SUR LA RELIGION CHRETIENNE
— La religion chrétienne , disent tous les théologiens, est au-dessus de la raison. — Mais elle ne peut être contre la raison : car si une chose pouvait être vraie et être néanmoins contraire à la raison , il n'y aurait aucun signe certain de vérité.
— La vérité de la révélation est prouvée par les faits, continuent-ils : ce principe posé conformément à la raison, elle-même doit se soumettre aux mystères révélés qui la passent.
— Oui, répondent les libertins, les faits prouvés par la raison prouveraient la religion , même dans ce qui passe la raison; mais quelle démonstration peut-on avoir sur des faits, et principalement sur des faits merveilleux que l'esprit de parti peut avoir altérés ou supposés en tant de manières?
Une seule démonstration , ajoutent-ils , doit pré-
valoir sur les plus fortes et les plus nombreuses apparences. Ainsi la plus grande probabilité de nos miracles ne contre-balanceraitpas une démonstration de la contradiction de nos mystères, supposé que l'on en eût une.
Il est donc question de savoir qui a pour soi la démonstration ou l'apparence. S'il n'y avait que des apparences dans les deux partis, dès lors il n'y aurait plus de règle : car comment compter et peser toutes ce« probabilités? S'il y avait, au contraire, des démonstrations des deux côtés, on serait dans la même peine, puisqu'alors la démonstration ne distinguerait plus la vérité. Ainsi la vraie religion n'est pas seulement obligée de se démontrer, mais il faut encore qu'elle fasse voir qu'il n'y a de démonstration que de son côté. Aussi le faitelle , et ce n'est pas sa faute si les théologiens , qui ne sont pas tous éclairés , ne choisissent pas bien leurs preuves.