LETTRE LVII
VAUVENARGUES A M. DE VOLTAIRE
A Aix,le 30 avril 1745.
Je ne vous dirai pas, Monsieur, Sic raro scribis, etc.; mais j'irai vous demander réponse de
1 Voltaire venait d'être nommé gentilhomme ordinaire, et historiographe de France. — B.
2 Louis XV partit de Versailles accompagné du Dauphin, et arriva au camp de Tournay le 8 mai 1745 ; le 11, par l'habileté du maréchal de Saxe, il gagna, sur le duc de Gumberland, la bataille de Fontenoy. — B.
vive voix1; cela vaudra mieux. Recevez cependant, ici, mes compliments sincères sur les grâces que le Roi vous a faites; je désire, Monsieur, qu'il fasse encore beaucoup d'autres choses qui méritent d'être louées, afin que votre reconnaissance honore toujours la vérité. Vous me permettez bien de prendre cet intérêt à votre gloire.
Je suis bien aise d'avoir parlé comme Horace pensait quelquefois; je vous prie cependant de croire, quoique ce soit une chose honteuse à avouer, que je ne pense pas toujours comme je parle. Après cette petite précaution, je crois que je puis recevoir les louanges que vous me donnez sur l'amitié. Celle que je prends la liberté , Monsieur, d'avoir pour vous , me rendra digne un jour de votre estime.
1 Au moment où Vauvenargues écrivait cette lettre , il se disposait à quitter Aix , qu'il ne devait plus revoir. Arrivé à Paris vers le milieu de mai , il y prit un modeste appartement rue du Paon-Saint- André (aujourd'hui rue Larrey), dans une maison qui existe encore sous le n° 8 , mais qui doit disparaître pour faire place au boulevard Saint-Germain.
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LETTRE LVIÏI.
VAUVESARGUES A SAINT-VINCENS.
A Paris, le 22 juillet 1745.
C'est à moi, mon cher Saint-Vincens, d'être fâché que vous ne veniez pas à Paris; car, pour vous, les facilités et les occasions de faire ce voyage ne vous manqueront pas certainement; vous les retrouverez quand vous voudrez. Les raisons qui vous retiennent en Provence ne peuvent qu'être extrêmement louées; mais je suis en peine de votre santé, quoique vous me marquiez qu'elle est meilleure : la mienne est toujours si mauvaise, et m'oblige à tant d'attentions , que je mène une vie pénible, pleine de sujétions et de tristesse. Votre amitié, mon cher Saint-Vincens, adoucit ma situation; je vous prie de m'en continuer les témoignages; quoique je ne puisse pas douter du fond de votre cœur, je sens qu'ils me sont nécessaires. Ce serait une privation très-sensible pour moi de n'avoir pas, au moins de temps en temps, de vos nouvelles; j'espère que vous me tiendrez à cet égard votre parole.
On nous fait espérer ici M onclar l, dans peu de temps : je vous prie de lui témoigner le plaisir que cela me fait. Si vous trouvez le moment de dire un mot de moi à M. de Vence2, je vous prie aussi de le faire; je n'ai pas besoin de vous dire mes sentiments pour lui; vous les connaissez. Ne m'épargnez pas, s'il y a quelque chose dans ce pays -ci pour votre service; vous devez être persuadé depuis bien des années, mon cher Sainl- Vincens, que vous n'avez point d'ami plus sincère et plus passionné.
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