‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 166 sur 214 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

prit; au contraire^ afin que ces règles soient bonnes, il faut qu'elles soient simples et naturelles, en petit nombre, trèsintelligibles et dépendantes les unes des autres; en un mot elles ne doivent que conduire notre espiit et régler notre attention sans la partager, car Texpérience fait assez connaître que la logique d'Aristote n'est pas de grand usage, à cause qu'elle occupe trop l'esprit, et qu^elle le détourne de l'attention qu'il devrait apporter aux sujets qu'il examine. Que ceux donc qui n'aiment que les mystères et les inventions extraordinaires quittent pour quelque temps cette humeur bizarre, et qu'ils apportent toute Fattention dont ils sont capables , afin d'examiner si les règles que l'on va donner suffisent pour conserver toujours Févidence dans les perceptions de Fesprit et pour découvrir les vérités les plus cachées. S'ils ne se préoccupent point injustement contre la simplicité et la facilité de ces règles, j'espère qu'ils reconnaîtront par Fusage que nous montrerons dans la suite qu'on en peut faire , que les principes les plus clairs et les plus simples sont les plus féconds, et que les choses extraordinaires et difficiles ne sont pas toujoui's aussi utiles que notre vaine curiosité nous le fait croire.

Le principe de toutes ces règles est qu'il faut toujours conserve!" r évidence dans ses raisonnements pour découvrir la vérité sans crainte de se tromper. De ce principe dépend cette règle générale qui regarde le sujet de nos études, savoir : que nous ne devons raisonner que sur des choses dont nous avons des idées claires; et, par une suite nécessaire, que nous devons toujours commencer par les choses les plus simples et les plus faciles, et nous ij arrêter fort longtemps avant que d'entreprendre la recherche des plus composées et des plus difficiles.

Les règles qui regardent la manière dont il s'y faut prendre pour résoudre les questions dépendent aussi de ce même principe, et la première de ces règles est (\\Vil faut concevoir trèsdistinctement ïètat de la question qu'on se propose de résoudre , et avoir des idées de ses termes assez distinctes pour les pouvoir comparer, et pour en reconnaître ainsi les rapports que l'on cherche.

Mais lorsqu'on ne peut reconnaître les rapports que les choses ont entre elles en les comparant immédiatement , la seconde règle est qu 'z7 faut découvrir par quelque effort d'esprit une ouplusieurs idées moyemm qui ])uissent servir comme de mesure commune pour reconnaître par leur moyen les rapports c^ui sont

entre elles. Il faut observer in\iolablement que ces idées Soient claires et distinctes à proportion que Ton tâclie de découvrir des rapports plus exacts et en plus grand nombre.

Mais lorsque les questions sont difficiles et de longue discussion , la troisième règle est qu'il faut retrancher avec soin du "^ujet que l'on doit considérer toutes les choses qu'il n'est point nécessaire d'exayniner pour découvrir la vérité cjue l'on cherche. Car il ne faut point partager inutilement la capacité de l'esprit, et toute sa force doit être employée aux choses seules qui le peuvent éclairer. Les choses que l'on peut ainsi retrancher sont toutes celles qui ne touchent point la question, et qui étant retranchées, la question subsiste dans son entier.

Lorsque la question est ain,si réduite aux moindres termes, la quatrième règle est qu'il faut diviser le sujet de sa méditation par parties, et les considérer toutes les unes après les autres selon l'ordre naturel, en commençant par les plus simples, c'est-à-dire par celles qui renferment moins de rapports . et ne passer jamais aux plus composées avant que d'avoir reconnu distinctement les plus simples . et se les être rendues familières.

Lorsque ces choses sont devenues familières par la méditation , la cinquième règle est qu'on doit en abréger les idées et les ranger ensuite dans son imagination, ou les écrire sur le papier afin qu'elles ne remplissent plus la capacité de l'esprit. Quoique cette règle soit toujours utile , elle n'est absolument nécessaire que dans les questions très-difficiles et qui demandent une grande étendue d'esprit, à cause qu'on n'étend l'esprit qu'en abrégeant ses idées. L'usage de cette règle et de celles qui suivent ne se reconnaît bien que dans l'algèbre.

Les idées de toutes les choses qu'il est absolument nécessaire déconsidérer étant clahes, familières, abrégées et rangées par ordre dans l'imagination ou exprimées sur le papier, la sixième règle est qu'il faut les comparer toutes selon les règles des combinaisons . alternativement les unes avec les autres, ou par la seule vue de l'esprit, ou par le mouvement de l'imagination' accompagné de la vue de l'esprit, ou par le calcul de la plume joint à l'attention- de l'esprit et de l'imagination.

Si, de tous les rapports qui j'ésultent de toutes ces compalaisons, il n'y en a aucun qui soit celui que l'on cherche, il faut de nouveau retrancher de tous ces rapports ceux qui sont inutiles à la résolution de la question ; se rendre les autres familiers, les abréger et les ranger par ordre dans son imaqina-

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