selon Diodore, la rendit la ville la plus opulente du monde entiee*
D ISFS et d'osiris. SU son expédition contre les Arabes, un jour que son bagage fut retardé, mangea avec plaisir les mets les plus simples, et dormit d'un sommeil profond sur un lit de feuillage. Il embrassa dès lors une vie frugale, et en prit occasion de prononcer contre Ménis les imprécations qui, de l'avis des prêtres, furent gravées sur cette colonne.
Les rois d'Egypte étaient pris dans Tordre des prêtres ou dans celui des guerriers, parceque les premiers étaient estimés et honorés pour leur sagesse, et les autres pour leur valeur. Lorsque le choix tombait sur un guerrier, il était aussitôt associé au sacerdoce, et on l'instruisait dans cette philosophie secrète dont la plupart des dogmes sont enveloppés de fables et d'allégories, qui ne laissent apercevoir que comme dans un jour sombre des traces obscures de la -vérité. C'est ce qu'ils nous font eux-mêmes entendre clairement par ces sphinx qu'ils'placent ordinairement devant leurs temples , et qui désignent que leur théologie est une science obscure et énigmatique. A Sais 1 , on lisait sur le temple de Minerve, qu'on croit être la même qu'Isis, l'inscription suivante : Je suis tout ce qui a été, qui est et qui sera. Nul mortel na pu lever jusqu'ici le voile qui me couvre.
On croit assez généralement qxïJmoun, dont les Grecs ont fait Ammon, était, chez les Egyptiens, le nom propre de Jupiter. Manéthon2 le Sébennite croit que ce mot désigne ce qui est caché, ou l'action même de cacher. Hécatée d'Abdère dit que les Egyptiens s'en servent pour
1 Sais était une ville célèbre de la Basse-Égypie ou du Delta, dans la préfecture Saïlique. Alhéné ou Minerve y était singulièrement honorée sous le nom de Neitha. Les prêtres de cette ville étaient célèbres par leur sagesse, et les philosophes de la Grèce allaient s'instruire à leur école.
2 Manéthon , grand-prêtre d'Héliopolis dans la Basse-Égypte, où était aussi Sébennite, avait composé une histoire d'Égypte ; il vivait sous Ptolémée Philadelphe ou sous Ptolémée Soter. Cet ouvrage était fort estimé des anciens. Il y eut un autre prêtre égyptien du même nom, auteur de plusieurs ouvrages, et en particulier d'un livre sur les parfums qu'on employait en Egypte dans les sacrifices qui s'offraient tous les jours.
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s'appeler les uns les autres ; que ce nom est de sa nature appellatif ; que ce peuple , qui croit que le premier des dieux, qu'il confond avec l'univers, est un dieu caché et inconnu, l'invoque et le prie de se découvrir à eux, en lui disant Amoun ; tant ce peuple portait de retenue et de réserve dans sa philosophie religieuse! C'est ce qu'attestent unanimement les plus sages d'entre les Grecs, Solon, ïhalès, Platon, Eudoxe, Pythagore, et, suivant quelques uns, Lycurgue lui-même, qui tous voyagèrent en Egypte, et y conférèrent avec les prêtres du pays. On dit qu'Eudoxe fut instruit par Conuphis de Memphis, Solon par Sonchisde Sais, et Pythagore par Enuphis l'Héliopolitain. Pythagore surtout, plein d'admiration pour ces prêtres, à qui il avait inspiré le même sentiment, imita leur langage énigmatique et mystérieux, et enveloppa ses dogmes du voile de 1»' allégorie. La plupart de ces préceptes ne diffèrent point de ce qu'on appelle en Egypte des hiéroglyphes. Tels sont ceux-ci : Ne mangez pas dans un char. Ne vous asseyez pas sur le boisseau. Ne plantez point de palmier. Ne remuez pas le feu avec Vépée dans votre maison. Je crois aussi que les pythagoriciens, en assignant à quelques uns de leurs dieux des nombres particuliers , à Apollon la monade, à Diane ladyade, à Minerve le septénaire, et à Neptune le premier cube, ont voulu imiter ce qui se pratique ou ce qui est représenté dans les temples d'Egypte.
Les Egyptiens y désignent par un' œil et un sceptre Osiris, leur seigneur et leur roi. Son nom, suivant quelques interprètes, signifie qui a beaucoup d\jeux. Os, dans leur langue, veut dire beaucoup, et iris, l'œil. Le ciel, qui ne vieillit point, puisqu'il est éternel, est figuré par un cœur posé sur un brasier ardent. A Thèbes, les statues des juges étaient sans mains, et celle du président avait les yeux fermés, pour montrer que la justice ne doit se laisser gagner ni par les présents ni par les prières. Les