‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 81 sur 93 · LETTRE LXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIII

VAUVENARGUES A S AI N T - VI N C E N S

A Paris , le 30 mai 1746.

J'ai appris avec la plus grande joie, mon cher Saint-Vinceus, votre mariage avec mademoiselle de Vence 1. Voilà l'établissement le plus décent, et le plus agréable que vous pussiez faire : un grand nom , beaucoup de bien, le plus aimable et le plus respectable de tous les hommes pour beaupère. Quoique je ne sois plus fait pour paraître à aucune fête , je suis fâché, mon cher Saint-Vincens , de voir celle-ci de si loin; je voudrais être témoin de votre joie, et de celle de vos amis. La mienne

1 Villeneuve-Vence (Julie de), fille d'Alexandre-Gaspard de Villeneuve, marquis de Vence , et de Madeleine- Sophie de Simiane, était arrière-petite-fille de madame de Sévigné. — B.

est égale aux sentiments que vous me témoignez; rien ne m'est plus cher que votre amitié; elle est la plus douce de mes consolations dans les maux qui m'accablent. Soyez toujours heureux, mon cher ami , autant que vous méritez de l'être , et n'oubliez jamais un philosophe qui gémit d'être obligé de vous écrire, quand il voudrait passer sa vie auprès de vous, et vous embrasser mille fois.

Je m'en vais écrire tout à lheure à M. le marquis de Vence. Vous connaissez mes sentiments pour lui: je suis vraiment touché des preuves qu'il vous donne de son amitié; elles justifient les idées que j'ai toujours eues de son esprit et de son cœur.

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