SUR FÉNELON
Les répétitions de Fénelon ne me choquent point ; il me semble qu'elles sont bien placées dans un style noble et touchant comme le sien , mais en même temps familier et populaire. Ces répétitions sont un art de faire reparaître la même vérité sous de nouveaux tours et sous de nouvelles images , pour l'imprimer plus avant dans l'esprit des hommes. Je ne voudrais retrancher du roman de Tclémaque , car rien autre chose ne m'y déplaît, que les lieux communs de poésie dont il est rempli, et quelques imitations un peu trop faibles des grands ouvrages de l'antiquité; l'art d'imiter, lorsqu'il n'est pas parfait, dégénère toujours en déclamation. Il est?
je crois , très-rare qu'on soit emphatique par trop* de chaleur; mais c'est un défaut où l'on tombe presque inévitablement lorsqu'on n'est animé que d'une chaleur empruntée. Voilà peut-être ce qui est arrivé quelquefois à l'illustre auteur dont je parle; mais ces imitations passagères ne m'empêchent pas de reconnaître dans ses écrits un caractère véritablement original, une ame tendre, ingénue , éloquente, une imagination abondante et ornée, un esprit facile, enchanteur et plein de grâce, vrai dans ses peintures, varié dans ses tours, harmonieux et riche dans ses expressions , toujours pathétique, le seul écrivain qui ait donné à la modération un caractère élevé, qui ait parlé sans faste de la vertu, et qui l'ait embellie et la fasse aimer par les charmes de la simplicité et de l'éloquence.