‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 139 sur 214 · LIVRE Cli^QUlÈME · texte numérisé non relu

LIVRE Cli^QUlÈME

français^ et sans se faire connaître qu'après qu'ils en auraient porté leur jugement !

Les choses qui portent le caractère de la nouveauté , soit parce qu'elles sont nouvelles en elles-mêmes , soit parée qu'elles paraissent dans un nouvel ordre ou dans une nouvelle situation , nous agitent beaucoup ^ car elles touchent le cerveau dans des endroits d'autant plus sensibles qu'ils sont moins exposés au cours des esprits. Les choses qui portent une marque sensible de grandeur nous agitent aussi beaucoup^ car elles excitent en nous un grand mouvement d'esprits. Mais les choses qui portent en même temps le caractère de la grandeur et celui de la nouveauté ne nous agitent pas seulement ; elles nous renversent , elles nous enlèvent^ elles nous étourdissent par les secousses violentes qu'elles nous donnent.

Ceux, par exemple^ qui ne disent que des paradoxes se font admirer ; car ils ne disent que des choses qui ont le caractère de la nouveauté. Ceux qui ne parlent que par sentences et qui n'emploient que des mots choisis et propres pour le sublime se font respecter^ car ils paraissent dire quelque chose de grand. Mais ceux qui joignent le sublime au nouveau, le grand à l'extraordinaire j, ne manquent presque jamais d'enlever et d'étourdir le commun des hommes, quand même ils ne diraient que des sottises. Ce galimatias pompeux et magnifique ( insani fulgores ), ces fausses lumières des déclamateurs éblouissent presque toujours les esprits faibles; elles font une impression si vive et si surprenante sur leur imagination , qu'ils en demeurent tout étourdis, qu'ils respectent cette puissance qui les abat et qui les aveugle, et qu'ils admirent comme des vérités éclatantes des sentiments confus qui ne peuvent s'exprimer.

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