SUR PASCAL ET BOSSUET
J'aime Boileau d'avoir dit que Pascal était également au-dessus des anciens et des modernes; moimême, j'ai pensé quelquefois, sans jamais l'oser dire, qu'il n'avait pas moins de génie pour l'éloquence que Démosthènes. S'il m'appartenait de hasarder mon sentiment sur de si grands hommes, je dirais encore que Bossuet est plus majestueux et plus sublime qu'aucun des Romains et des Grecs,;.
Il ne serait peut-être pas inutile que ceux qui joignent un goût solide à la connaissance des langues anciennes, voulussent bien fixer sur ce point nos opinions.
SUR LES PROSATEURS DU XVIIe SIÈCLE.
Il me semble qu'on peut compter sous le règne de Louis XIV quatre écrivains de prose de génie : Pascal, Bossuet, Fénelon, La Bruyère. C'est se borner sans doute à un bien petit nombre; mais ce nombre, tout borné qu'il est, ne se retrouve pas dans plusieurs siècles; les grands hommes dans tous les genres sont toujours très-rares. M. de Voltaire *, dont les décisions sur toutes les choses de goût sont si justement estimées, ne paraît accorder qu'au seul Bossuet le mérite d'être éloquent. Si ce jugement est exact, on pourrait présumer que le génie de l'éloquence est encore moins commun que celui de la poésie.
1 Voir plus haut, Sur quelques ouvrages de M. de Voltaire, pages 88-99.
vir.
[sur descartes.]
[Descartes, s'étant fondé sur des principes faux, a eu besoin de beaucoup d'invention et de sagacité pour élever un système sur des fondements si ruineux. Il est admirable, jusque dans ses erreurs, par le nombre prodigieux de machines et de ressorts dont il les a étayées ; cependant cette même abondance ou cette diversité de moyens est une preuve qu'il n'a pas connu la vérité, la vérité étant telle de sa nature que, lorsqu'on la conçoit distinctement, on l'établit à peu de frais; elle se prouve elle-même en se montrant.]