‹ Œuvres morales de PlutarqueChapitre 5 sur 59 · COMPARÉS AUX POETES · texte numérisé non relu

COMPARÉS AUX POETES

point par degrés que son ancienne dépravation disparaît; c'est en un instant que, d'une espèce de bête féroce , il devient presque un héros , un génie ou un dieu. Depuis qu'il a puisé la vertu dans le Portique, on peut lui dire :

Tu n'as quà désirer, tu seras satisfait.

La vertu donne à ces philosophes les richesses , la royauté, la fortune , le bonheur ; elle les met au-dessus de tous les besoins , et ils se suffisent à eux-mêmes , quoiqu'ils ne possèdent pas une drachme. Les fables des poètes , plus sensées encore que les maximes des stoïciens , ne nous représentent jamais Hercule affranchi des nécessités de la vie ; seulement toutes les choses dont il avait besoin coulaient comme de source pour lui et pour ses compagnons1. Mais celui qui a pu saisir une fois la corne Amalthée des stoïciens , est aussitôt enrichi quoiqu'il mendie son pain ; il est roi, et il apprend , pour de l'argent , à résoudre et à expliquer des syllogismes ; seul il possède tout , et il tient à loyer la maison qu'il occupe ; il emprunte pour acheter de la farine, ou il demande de l'argent à ceux même qui sont dans l'indigence. A la vérité, le roi d'Ithaque mendiait, mais c'était pour n'être pas reconnu ; aussi prenait-il , autant qu'il lui était possible,

Tous les dehors honteux du plus vil mendiant.

Mais un philosophe du Portique qui crie à pleine tête : « C'est moi seul qui suis roi , c'est moi seul qui suis riche,» va souvent de porte en porte, et dit d'un ton humble :

A ce pauvre Hypponax donnez un vêtement,

Il est transi de froid, tout son corps est tremblant.

i II s'agit ici de la corne d'Amallhée, que les poëtes supposaient fournir à Hercule et à sa suite tous les aliments dont ils pouvaient avoir besoin. (Voyez Apollonius dans son Histoire poétique.)

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