‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 47 sur 93 · VAUVENARGUES AU DUC DE BIRON · texte numérisé non relu

VAUVENARGUES AU DUC DE BIRON

A Arras , le 12 décembre 1743.

Monsieur ,

Je prends la liberté de vous envoyer copie de deux lettres que je viens d'écrire au Roi et à M. Amelot. Vous y verrez, Monsieur, que je n'ai pas perdu de vue ce que j'ai eu l'honneur de vous communiquer au commencement de cette année *. Quoique je mérite peut-être moins , depuis ce temps-là, que vous veuillez vous intéresser à moi, je crois cependant pouvoir encore me confier aux sentiments que vous avez eu la bonté de me témoigner en d'autres occasions. Je vous supplie , au moins, Monsieur, d'être persuadé que je ne m'engagerais pas à une démarche que vous avez désapprouvée, et qui blesse tous les usages, si j'avais quelque chose à ménager pour ma fortune ; mais

1 Voir ci-dessus les lettres n°s XXVIII et XXIX , des 8 et 12 avril 1743, pages 334 et 33G.

vous savez bien, Monsieur, que, dans l'état où je suis, je puis suivre toutes mes idées sans conséquence : c'est le malheureux avantage de ceux qui n'ont rien à perdre de pouvoir beaucoup hasarder.

Je ne puis fermer cette lettre sans vous parler encore d'une chose que j'ai fort à cœur; il y a, dans ma compagnie, un homme de cinq pieds deux pouces, qui est toujours malade, et qui demande un congé absolu, en mettant à sa place un très-bel homme. Je voudrais pouvoir contenter ce misérable, et je crois que le bien du service s'y rencontrerait; j'ai prié instammeut M. de la Serre de s'employer pour lui auprès de vous, n'osant presque pas, Monsieur, vous demander moi-même cette grâce.

Je suis, avec un profond respect, etc.

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