‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 17 sur 93 · La vertu n'est pas un trafic, mais une richesse · texte numérisé non relu

La vertu n'est pas un trafic, mais une richesse

416. — J'ai cherché s'il n'y avait aucun moyen de faire sa fortune sans mérite : et me proposant tour à lotir le service des grands, celui des femmes, la souplesse et l'adulation, etc., j'ai conclu, de tous ces chemins, ce qu'on dit ordinairement des jeux de hasard, qu'ils ne conviennent proprement qu'à ceux qui n'ont rien à perdre.

60. — La fortune exige de grands soins. Il faut être souple, amusant, cabaler, n'offenser personne, plaire aux femmes et aux hommes en piaee, se mêler des plaisirs et des affaires, cacher son secret, savoir s'ennuyer la nuit à table , et jouer trois quadrilles sans quitter sa chaise : même après tout cela, on n'est sûr de rien. Sans aucun de ces artifices, un ouvrage fait de génie remporte de luimême les suffrages et fait embrasser un métier où l'on peut aller à la gloire par le seul mérite.

L'écueil ordinaire des talents me'diocres est l'imitation des gens riches. Personne n'est si fat qu'un bel esprit qui veut être un homme du monde.

Une jeune femme a moins de complaisants qu'un homme riche qui fait bonne chère.

La bonne chère est le premier lien de la bonne compagnie.

La bonne chère apaise les ressentiments du jeu et de l'amour; elle réconcilie tous les hommes avant qu'ils se couchent.

Le jeu, la dévotion, le bel esprit, sont trois grands partis pour les femmes qui ne sont plus jeunes,

64. — Celui qui s'habille le matin avant huit heures pour entendre plaider à l'audience, ou pour voir des tableaux exposés au Louvre, ne se connaît ordinairement ni en peinture ni en éloquence.

Les sots s'arrêtent devant un homme d'esprit comme devant une statue de Bernini, et lui donnent en passant quelque louange ridicule.

Tous les avantages de l'esprit et même du cœur sont presque aussi fragiles que ceux de la fortune.

71. — Pensée consolante! L'avarice ne s'assouvit pas par les richesses , ni l'intempérance par la volupté, ni la paresse par l'oisiveté, ni l'ambition par la fortune. Mais si les talents, si la gloire, si la vertu même ne nous rendent heureux, ce que l'on appelle bonheur vaut-il nos regrets?

On va dans la fortune et dans la vertu le plus loin qu'on peut. La raison et la vertu même consolent du reste.

Ce ne peut être un vice dans les hommes <Je sentir leur force.

Il y a plus de faiblesse que de raison à être hu«

milié de ce qui nous manque , et c'est la source de toute bassesse.

Ce qui nie paraît de plus noble dans notre nature , est que nous nous passions si aisément d'une plus grande perfection.

Nous pouvons parfaitement connaître notre imperfection sans être humilies par celte vue.

La lumière est le premier fruit de la naissance, pour nous enseigner que la vérité est le plus grand bien de la vie.

128. ^ L'indigence contrarie nos désirs , mais elle les borne; l'opulence multiplie nos besoins, mais elle aide à les satisfaire. Si on est à sa pla*ce , on est heureux.

Il y a des hommes qui vivent heureux sans ie savoir.

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