VI. l'aRAR OU LA SAÔNE
L1 Arar est un fleuve de la Gaule Celtique, ainsi nommé, parcequ'il se joint 1 au Rhône, près du pays des Allobroges 2. Il s appelait anciennement Brigulus, et changea de nom à l'occasion suivante. Arar ayant été chassé dans les bois, y trouva son frère Celtibérus, qui avait été déchiré par des bêtes féroces. Dans la douleur qu'il en eut, il se perça de son épée, et se jeta dans le fleuve Brigulus, qui de son nom fut appelé Arar.
On y pêche un grand poisson que les naturels du pays nomment scolopide, qui est blanc quand la lune est dans son croissant, et qui devient noir à son décours. Lorsqu'il est parvenu à toute sa grosseur, il se tue avec ses propres épines. Il a dans la tête une pierre semblable à un grain de sel, laquelle est un remède souverain contre les fièvres quartes, si on l'applique sur le côté gauche dans le décours de la lune. (Voyez Callisthène le Sybarite dans son treizième livre de l'histoire des Gaules, d'où Timagène le Syrien l'a emprunté.)
Auprès de Y Arar est une montagne qui s'appelait Lugihinum, et qui changea de nom pour la cause que je vais rapporter. Momorus et Atépomarus, qui avaient été détrônés par Séséronéus, entreprirent, d'après la réponse d'un oracle, de bâtir une ville sur cette montagne. Ils en avaient déjà jeté les fondements, lorsqu'une multitude de corbeaux, dirigeant leur vol de ce côté, remplirent les arbres d'alentour. Momorus, très versé dans la science des augures 3, donna à la ville le nom de Lugdunum. Car
1 II fait venir son nom d'un mot grec, qui signifie se joindre, s'adapter.
2 C'est aujourd'hui le Dauphiné.
3 Le corbeau était l'oiseau le plus observé dans son vol par les augures.
lugus, dans la langue du pays, signifie corbeau, et dunus, une montagne1. (Voyez Clitophon, dans le treizième livre de la Fondation des Villes 2.)