LETTRE XLIII
VAUVEKARGUES A S A I N T - VIN C EN S.
A Arras , le 26 janvier 1744.
J'ai quitté le régiment du Roi, mon cher Saint- Vincens, et il n'y a pas d'apparence que je trouve
(in autre emploi dans le service. Je vous ferai le détail de mes raisons , dès que je serai un peu tranquille; mais j'ai été saigne aujourd'hui , étant de garde, et cela ne me permet pas de vous écrire aussi longuement que je voudrais.
Il doit y avoir à Aix, depuis six mois, un chirurgien nommé Fournier, qui a passé plusieurs années à Prague, et qui m'y avait prêté cent pistoles , que je lui ai rendues avec exactitude. Cet homme m'avait promis, en passant à Nancy, de me prêter encore deux mille francs à intérêt, et de me les envoyer à l'armée, dès qu'il aurait arrangé ses affaires. Tâchez, mon cher Saint -Vincens , de le déterrer, et, à quelque prix que ce soit, engagez-le à me tenir sa parole : je suis perdu sans ressource s'il me manque. 11 y a longtemps que j'avais prévu que j'aurais hesoin de cet argent, et, enfin, le moment est arrivé.
Je ne puis pas, aujourd'hui, vous en dire davantage ; la tête me tourne, et je ne vois pas mon papier ; je vous écrirai encore, mon cher ami, dans peu de jours, et je vous expliquerai tout. Mon dessein est d'aller à Paris, le plus tôt que je pourrai, mais je serai peut-être arrêté ici plus longtemps que je ne voudrais.
Adieu, je vous enverrai mon adresse à la fin de la semaine. Travaillez, je vous prie, en attendant, à persuader M. Fournier, et à quelque prix que
ce soit : il est homme que l'on peut gagner par de
grosses offres ; ne négligez rien.
Adieu, encore une fois; je ne réponds rien à votre dernière lettre : elle est pleine de choses obligeantes, et dont je connais bien le prix.