‹ Œuvres moralesChapitre 66 sur 90 · DATHYLLE, OU L'AUTEUR FRIVOLE · texte numérisé non relu

DATHYLLE, OU L'AUTEUR FRIVOLE

Batbylle cite Horace et l'abbé de Chaulieu J, pour prouver qu'il faut égayer les sujets les plus sérieux, et mêler le solide et l'agréable; il donne pour règle du style ces vers légers et délicats :

Qu'est-ce qu'esprit ? raison assaisonnée ; Par ce seul mot la dispute est bornée. Oui dit esprit, dit sel de la raison ; Donc, sur deux points roule mon oraison : Raison, sans sel, est fade nourriture ; Sel, sans raison, n'est solide pâture; De tous les deux se forme esprit parfait; De l'un, sans l'autre, un monstre contrefait. Or, quel vrai bien d'un monstre peut-il naître? Sans la raison, puis-je vertu connaître? Et, sans le sel, dont il faut l'apprêter, Puis-je vertu faire aux autres goûter?

( J. B. Rousseau, Ép.à Clément Marot , liv. Ie»', ép. 3.)

1 Chaulieu {Guillaume Amfrye de), abbé d'Aumale , né en 1639 à Fontenay, dans le Vexin normand, mourut dans sa maison du Temple le 27 juin 1720. Ses poésies ont été recueillies : elles se distinguent par l'abandon , l'enjouement et la naïveté. — D.

SUR QUELQUES CARACTÈRES. 269 Selon ces principes, qu'il commente, il n'oserait parler avec gravité et avec force, sans bigarrer son discours de quelque plaisanterie hors de sa place; car il n'a pas compris encore que l'agrément peut naître de la solidité1. Ses pensées frivoles ont besoin d'un tour ingénieux pour se produire; mais ce soin de les embellir en fait mieux sortir la faiblesse; il ne sait donner à la vérité, ni ces couleurs fortes qui sont sa parure , ni cette profondeur et cette justesse qui font sa hauteur; il est précieux quand il se croit agréable, obscur quand il se croit précis, guindé quand il veut être fort, et toujours ridicule, parce qu'il veut être toujours plaisant. Il ne sait pas que toute expression vive et vraie d'une pensée juste porte son sel avec elle; il ne sait pas que la langue de la gaieté doit être plus impétueuse et plus naïve encore que toute autre, et il vise au plus petit de tous les genres, sans pouvoir même y atteindre. Trop faible pour pousser ses réflexions au delà de l'attente des lecteurs, pour étonner leur ame par ses images, ou pour la toucher par ses sentiments, il sème ses faibles écrits de petites grâces et de sailles concertées. Une imagination grande et vraie aime à se montrer toute nue, et sa

1 Variante : a Car il ne connaît pas les agréments qui «peuvent naître d'une grande solidité, unie à la simpli- • cité et à l'élégance. »

simplicité, toujours éloquente, dédaigne les traits

et les fleurs.

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