AVERTISSEMENT
lide, je ne doute pas que les meilleurs esprits ne soient bien aises qu'on leur remette quelquefois devant les yeux leurs propres sentiments et leurs idées. Puisque nous nous lassons si peu de voir représenter, sur nos théâtres, les mêmes passions, revêtues de quelques couleurs et de quelques circonstances différentes, pourquoi les amateurs de la vérité seraient-ils fâchés qu'on les entretienne des objets de leurs connaissances et de leurs études? Si on s'est servi des pensées ou des expressions de quelqu'un, il est facile de les rapporter à leur auteur. Celui qui a écrit ces Réflexions aime assez la gloire pour ne pas cherchera s'approprier celle d'un autre. Il ne ne s'est jamais proposé, dans cet ouvrage, que de développer selon ses forces les réflexions dont il est le plus touché.
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Nota. La lettre P. mise à la suite du chiffre place au-devant de quelques maximes, indique le numéro d'une maxime posthume recueillie comme variante dans une série spéciale.
76. P. — Il est plus aise de dire des. choses nouvelles que de concilier celles qui ont été dites.
l/esprit de l'homme est plus pénétrant que conséquent, et embrasse plus qu'il ne peut lier.
Lorsqu'une pensée est trop faible pour porter une expression simple, c'est la marque pour la rejeter.
La clarté orne les pensées profondes.
L'obscurité est le royaume de l'erreur.
Il n'y aurait point d'erreurs qui ne périssent d'elles-mêmes, rendues clairement.
Ce qui fait souvent le mécompte d'un écrivain, c'est qu'il croit rendre les choses telles qu'il les aperçoit ou qu'il les sent.
On proscrirait moins de pensées d'un ouvrage, si on les concevait comme l'auteur.
Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une profonde découverte, et que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons souvent que c'est une vérité qui court les rues.
§6. P. — H est rare qu'on approfondisse la pensée d'un autre; de sorte que s'il arrive dans la suite
qu'on fasse la même réflexion, on se persuade aisément qu'elle est nouvelle, tant elle offre de circonstances et de dépendances qu'on avait laissées échapper.
87. P. — Si une pensée ou un ouvrage n'intéressent que peu de personnes, peu en parleront.
C'est un grand signe de médiocrité de louer toujours modérément.
Les fortunes promptes eu tout genre sont les moins solides, parce qu'il est rare qu'elles soient l'ouvrage du mérile. Les fruits mûrs, mais laborieux de la prudence, sont toujours tardifs.
88. P. — L'espérance anime le sage, et leurre le présomptueux et L'indolent, qui se reposcut inconsidérément sur ses promesses.
Beaucoup de défiances et d'espérances raisonnables sont trompées.
L'ambition ardente exile les plaisirs dès la jeunesse pour gouverner seule .
La prospérité fait peu d'amis.
Les longues prospérités s'écoulent quelquefois en un moment : comme les chaleurs de l'été sont emportées par un jour d'orage.
Le courage a plus de ressources contre les disgrâces que la raison.
91. p. La raison et la liberté sont incompatibles avec la faiblesse.
La guerre n'est pas si onéreuse que la servitude.
La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer.
102. P. — Les prospérités des mauvais rois sont fatales aux peuples.
Il n'est pas donné à la raison de réparer tous les vices de la nature.
Avant d'attaquer un abus, il faut voir si on peut ruiner ses fondements.
Les abus inévitables sont des lois de la nature.
Nous n'avons pas droit de rendre misérables ceux que nous ne pouvons rendre bons.
On ne peut être juste si on n'est humain.
Quelques auteurs traitent la morale comme on traite la nouvelle architecture, où l'on cherche avant toutes choses la commodité.
Il est fort différent de rendre la vertu facile pour l'établir, ou de lui égaler le vice pour la détruire.
Nos erreurs et nos divisions, dans la morale, viennent quelquefois de ce que nous considérons les hommes comme s'ils pouvaient être tout à fait vicieux ou tout à fait bons.
Il n'y a peut-être point de vérité qui ne soit à quelque esprit faux matière d'erreur.
Les générations des opinions sont conformes à celles des hommes, bonnes et vicieuses tour à tour.
Nous ne connaissons pas l'attrait des violentes agitations. Ceux que nous plaignons de leurs embarras, méprisent notre repos.
Personne ne veut être plaint de ses erreurs.
Les orages de la jeunesse sont environnes de jours brillants.
103. P. — Les jeunes gens connaissent plutôt l'amour que la beau te.
Les femmes et les jeunes gens ne séparent point leur estime de leurs goûts.
La coutume fait tout jusqu'en amour.
356. — Il y a peu de passions constantes; il y en a beaucoup de sincères : cela a toujours été ainsi. Mais les hommes se piquent d'être constants on indifférents, selon la mode , qui exerde toujours la nature.
ki.
La raison rougit des penchants dont elle ne peut rendre compte *.
1 Variante : « La raison roupit des inclinations 6c la « nature, parce qu'elle n'a pas «le quoi connaître la ueifce- « tion de ses plaisirs.»
Le secret des moindres plaisirs de la nature passe la raison.
C'est une preuve de petitesse d'esprit, lorsqu'on distingue toujours ce qui est estimable de ce qui est aimable. Les grandes âmes aiment naturellement ce qui est digne de leur estime *.
L'estime s'use comme l'amour.
Quand on sent qu'on n'a pas de quoi se faire estimer de quelqu'un , on est bien près de le haïr.
Ceux qui manquent de probité dans les plaisirs, n'en ont qu'une feinte dans les affaires. C'est la marque d'un naturel féroce, lorsque le plaisir ne rend point humain.
1 Variante : •< C'est une preuve de peu d'esprit et de * mauvais goût, lorsqu'on distingue toujours ce qui est « estimable de ce qui est aimable ; rien n'est si aimable « que la vertu pour les cœurs bien faits. »
Les plaisirs enseignent aux princes à se familiariser avec les hommes.