‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 10 sur 93 · PENSEES DIVERSES · texte numérisé non relu

PENSEES DIVERSES

C'est un mauvais parti pour une femme d'être coquette. Il est rare que celles de ce caractère allument de grandes passions; et ce n'est pas à cause qu'elles sont légères, comme on croit communément, mais parce que personne ne veut être dupe. La vertu nous fait mépriser la fausseté, et L'amourpropre nous la fait haïr.

Est-ce force dans les hommes d'avoir des passions, ou insuffisance et faiblesse? Est-ce grandeur d'être exempt de passions, ou médiocrité de génie? Ou tout est-il mêlé de faiblesse et de force, de grandeur et de petitesse?

Qui est le plus nécessaire au maintien d'une société d'hommes faibles, et que leur faiblesse a unis, la douceur ou l'austérité? Il faut employer l'une et l'autre : que la loi soit sévère, et les hommes indulgents.

La sévérité dans les lois est humanité pour les peuples. Dans les hommes elle est la marque d'un génie étroit et cruel. Il n'y a que la nécessité qui puisse la rendre innocente.

227. — Le projet de rapprocher les conditions a toujours été un beau songe : la loi ne saurait égaler les hommes malgré la nature '.

1 Suivant l'article III des droits de l'homme dans la Constitution française de 1795 , l'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tons; soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse , elle n'admet aucune distinction de naissance , aucune hérédité de pouvoirs ; mais l'article Y dit que la propriété est le droit de jouir et de disposer de ses biens, de ses revenus, du fruit de son trtavail et de son industrie. Ces deux droits ne sont pas toujours faciles a concilier, et l'homme né sans propriété et sans industrie se croira difficilement l'égal du riche héritier et de l'homme industrieux, même aux yeux de la loi, puisqu'elle est chargée de protéger la propriété et l'industrie. (Note de M. de Fortia.)

S'il n'y avait de domination légitime que celle qui s'exerce avec justice, nous ne devrions rien aux mauvais rois.

Comptez rarement sur l'estime et sur la confiance d'un homme qui entre dans tous vos intérêts , s'il ne vous parle aussi des siens.

Nous haïssons les dévots qui font profession de mépriser tout ce dont nous nous piquons , et se piquent souvent eux-mêmes de choses encore plus méprisables *.

C'est par la conviction manifeste de notre incapacité que le hasard dispose si universellement et si absolument de tout. Il n'y a rien de plus rare dans le monde que les grands talents et que le mérite des emplois : la fortune est plus partiale qu'elle n'est injuste.

Le mystère dont on enveloppe ses desseins

lCe que Vauvenargues dit ici des dévots, il le dit d'une manière plus générale au n° 241. — B.

marque quelquefois plus de faiblesse que l'indiscrétion, et souvent nous fait plus de tort.

Ceux qui font des métiers infâmes, comme les voleurs, les femmes perdues, se font gloire de leurs crimes, et regardent les honnêtes gens comme des dupes. La plupart des hommes, dans le fond du cœur, méprisent la vertu, peu la gloire.

La Fontaine était persuadé, comme il le dit, que l'apologue était un art divin. Jamais peut-être de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables.

Une mauvaise préface allonge considérablement un mauvais livre; mais ce qui est bien pensé est bien pensé, et ce qui est bien écrit est bien écrit.

Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger. Je n'ai jamais vu de préface ennuyeuse à la tête d'un bon livre.

Toute hauteur affectée est puérile ; si elle se fonde sur des litres supposés, elle est ridicule; et

si ces tilres sont frivoles, elle est basse : le caractère

de la vraie hauteur est d'être toujours à sa place.

Nous n'attendons pas d'un malade qu'il ait l'enjouement de la santé et la force du corps; s'il conserve même sa raison jusqu'à la fin , nous nous cri étonnons; et s'il fait paraître quelque fermeté, nous disons qu'il y a de l'affectation dans cette mort; tant cela est rare et difficile. Cependant, s'il arrive qu'un autre homme démente, en mourant, ou la fermeté, ou les principes qu'il a professés pendant sa vie; si dans l'état du monde le plus

faible, il donne quelque marque de faiblesse ô

aveugle malice de l'esprit humain! il n'y a pas de contradictions si manifestes que l'envie n'assemble pour nuire.

On n'est pas appelé à la conduite des grandes affaires, ni aux sciences, ni aux beaux-arts, ni à la vertu, quand on n'aime pas ces choses pour ellesmêmes , indépendamment de la considération qu'elles attirent; on les cultiverait donc inutilement dans ces dispositions : ni l'esprit, ni la vanité, ne peuvent donner le génie.

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