‹ Œuvres morales de PlutarqueChapitre 23 sur 59 · V. LE PHASE · texte numérisé non relu

V. LE PHASE

Le Phase est un fleuve de la Scythie 3 qui traverse une ville du même nom. Il s'appelait auparavant Arcturus, et ce nom venait de ce qu'il coule dans des climats froids 4 ; il en changea à l'occasion suivante. Phasis, fils du Soleil et de la nymphe Ocyrrhoé, fille de l'Océan, ayant surpris sa mère en adultère, la tua. Agité sans cesse par les furies, en punition de ce crime, il se précipita dans l'Arcturus, qui prit depuis le nom de Phase.

Il croît dans ce fleuve une plante en forme de verge, nommée leucophylle, qu'on trouve au commencement du printemps, par l'inspiration du dieu Pan et pendant la célébration des mystères d'Hécate. Les hommes jaloux, après l'avoir cueillie, la jettent sous le lit nuptial, et en conservent ainsi la chasteté 5. Si quelqu'un d'impur et pris de vin, entre imprudemment dans la chambre où est cette plante, il perd aussitôt la raison, et il avoue publiquement tous les crimes qu'il a faits, ou qu'il projette de faire. Ceux qui se trouvent présents le saisissent à l'instant même, le cousent dans un sac et le jettent dans le fleuve, à l'endroit appelé l'embouchure des impies, qui

1 Analolé, en grec, veut dire le levant.

2 Cet auteur est absolument inconnu, ainsi que son ouvrage.

3 Le Phase, selon Strabon, liv. Il, est un fleuve d'Arménie ; mais Vibius Sequester, dans son livre des Fleuves, le donne à la Colchidc, ce qui est plus vrai.

* Arcturus signifie gardien de l'ourse; c'est le nom qu'on donne à une constellation voisine de l'ourse, et placée près du pôle septentrional.

s Cette prétendue propriété de la plante leucophylle est tirée presque mot pour mot de la fin d'un ouvrage d'Aristote, intitulé : Des Histoires merveilleuses. Mais Maussac observe avec raison que ce passage a été interpolé dans l'ouvrage d'Aristote, et la supposition est en effet éviden le.

est de forme ronde et semblable à un puits. Au bout de trente jours, on transporte aux Palus-Méotides son corps, qui est tout rempli de vers, et aussitôt des vautours qu'on n'avait pas encore aperçus dans tout le canton, se jettent sur son cadavre et le déchirent. Voilà ce que Gtésippe raconte dans le second livre de l'histoire des Scythes.

Auprès de ce fleuve est le mont Caucase, qui s'appelait autrefois le lit de Borée, pour la raison que je vais dire. Borée ayant enlevé Chloris, fille d'Arcturus, dont il était amoureux, la transporta sur une colline nommée Niphante, et il en eut un fils qu'il appela Hyrpax, et qui succéda au trône d'Héniochus. La montagne en prit le nom de lit de Borée ; voici à quelle occasion elle le changea en celui de Caucase. Après la guerre des géants, Saturne, pour éviter les menaces de Jupiter, s'enfuit sur la montagne du lit de Borée, et ayant pris la forme d'un crocodile, il tua un berger du pays, nommé Caucasus. Par l'inspection de ses entrailles, il connut que les ennemis n'étaient pas loin. Jupiter ajantparu à l'instant même, lia son père avec une corde de laine, et le précipita dans le Tartare. Ensuite, pour honorer la mémoire du berger, il donna à la montagne le nom de Caucase. Il y attacha Prométhée, et l'abandonna à un vautour qui lui déchirait les entrailles, pour le punir d'avoir établi l'usage de consulter l'avenir par l'inspection des entrailles. (Cléanthe, dans le livre troisième du Combat des dieux *. )

Il croît sur cette montagne une herbe nommée prométhéicnne. Médée la prit, la broya, et se servit de son suc pour défendre Jason contre la mauvaise volonté de son père 2. (Voyez le même historien.)

1 Cet ouvrage de Cléanlhe est cité par Athénée, Diogènc Laerce et Suidas.

2 11 voulait empêcher Jason de s'emparer de la Toison d'Or.

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