VOLTAIRE A V AU V EN AR GU E S
Jeudi , 4 avril 1744.
Aimable créature, beau génie, j'ai lu votre premier manuscrit, et j'y ai admiré cette hauteur d'une grande ame qui s'élève si fort au-dessus des petits brillants des Isocrates. Si vous étiez né
1 Vauvenargues, faisant allusion à sa propre position, a dit ailleurs (Voyez tome II, p. 279) : La fortune laisse rarement aux hommes le choix de leurs vertus et de leur travail. Il est certain que la réputation littéraire n'est pas celle que Vauvenargues eût préférée; et pour surcroît d'infortune, cette consolation, qu'il méritait, lui a manqué; sa gloire a été posthume, et les dernières années de sa courte existence se sont écoulées dans un état de détresse dont ses amis de Paris, et Voltaire lui-même, n'eurent le secret qu'après sa mort. — B.
quelques années plus tôt, mes ouvrages en vaudraient mieux : mais, au moins , sur la fin de ma carrière, vous m'affermissez dans la route que vous suivez. Le grand, le pathétique, le sentiment, voilà mes premiers maîtres; vous êtes le dernier; je vais vous lire encore. Je vous remercie tendrement : vous êtes la plus douce de mes consolations dans les maux qui m'accablent.