‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 106 sur 214 · LIVRE TaOÏSIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TaOÏSIÈME

lement ce qu^on dit , c^esl-à-dire sans qu'on en ait d'auti'e idée qu^une générale et de logique comme de sujet et de principe. De sorte que Ton pourrait encore imaginer un nouveau sujet et un nouveau principe de ce sujet de Tétendue, et ainsi à Tinfîni ^ parce que Tesprit se représente des idées générales de sujet et de principe comme il lui plaît.

Il est vrai qu'il y a grande apparence que les hommes n'auraient pas obscurci si fort Fidée qu'ils ont de la matière , s'ils n'avaient eu quelques raisons pour cela, et que plusieurs soutiennent des sentiments contraires à ceux-ci par des principes de théologie. Sans doute l'étendue n'est point l'essence de la matière ; si cela est contraire à la foi, on y souscrit, f L'on est , grâce à Dieu , très-persuadé de la faiblesse et de la limitation de l'esprit humain. On sait qu'il a trop peu d'étendue pour mesurer une puissance infinie, que Dieu peut infiniment plus que nous ne pouvons concevoir, qu'il ne nous donne des idées que pour connaître les choses qui arrivent par l'ordre de la nature, et qu'il nous cache le reste. On est donc toujours prêt à soumettre l'esprit à la foi ; mais il faut d'autres preuves que celles qu'on apporte ordinairement pour ruiner les raisons que Ton vient de dire, parce que les manières dont on exphque les mystères de la foi ne sont pas de foi, et qu'on les croit même sans comprendre qu'on en puisse jamais expliquer nettement la manière.

On croit, par exemple, le mystère de la Trinité, quoique l'esprit humain ne le puisse concevoir, et on ne laisse pas de croire que deux choses qui ne diffèrent point d'une troisième ne diffèrent point entre elles, quoique cette proposition semble le détruire. Car on est persuadé qu'il ne faut faire usage de son espiit que sur des sujets proportionnés à sa capacité , et qu'on ne doit pas regarder fixement nos mystères, de peur d'en être ébloui, selon cet avertissement du Saint-Esprit : Qui scrutator est majestatis opprimetur a gloria.

Si toutefois on croyait qu'il fût à propos pour la satisfaction de quelques esprits d'expliquer comment le sentiment qu'on a de la matière s'accorde avec ce que la foi nous enseigne de la transsubstantiation, on le ferait peut-être d'une manière assez nette et assez distincte, et qui certainement ne choquerait en rien les décisions de l'Église ; mais on croit se pouvoir dispenser de donner cette expUcation, principalement dans cet ouvrage.

DE L'r.SPBIT PUR. — 11*' PARTIE. 317

Car il faut roiiiar({uer que les saints Pères out pi'es<iue toujours parlé de ce mystère connue d'un mystère incompréhen- «ible, qu'ils n'ont point philosophé pour l'expliquer, et qu'ils se sont contentés pour l'ordinaire de comparaisons peu exactes, plus pi'opres pour l'aire connaître le dogme que pour en donner une explication qui contentât l'esprit; qu'ainsi la tiadition est pour ceux qui ne philosophent point sur ce mystère et qui soumettent leur esprit à la foi, sans s'embarrasser inutilement dans ces questions très-difficiles.

On aurait donc tort de demander aux philosophes qu'ils donnassent des explications claires et faciles de la manière dont le corps de Jésus-Christ est dans l'eucharistie ; car ce serait leur demander qu'ils disent des nouveautés en théologie. Et si les philosophes répondaient imprudemment à cette demande, il semble qu'ils ne pourraient éviter la condamnation ou de leur philosophie ou de leur théologie; car, si leurs explications étaient obscures, on mépriserait les principes de leur philosophie ; et si leur réponse était claire ou facile , on appréhenderait, peut-être la nouveauté de leur théologie.

Puis donc que la nouveauté en matière de théologie porte le caractère de Terreur, et qu'on a droit de mépriser des opinions pour cela seul qu'elles sont nouvelles et sans fondement dans la tradition , on ne doit pas entreprendre de donner des explications faciles et intelligibles des choses que les Pères et les conciles n'ont point entièrement expliquées ; et il suffit de tenir le dogme de la transsubstantiation sans en vouloir expliquer la manière; car autrement ce serait jeter des semences nouvelles de disputes et de querelles dont il n'y a déjà que trop , et les ennemis de la vérité ne manqueraient pas de s'en servii- malicieusement pour opprimer leurs adversaires.

Les disputes en matière d'explications de théologie semblent être des plus inutiles et des plus dangereuses, et elles sont d'autant plus à craindre que les personnes mêmes de piété s'imaginent souvent qu'ils ont droit de rompre la charité avec ceux qui n'entrent point dans leurs sentiments. On n'en a ([ue trop d'expériences , et la cause n'en est pas fort cachée. Ainsi c'est toujours le meilleur et le plus sûr de ne point se presser dç parler des choses dont on n'a point d'évidence et que les autres ne sont pas disj)osés à concevoir.

11 ne faut pas aussi «pie des explications obscures et incertamos des mystères de la foi lesquelles on n'est point obligé

de croii'C;, nous servent de règle et de principes pour raisonner en philosophie, où il n'y a que l'évidence qui nous doive persuader. Il ne tant pas changer les idées claires et distinctes d'étendue^ de figure et de mouvement local, pour ces idées générales et confuses de principe ou de sujet d'étendue, de forme, de quiddités, de qualités réelles, et de tous ces mouvements de génération, de corruption, d'altération et d'autres semblables qui diffèrent du mouvement local. Les idées réelles produiront une science réelle; jnais les idées générales et de logique ne produiront jamais qu'une science vague, superficielle et stérile. 11 faut donc considérer avec assez d'attention ces idées distinctes et particulières des choses, pour reconnaître les propriétés qu'elles renferment, et étudier ainsi la nature, au lieu de se perdre dans des chimères qui n'existent que dans la raison de quelques philosophes.

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