‹ Œuvres moralesChapitre 88 sur 90 · PLATON ET DENYS LE TYRAN · texte numérisé non relu

PLATON ET DENYS LE TYRAN

DENYS

Oui, je le maintiens, mon cher philosophe, la pitié, l'amitié, la générosité, ne font que glisser sur le cœur de l'homme ; pour l'équité, il n'y en a aucun principe dans sa nature.

PLATON

Quand il serait vrai que les sentiments d'humanité ne seraient point durables dans le cœur de l'homme

DENYS

Cela ne peut être plus vrai; il n'y a de durable dans le cœur de l'homme que lamour-propre.

PLATON

Eh bien, que concluez-vous de cette supposition?

DENYS

Je conclus que j'ai eu raison de me défier de tous les hommes, de rapporter tout à moi, de n'aimer que moi.

PLATON

Vous niez donc que les hommes soient obligés à être justes?

DENYS

Pourquoi y seraient-ils obligés, puisque la nature ne les a pas faits tels?

PLATON

Parce que la nature les a faits raisonnables, et que, si elle ne leur a pas accordé l'équité, elle leur a donné la raison pour la leur faire connaître et pratiquer; car vous ne niez pas, du moins, que la raison ne montre la nécessité de la justice?

DENTS

La raison veut que les habiles et les forts gouvernent , et qu'ils fassent observer aux autres hommes l'équité : voilà ce que je vous accorde.

PLATON

C'est-à-dire que vous, qui étiez plus fort et plus habile que vos sujets , vous n'étiez pas obligé envers eux à être juste? Mais vous avez trouvé des hommes encore plus heureux et plus habiles que vous ; ils vous ont chassé de la place que vous aviez usurpée. Après avoir éprouvé si durement les inconvénients de la violence, devriez-vous persister dans votre erreur? Mais, puisque votre expérience n'a pu vous instruire, je le tenterais vainement. Adieu , je ne veux point infecter mon esprit du poison dangereux de vos maximes.

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